‹ Théâtre de Clara Gazul: comédienne espagnole, suivi de La Jacquerie et de LaChapitre 76 sur 157 · SCÈNE V!. m · texte numérisé non relu

SCÈNE V!. m

joli ? Et les ëperons, parlez-moi de cela ! Quand ils entrent dans réglise, ils font tant de bruit que tout le monde les regarde. Les marins n'en pourraient pas faire autant.

DONA xiMENA. C'est qu*ils ue veulent pas faire les capitans matamores comme les dragons. Mais les officiers de TEsmeralda sont des braves à trois poils*, tout le monde le sait. D'abord il faut tant de courage pour être marin.

DONA IRÈNE. Comme s'il n'en fallait pas pour être dragon ? Quant à moi, je serais tout aussi effrayée de monter sur un cheval que de naviguer sur un vaisseau en pleine mer.

DONA xiMENA. Et Ics tcmpêtcs^ Ics naufragcs et les combats ! c'est là qu'il faut avoir du cœur ! Tous ces canons que tu vois aux sabords tirent avec des boulets rames qui tuent vingt hommes à la fois...

DONA IRÈNE. Mesdemoiselles, remarquez-vous que Ximena sait déjà tous les termes de marine, depuis qu'elle a donné son cœur à un capitaine de frégate ?

DONA XIMENA. Jc ne lui ai rien donné du tout, et je ne lui ai pas encore parlé ; mais il a une lettre de recommandation pour ma tante. Je le verrai chez elle dimanche, et je sais seulement que c'est un jeune homme très comme il faut. D'abord il faut être gentilhomme pour entrer dans la marine.

DONA IRÈNE. Si tu ne lui as pas encore parle avec la bouche, tu lui as assez parlé. Dieu merci, avec ton éventail.

DONA XIMENA. Mou Dieu ! toi qui parles, tu n'as pas cessé de faire des signes, et d'envoyer des œillades à ton grand capitaine, don Rafaël Samaniego. Un joli nom ! au lieu que le capitaine de l'Ësmeralda s'appelle don Juan de Garibay, ce qui est un nom basque, pour que vous le sachiez, et il a une croix d'Alcantara, et il a soutenu un très-beau combat naval, et il s'est battu au pistolet à Carthagène avec un Anglais à qui il a cassé le bras, et...

DONA FRANCiscA. Comme tu sais bien son histoire !

DONA IRÈNE. Je u'aimc pas le pistolet, c'est bête ; au lieu que l'épée, c'est bien plus gracieux. Le mois dernier, don Rafaël s'est battu à l'épée. Il est d'une adresse surprenante.

DONA FRANCISCA. Il paraît que l'habit militaire a des attraits tout-puissanls à va« yeux.

m L'OCCASION.

DONA IRÈNE, dn foi. Cela sied bien à un homme. Si j'ëtaîs homme, je voudrais être colonel de dragons.

DONA xiMENA. Moi, si j'étals homme, je serais capitaine de vaisseau. As-tu remarqué les enfants qu'ils appellent les cadets de marine? Comme ils sont gentils avec leur petite veste bleue et leur pantalon blanc !

DONA FRANCiscA. Et VOUS scncz fillcs à uc trouvcr bien un homme que s'il a des galons sur la manche, et sur la tête un chapeau à trois cornes ou bien un casque ?

DONA IRÈNE. Pour Cela, non. Tiens, sans aller bien loin, nous voyons tous les joms un bien bel homme qui n'a pourtant pas d'uniforme.

DONA xiMENA. Je sais qui tu veux dire, et cela est bien vrai.

DONA FRANCISCA. Qui dOUC?

DONA IRÈNE. Belle demande I Fray Eugenio.

DONA FRANCISCA. Fray Eugenio I

DONA MARIA. Fray Eugenio !

DONA xiMENA. Il est Certain qu'il n'est pas possible d'avoir de plus belles mains que les siennes.

DONA IRÈNE. Et, daus SCS ycux, quelle noblesse et quelle douceur tout à la fois I

DONA xiMENA. C'cst dommage qu'il ne porte pas de moustaches ; il a la bouche un peu grande*

DONA IRÈNE. Pas trop pour un homme, et il a des dents superbes. Aussi faut-il voir comme il en prend soin. C'est pour cela, je crois, que, depuis quelque temps, il ne fume plus. — Pourquoi ris-lu, Paquita ?

DONA FRANCISCA. Jc US dc la profoudcur de vos observations.

DONA xiMENA. Cc quc j'aime le plus en lui, c'est qu'il est toujoiu*s de bonne humeur. 11 est facile, jovial ; c'est tout l'opposé de son prédécesseur, feu l'abbé Domingo Ojeda, qui nous tracassait à tout propos. Fray Eugenio nous permet de danser entre nous, de chanter et de rire, et il nous répèle à chaque instant ; Amusez-vous pendant que vous ôtes jeunes. 11 prend toujours notre parti auprès de notre vieille supérieure, qui est d'humeur si acariâtre : en vérité, c'est un galant homme.

Page 1