SCÈNE V
le greffier. Seigneur, veuillez souffrir qu'on vous bande les yeux.
don esteban. Je saurai voir venir la mort. — Et toi, Mendo... fais ton métier... bien si tu peux. (// s'agenouille.) Suis-je bien comme cela ?
le valet. Oui, monseigneur. Dieu vous fasse miséricorde!
tous excepté Mendo. Amen !
don esteban au curé. Adieu, mon père !
le valet à Mendo. Vous prenez la hache de la main gauche ?
mendo. Je ne suis plus bourreau ! (// se coupe la main droite. Grand tumulte.)
inès entrant. Arrêtez ! ( Montant sur Véchafaud. ) Nous mourrons ensemble ! Vous tuerez votre fille avec lui !
mendo lui montrant son bras mutilé. Puis-je lui faire du mal maintenant?
inès. Mon père! — Esteban !
le greffier. Qu'est-ce que cela veut dire ?
le curé. Qu'on attende le roi !
paysans de monclar. Mendo, tu es un brave homme, et ce gentilhomme aussi. N'ayez pas peur, nous empêcherons que l'alcade ne vous fasse mourir.
Ils montent sur Véchafaud : les uns en chassent les alguazils, pendant que les autres s'empressent autour de Mendo.
don luis entrant à cheval. Grâce! grâce! arrêtez! Dieu soit loué! il en est temps encore. (Il descend de cheval et embrasse son fils.)
don esteban. Embrassez mon sauveur. Il s'est coupé la main plutôt que de me frapper.
don luis embrassant Mendo. Ah ! Mendo , que sont mes titres de noblesse devant une action comme la vôtre? Vous êtes un Romain, comme Sénèque.
Bruit de tambours. Le roi entre avec ses gardes 1 .
tous. Vive le roi !
le roi. D'où vient ce tumulte? Où est l'alcade? Don Luis, expliquez-moi cela. Je ne puis rien entendre dans oe bruit confus de voix, qui toutes me disent la même chose.
130 INfcS Ml
Don Luis lui parle bas, tandis que la foule crie : Grâce ! grâce !
le roi. II est impossible de ne pas admirer tant de générosité. Juan Mendo, mettez-vous à genoux. Relevez-vous, don Juan Mendo. Vous êtes gentilhomme.
mendo. Sire, je vous baise les pieds... mais...
le roi. Don Esteban, je vous pardonne, mais à condition que vous épouserez la fille de Mendo.
don esteban. C'est ma plus chère envie !
inès à Esteban. Enfin, je puis t'aimer î
le roi. Je veux signer le contrat. Qu'on fasse venir un chirurgien. Fasse le ciel qu'ainsi LE3 préjugés soient vaincus dans toute l'Espagne !
, inès. Ainsi finit la comédie d'IxÈs Mendo. Excusez les fautes de l'auteur. Si cette première partie a su vous plaire, l'auteur espère que vous accueillerez avec bienveillance la seconde partie, sous le titre de triomphe du préjugé.
NOTES
1. Clara Gazul a donné un patois galicien à Inès ; on sent qu'il est impossible de rendre dans une traduction les légères différences de langage qui distinguent les habitants de plusieurs provinces de l'Espagne. Nous remarquerons seulement que, dans la seconde partie d'Inès Mendo, le langage d'Inès est beaucoup plus châtié, et l'on n'y retrouve que de temps en temps des locutions vulgaires et des mots de patois.
2. Quelques mois avant la révolution de Portugal. , 3. Ézéchiel, xvin, 20. ■
4. Façon de parler fort en usage, mais surtout avec les dames.