‹ Théâtre de Clara Gazul: comédienne espagnole, suivi de La Jacquerie et de LaChapitre 97 sur 157 · LE LOUP-GAROU, LE LIEUTENANT, LE RÉCIPIENDAIRE · texte numérisé non relu

LE LOUP-GAROU, LE LIEUTENANT, LE RÉCIPIENDAIRE

BRIGANDS, etc.

LE Loup-GAROU. Lcs loups se sont-ils réunis ?

LE LIEUTENANT «e levant. Tous, exccpté Boidier qui fait sentinelle, et Wilfrid le roux qui est allé battre l'estrade.

LE LOUP-GAROU. Loups, Hies compagnons, Etienne Dui*er que voici (un brigand se lève) demande à devenir loup. Depuis six mois qu'il est avec nous, il s'est comporté bravement. 11 a des griffes et des dents ; il est fidèle ; il lèche qui lui donne du pain, il mord qui lui jette des pierres. Voulezvous de lui pour votre camarade ?

BRIGANDS. Oui, qu'il soit loup comme nous !

LE Loup-GAROu. Préparez -VOUS donc à le recevoir. Faites le signe de la croix, et tirez vos coutelas.. — Toi, Godefroid le louche, tu lui serviras de paiTain. Avancez tous deux dans le cercle. (Au récipiendaire.) — Qui es-tu ?

LE RÉCIPIENDAIRE. Je uQ suis ui moutou ni loup, mais je voudrais devenir loup.

LE LOUP-GARou. Sals-tu Ics dcvoirs d'un loup ?

LE RÉCIPIENDAIRE. Chasseraux moutons, mordre les chiens manger les bergers.

2&0 LA JAQUERIE.

LE LOUP-GARou. Qui soM les moutons?

LE RÉCIPIENDAIRE. Les scffs qui travaillent pour leurs seigneurs.

LE LOUP-GARou. Et les chlens?

LE RÉCIPIENDAIRE. Les gardc-chasses, les sénéchaux, les hommes d'armes, et les moines, excepte un seul.

LE LOUP-GARou. Nomme-le.

LE RÉCIPIENDAIRE. Frère Jean de Saint-Leufroy. Il a gucri le Loup-Garou du mal Saint-Quenet S et le Loup-Garou a dit : « Jamais la flèche d'un loup ne percera son froc, ja- « mais le couteau d'un loup ne fendra sa tonsure. »

LE LOUP-GAROU. Qui sont les bergers ?

LE RÉCIPIENDAIRE. Lcs seigncurs.

iç |.ouf-iGABOu. Dp ces bergers quel est le pire ?

Lp RÉCIPIENDAIRE. Gilbert d'Aprepiont, trois fois maudit, qui se dit le maître de cette terre.

LE Loup-GAROu. Qui sont les loups?

LE RÉCIPIENDAIRE. Lcsplus librcs dçs habitants de la forêt| n'obéissant qu'au chef qu'ils se choisissent librement, ne travaillant que pour eux, vivant en bons frères ; aussi tout ce pays leur appartient.

- LE LOUP-GAROU. Qu'as-tu fait pour être loup ?

LE RÉCIPIENDAIRE. J'ai pHs aux bergers tout ce que y^\ pu, et j'ai tué un chien.

LE PARRAIN. Oui, il a bravement déeousu le viep]^ gard^ Mathieu, sur qui nous avions déjà fait la croix * pour l^ pendaison de Petit-Jean Técorcheur.

LE LOUP-GAROU. Puisqu'il en est ainsi, nous te recevons dans notre compagnie. Tu es loup, si tu jures d'observer nos lois. Jure de faire, une guerre mortelle aux bergers, aux moutons, aux chiens, c'est-à-dire aux seigneurs, aux serfs, aux garde-chasses.

LE RÉCIPIENDAIRE. Je Ic jure.

LE LOUP-GAROU. Jure d'aider, de secourir les loups, c'est-àdire les hommes libres de la forêt, de ton arc, de ton couteau, de ta main droite, de ton œil droit.

LE RÉCIPlENDAlkE. Jc IC jUrC.

' LE LOUP-GAROU. Tu uc maugcras jamais de la chair de loup ni d'ours, car ils font comme toi la guerre aux ber-

gers et aux moutons. De plus, tu jeûneras le samedi jusqu'à midi, car e'est un samedi que le premier loup a eherehé la liberté dans les bois.

LËRÉciPiENDAiBE. Je jure d'observer ces commandements.

LE Loup-GAROU. Donc, dc par saint Ferréol d'Abbeville, de par Golfarin, neveu de Mahom ^ saint Nicolas et sainte Marie la gente, je te fais loup, et je te donne ces bois avec cet arc et cette hache pour les défendre. Frappe un coup sur ce pieu, et dis : Ainsi saint Ferréol puisse-t-il faire à Gilbert d'Apremont !

LE RÉCIPIENDAIRE. Alusi saiut Fcrréol puisse-t-il faire à Gilbert d'Apremont !

LE LOUP-GAROU. Godcfroid le louche, quel nom poi-terat41 parmi les loups ?

