‹ Théâtre de Clara Gazul, comédienne espagnole suivi de La Jacquerie, scènes féodalesChapitre 56 sur 159 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

dona urraca. Et puis... je ne sais comment il s'est fait que j'ai chanté tout haut.

p. bartolomé. Oui, mon enfant, c'est bien le Malin qui vous a soufflé cette horrible chanson. Mais aussi , remerciez votre bon ange , qui m'a amené justement à point pour vous empêcher de commettre un autre péché.

dona urraca. Hélasl loué soit le ciel!... Mais asseyez-vous donc, mon père ; à votre ûge il est fatigant de venir à pied de Saint-Dominique à la rue de la Mer.

F. bartolomé. Grâce à notre divin Sauveur, mon enfant, je ne suis pas encore si faible que je ne puisse me tenir sur mes jambes. A quarante-neuf ans, on n'est pas encore bon ù enterrer.

dona urraca. Ce que j'en ai dit... c'est que vous m'avez paru avoir mauvaise mine aujourd'hui.

f. bartolomé. Mauvaise mine?... Il ne me semble pas à moi... {Se regardant dans le miroir.) D'abord votre glace verdit... mais je me porte parfaitement bien.,, et j'ai mis ma soutane neuve pour venir vous voir, mon enfant.

PONA urraca. Asseyez-vous, ne fût-ce que pour goûter de ces confitures que j'ai faites pour vous.

p. bartolomé. Hélas! bien volontiers, ma fille, car à peine ai— je pris une nourriture charnelle d'aujourd'hui.

dona urraca. Vous vous ferez mal par trop jeûner.

p. bartolomé. Que voulez-vous?... Donnez-moi encore un verre de votre marasquin. — Il est meilleur que celui que dona Maria de Jésus m'a. donné.

dona urraca. Je le crois bien. Elle est si avare, qu'elle ne voudrait jamais mettre quarante réaux pour faire un cadeau à ses amis.

p. bartolomé. Doucement! ma fille. Il ne faut pas médire de son prochain. — Bien est-il vrai que, depuis une année, elle ne m'a donné qu'un petit crucifix d'ivoire tout jaune et du marasquin fort ordinaire. Cependant, elle sait bien qu'il vaut mieux ne pas faire de cadeaux que d'en faire de mesquins.

dona urraca. Oh ! c'est bien vrai. — A propos, vous a-t-on remis un panier de vin de Bordeaux?

p. bartolomé. Oui, mon enfant. Je vous en remercie; mais.

si une autre fois vous m'envoyiez du vin au couvent, ne le faites pas porter dans un panier à vin, mais bien dans une caisse à livres, par exemple... ou de toute autre manière enûn. dona urraca. Comment?

f. bartolomé. Oui... le prieur a vu le panier... et il a bien fallu lui faire goûter de ce vin, que je réservais pour me soutenir dans mes oraisons de nuit. Les pères en ont voulu goûter aussi. . . de telle sorte qu'il ne m'en reste plus une goutte maintenant.

dona urraca. Ne vous mettez pas en peine, mon révérend père. Je vous en ferai porter d'autre. Je suis charmée que les pères l'aient trouvé bon.

f. bartolomé. Hélas! ne vous en privez pas pour moi... — C'est de tous les vins celui qui convient le mieux à ma pauvre santé. — Vous confesserai -je aujourd'hui?

don a urraca. Mais si vous le voulez bien. Je désirerais avoir l'absolution avant vendredi.

f. bartolomé. Eh bien! recueillez-vous pendant que j'achève ma collation, et puis, vous me ferez l'aveu de vos fautes de cette semaine. ( Un silence.) Allons , ma fille , ôtes-vous prête?

DONA urraca. Oui , mon père.

F. bartolomé. En ce cas, commençons. Agenouillez-vous sur ce coussin-là. Comme cela. Plus près de moi..» encore plus près. — Bon !... Ce coussin est-il assez doux pour vos petits genoux, mon enfant? Êtes-vous bien à votre aise?

dona urraca. Hélas! oui. Nous commencerons quand vous voudrez.

f. bartolomé. Mettez votre petite main dans la mienne. — Combien y a-t-il que je ne vous ai confessée? -

dona urraca. Mon père, c'était, je pense.... il y a eu mardi quinze jours.

F. BARTOLOMÉ Bon !

dona urraca. Je me suis impatientée contre ma femme de chambre , qui ne me laçait pas assez serré.

BARTOLOMÉ. Bon !

dona urraca. En voyant à l'église un officier avec un uni-

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