SCÈNE I
Décoration de la tcène précédente.
DON ESTEBÀN, INÈS.
ines. Mon ami?...
don esteban avec distraction. Hum?
inès. Tu es bien fâché contre moi?
don esteban. Moi ! pourquoi cela?
inès. J'ai dit tant de bêtises devant cette belle dame ; plus je m'appliquais... et plus cela allait mal.
don esteban. Bastel... — Elle est toujours dans sa chambre?
inès. Oui. — C'est drôle comme devant certaines personnes on se trouve mal à son aise. Jamais je n'ai vu une femme si imposante.
don esteban. Elle fait la sieste longuement.
inès. Dis-moi , as-tu remarqué comme elle a de belles
LNKS MtiNDO.
mains? J'ai envio de lui demander avec quoi elle se tes lave, pour les avoir si blanches?
no.\ esteban souriant. De blanches mains, Inès, ne sont pas données à tout le monde. Il faut naître duchesse pour avoir de belles mains 7 .
inès. Cependant
don esteban. Il y a déjà long-temps qu'elle est montée dans sa chambre
inès. Mon père est aujourd'hui tout je ne sais comment. Comme il roulait les yeux à dîner en regardant la duchesse !
don esteban. Tu as vu avec quelle grâce,- quelle affabilité elle... dona Sérafine, a parlé à ton père?...
inès. Oui, et il avait néanmoins l'air soucieux
don esteban. C'est sa mine ordinaire. — Mais elle est levée maintenant. Inès, monte chez elle... va... on ne saurait avoir trop d'attentions pour ses hôtes
inès bas, tristement. Et surtout pour les belles dames.
Elle sort.
DON esteban seul. Sottes idées d'enfance ! sots préjugés! on les chasse , on s'en croit délivré , et voilà qu'ils reviennent aussi forts, aussi dangereux que jamais 1 Moi, j'ai secoué leur
joug; je les ai foulés aux pieds pourtant que ma victoire
me coûte 1... j'ai presque du repentir... non... mais je souffre, pour avoir dompté ces ennemis que je méprise... Ils m'attaquent encore... Depuis que la duchesse est chez moi, ma femme, ma bonne Inès... me semble avoir perdu de sa beauté... — Sa naïveté a cessé de me plaire».. Autrefois L.. Je suis tout honteux de n'être pas à la hauteur des modes dans ce manoir éloigné... Le démon musqué voudrait m'enchaîner au char de Sérafine... mais je saurai résister à cette faible épreuve , puisque déjà j'ai reconnu les pièges de l'ennemi. Et d'ailleurs ne suis-je pas sorti vainqueur de plus rudes combats? On se souviendra long-temps en Espagne de l'exemple que j'ai donné, et je suis en droit après cela, ce me semble, de compter sur ma force.
Elle a pris ses grands airs. Moi aussi, je veux la tourmenter. Après ce qui s'est passé entre nous, je ne m'attendais pas à être traité par elle en étourneau sorti de l'université.
JOURNÉE II, SCÈNE ï. 147
Elle a l'air d'avoir pitié de moi!. ...la coquette!... Elle est encore jolie comme un ange... Ah! fidélité conjugale !... heureusement tu n'es obligatoire que pour les dames.
un domestique entrant. Monseigneur!....
don este ban. Qu'y a-t-il? Pourquoi cet air effaré?
un domestique. Monseigneur. .. c'est monsieur le corrégidor de Badajoz.
don esteban. Le corrégidor?...
un domestique. Il a son monde avec lui... Il veut vous parler. •
don esteban. Eh bien ! qu'il entre !
le corrégidor entrant. Je baise les mains de Votre Excellence.
don esteban. Qui me procure l'honneur de votre visite?
le corrégidor. Monseigneur, c'est avec un vif regret que j'exécute un ordre qui vient de m'ètre transmis de la cour; mais la duchesse de Montalvan est dans ce château, se préparant à passer en Portugal...
don esteban. Qui vous a dit que la duchesse fût chez moi ?
le corrégidor. Doucement, s'il vous plaît; parlons sans nous fâcher. J'ai reconnu sa voiture sous votre remise.
don esteban. Vous êtes bien homme à reconnaître les armoiries d'une voiture?
le corrégidor. Tout comme un autre , monseigneur. Cependant, n'en déplaise à Votre Excellence, la voiture de la duchesse n'a point d'armoiries...» mais les domestiques ont tout avoué.
don esteban. A voir votre barbe , je vous aurais cru trop de sens pour écouter sérieusement les propos d'un domestique.
le corrégidor. Je sens combien il vous est pénible de livrer votre hôte; mais, avant tout, vous ne voudriez pas donner asile à un ennemi du roi.
don esteban. Monsieur , je ne loge ni duchesse ni ennemi de Sa Majesté. Allez-vous-en au diable et laissez-nous en paix, ou je vous ferai punir pour votre impertinence.
le corrégidor. Pas d'injures, monseigneur, s'il vous plaît.
148 INÈS MEXDO.
Vous ne me ferez pas punir, car vous n'êtes plus gouverneur de la province, et cependant....
don esteban. Que dit cet insolent?...
le corrégidor. Je serais au désespoir de faire à Votre Excellence l'affront d'une visite judiciaire dans sa maison.
don esteban. Si vous aviez cette insolence, vive Dieu! vous verriez ce que gagne un vilain anobli depuis quelques jours à insulter un grand d'Espagne.
le corrégidor. Et vous, monseigneur, vous pourriez apprendre à traiter la justice avec plus de respect. Encore une fois, pour la dernière, dites-moi où est la duchesse?
don esteban. Sortez , ou mes gens vont vous mettre à la porte à coups de bâton.
lk corrégidor. Vous m'y forcez. Entrez, vous autres.
Entrent des alguazils armés.
don esteban, sonnant. Ah ! canaille 1 c'est ainsi que vous traitez un Mendoza! Toi, coquin, tu paieras cher ton audace 1
Entrent des domestiques.
le corrégidor. De par le roi! don Esteban de Mendoza, je vous arrête. [Il le touche de sa vare.)
don esteban. Qu'on me chasse ces gredins! Eh quoi! la vare de ce maroufle vous a tous pétrifiés. Tenez, je vais vous apprendre votre devoir. {Il tire son épée,) Ah! faquins, c'est donc ainsi qu'il faut vous parler ! Hors d'ici, canaille! (Il les chasse. )
Entrent Inès et la duchesse.
inès. Ah! ils vont le tuer! Au secours! au secours! (Rentre don Esteban, remettant son épée dans le fourreau.)
la duchesse. A merveille, seigneur baron. On ne peut mieux donner des coups de plat d'épée 8 .
inès. Dis-moi, mon cœur, n'es-tu pas blessé?