SCÈNE I
elle dit oui , vous consentez , n'est-ce pas? A-t-on jamais vu un vilain faire tant de difficultés pour se laisser savonner I
mendo aprèsun silence. Oui ! je lui dirai ce qu'il faut qu'elle sache. Elle est ma fille, et plus qu'un étranger elle a le droit de connaître mes secrets.
don luis. Ah ! vos secrets ! Vous avez des secrets ? Quelque terrible secret, sans doute? Ètes-vous juif? Combien d'hommes avez-vous assassinés ?
mendo. Moi !
don luis. Pardon , mon cher ami ; ne vous fâchez pas* Je sais que vous êtes un brave et digne homme , un bon père de famille. Vous exercez une profession que j'honore : ce sont les laboureurs qui nous font vivre , nous autres gentilshommes... Et puis , ne sommes-nous pas tous enfants d'Adam , comme dit Sénèque?
mendo. Monseigneur, il est impossible...
don luis. Allons I vous avez mal dormi. Je vous quitte. Je reviendra^ bientôt ; mais souvenez-vous que vous m'avez promis de laisser votre fille entièrement libre.
mendo. Elle prononcera elle-même.
don luis. Vous voilà pris. Adieu. ( Il fait un mouvement pour s'en aller, et revient.) Ah çà ! pas de menaces 1 n'allez pas lui faire peur, à cette pauvre petite... dites-lui... Au reste, je la préviendrai moi-même. Vous êtes à mettre à l'hôpital des fous, pour vos idées. (// va pour sortir.)
mendo. Elle n'hésitera pas.
don luis Nous verrons. Adieu , Juan Mendo. Je n'ai jamais vu ton pareil !
mendo. Monseigneur, je vous baise les pieds 4 . dow luis revenant. Mendo, ne dites pas : Je vous baise les pieds. Cela est trop servile. Dites comme les anciens : Je vous baise les mains. Cela suffit. — Ah! dites donc, peut-être qu'il y aurait moyen , Mendo , de vous faire avoir une savonnette
Il sort.
mendo. Qui jamais l'aurait pu penser?
// sort.
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