LE PARRAIN. Êticnnc. à la longue dent.

LB L0UP-6AR0U. Etienne à la longue dent, soit ! Godefroid^ dis-lui tout bas la parole. — Mes frères, nous avons un frère de plus !

BliioANDS. Noël ! Noël * !

LE i^up-GAROu. Allons boire au nouveau frère. — Silence ! quelqu'un marche dans les feuilles sèches. Que personne ne bouge : mon chien remue la queue ; c'est un amii

LE LIEUTENANT. C'cst Wilfrid qui revient.

LE Loup-GAROU. QucUes nouvcllcs de la plaine?

v^iLFRiD. Ni bonnes ni mauvaises. Je viens de la Saullaie ; le capitaine Siward, le plus grand routier ' du pays, s*y préparait à une expédition.

LE LOUp-GAROU. As-tu VU quels hommes étaient avec lui?

wiLFRiD. Il a renforcé sa compagnie d'aventure. J'ai compté quardtite armures de fer •, et quatre-vingts archers. J'ai causé avec eux au cabaret, déguisé en tailleur de tourbe. 11 y a paimi eux de grands coquins tout nouvellement arrivés d'Angleterre , ne sachant pas un mot de français, mais forts, bien bâtis, toujour*s altérés, désirant beaucoup s'enrichir en ce pays, comme ont fait avant ei^x leurs camaïades.

LE LOUPGAROU. G'cst saus doutc Apremont qu'ils veulent couvrir ''. Qu'en penses-tu lieutenant ?

252 LA JAQUERIE.

LE LIEUTENANT. Je pense comme toi. C'est demain la Saint-Leufroy ; tous les serfs à cause de la fête se gorge^ ront de bien*e et de vin^ et^ quand ils en seront soûls comme des cochons de glands^ le capitaine Siward en aura bon marché.

^wiLFRiD. Cet Anglais en veut à Gilbert^ et je sais que ses archers convoitent fort ses belles vaches.

LE LOUP-GARou. Par les cornes du diable ! ses vaches sont belles^ et ce serait péché de les laisser prendre par ces voileurs anglais. Mettons-nous de la parfie, ventre Saint-Quenet ! C'est en eau trouble qu'on attrape du poisson !

LE LIEUTENANT. Parbleu ! le capitaine a raison. Pendant que les Anglais et les chiens d'Apremont joueront des couteaux^ nous pourrons^ nous, faire un bon coup.

-wiLFRiD. Ah ! si nous pouvions enlever quelque gros moine de l'abbaye de Saint-Leufroy, nous en tirerions une fameuse rançon, en envoyant aux autres seulement une oreille du prisonnier.

LE Loup-GAROu. Nous prcudrous ce que saint Nicolas ' nous enverra. Laisse-moi faire, tu verras si je m'y épargne. — Enfants, hier nous avons campé dans cette ravine, et vous savez nos usages. Nous coucherons cette muit dans la gi*ande caverne auprès du torrent. Là nous pourrons rire et boire à notre aise sans crainte d'être surpris par les gardes. Allons, partons ! En avant les éclaireurs ! emportez les chaudrons et le gibier ; vite, vite !

Ttus les brigands se chargent de leurs différents ustensiles et se metlciit en marchent. Restent lb locf-oaroU| wilprio et li LiiuTiirAirr.

wiLFRiD. Un mot, Loup-Garou.

LE Loup-GAROu. Que mc veux-tu ?

wiLFRiD. Je ne t'ai pas dit toutes les nouvelles que je sais. J'attendais qu'ils fussent partis.

LE LODP-GARou. Parle.

LE LIEUTENANT., 11 cst arrivé quêlque malheur?

wiLFRiD. Girart le chan*on a été découvert. Les gendarmes d'Apremont sont à ses trousses.

LE LIEUTENANT. Notrc cspiou ? tant pis ! Où s'est-il ré' fugié ?

wiLFRiD. A l'abbaye de Saint-Leufroy.

SCÈNES PËODALES. 253

LE L0UIH2AR0U. L'imbécile ! au lieu de venir à la forêt.

LE LIEUTENANT. Les luoines le livreront, ou Gilbert ne respectera pas la franchise '. Girart est un homme mort. Il sera pendu. Qu'en dis-tu, Loup-Garou ?

LE LOUP-GARou. G'cst Une mort comme ime autre.

LE LiEUTEF^NT. Il faudra garder quelque chose sur la première prise que nous ferons, afin de faire dire une messe pour le repos de son âme.

LE LOUP-GAROU après un moment de silence. Je lui dirai Une

messe de sang, moi. Je serai le prêtre, et voici Tinstrument avec lequel j'officierai. (U montre sa masse d'armes.) Sus à la caverne ! J'ai le gosier aussi brûlant que Tétait ma forge autrefois. Allons boire un coup, n sort en chantant.

wiLFRiD. Mauvaise nouvelle, lieutenant.

LE LIEUTENANT. Il ue faut pas s'attrister. Aujourd'hui l'un, demain l'autre. Allons souper. lU sortent.

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