‹ Théâtre de Clara Gazul, comédienne espagnole suivi de La Jacquerie, scènes féodalesChapitre 57 sur 159 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

forme bleu et rouge, j'ai eu dçs distraction*, et je n'ai pas écouté le divin mystère avec le recueillement convenable.

F. BARTOLOMÉ. Bon !

dona urraca. J'ai médit de plusieurs dames de mes amies.

F. BARTOLOMÉ. Bon !

dona urraca. J'ai peut-être, pour mon chien bichon, une amitié offensante pour les bons chrétiens.

f. bartolomé. Ah ! pour cela vous avez grand tort, mon enfant. Votre chien est si mal élevé, qu'avant-hier môme il m'a mordu aux jambes , et je m'en sens encore. Vous lui donnerez cent coups de fouet vous-même, pour vous mortifier. .

dona urraca. Hélas! mon père, cette pauvre bète!

p. bartolomé. Eh bien! vous lui en donnerez cinquante.

dona urraca. Mais ce pauvre petit, il ne vous aura pas reconnu.

F. bartolomé. Mais il me déchire toujours mes soutanes... Cependant, puisque c'est un animal privé de raison... vous ne lui donnerez pas de sucre pendant trois jours.

dona urraca. Pauvre chien!

F. bartolomé. Et puis?

dona urraca. Et puis... Ah! mon père... une mouche... est-ce maigre?

F. bartolomé. Une mouche? Comment?

dona urraca. Oui ; je crains d'en avoir, par mégarde, avalé une aujourd'hui dans mon chocolat. Je m'en suis aperçue, mais trop tard.

f. bartolomé. Était-ce une petite ou une grosse mouche ?

dona urraca. Une très-petite.

f. bartolomé. Alors, c'était maigre. Les petites, qui s'engendrent dans l'eau, sont maigre; mais les grosses, qui s'engendrent dans l'air, sont gras... — Avec cela, je crains bien, mon enfant, que vous n'oubliiez quelque péché pire que tous les autres.

dona urraca. Moi, mon révérend père?... mais...

f. bartolomé. Oui ; vous ne me parlez pas?... Hein?...

DONA URRACA. **0 quoi ?...

y. bartolomé. De don Pablo?

dona urrac.a. Don Pablo... je..-.

F. bartolomé. Oui; auriez-vous recommencé avec don Pablo ce péché. . . dont?

dona urraca. Mais... je...

f. bartolomé. Ah! mon enfant, je vois clairement que

tout cela est arrivé !

dona urraca. Je... n'ai pu l'en empêcher... C'est que.,. H se serait porté sans doute à quelque acte de désespoir... Comment faire?... il est si violent!...

F. bartolomé. C'est mal! bien mal! An moins espérez-vous

le convertir?

dona irraca. Je n'en désespère pas encore.

f. bartolomé. Il faut vous mortifier, ma fille, il faut vous

mortifier !...

dona urraca. Hélas ! je suis prête à me soumettre à toutes les pénitences que vous voudrez bien m'imposer.

f. bartolomé. Avant tout, il faudrait fermer votre porte à don Pablo.

dona irraca. Hélas ! mon père.., Est-ce qu'il n'y aurait pas d'autre moyen?... Je crois bien qu'il sera touché un jour... — Depuis long-temps je nie proposais de faire cadeau à votre église de ces candélabres d'argent que vous avez admirés l'autre jour.

f. bartolomé. La sainte mère de Dieu vous en récompense! centuplum accipies.... Il est vrai que l'aumône est un moyen puissant de faire pénitence.... mais.... cependant

dona urraca. Je les ferai porter au couvent dès demain matin.

F. bartolomé. Allons vous serez raisonnable nous

patienterons encore... mais vous direz tous los jours dix paler et dix ave en vous levant, et sept... non... dix en vous couchant et sept en vous levant.

dona urraca Oui, mon père, je les dirai tous les jours bien régulièrement.

f. bartolomé. Ah çà! mon enfant, j'avais quelque chose à vous demander. Cela intéresse fortement l'église et l'état, et vous pouvez les sauver, je pense, d'un grand péril.

SCKSE I. 179

don a urraca. Moi ! Jésus Maria ! Je suis toute prête.

f. bartolomé. Il cotirt un pamphlet imprimé clandestinement ....

dona urraca. Je puis me relever?..,, vous avez fini do mo confesser?

p. bartolomé. Oui , mon enfant. (Dona Urraca se relève.) — Il court un pamphlet intitulé : «Ouvrez les yeux. . . » Qu'avezvous à rougir ?

dosa urraca. Moi, je rougis!... c'est le reflet du rideau.

p. bartolomé. II serait essentiel d'en connaître Fauteur, et nous en soupçonnons. . . Vous êtes troublée?. . .

dona urraca. En aucune façon.

F. bartolomé. Nous en soupçonnons don... don Pablo.

dona urraca. Don Pablo ! lui, écrire des pamphlets! Vous le connaissez bien peul Un pamphlet écrit par don Pablo! Je vous jure bien que d'ici à long-temps don Pablo n'écrira de pamphlets. — D'ailleurs, il est trop fidèle vassal de Sa Majesté pour écrire quelque chose contre son gouvernement.

F. bartolomé. Comment savez-vous que l'on y parle contre le gouvernement du roi notre seigneur?

dona urraca. Vous venez de me le dire.

p. bartolomé. Je ne vous en ai pas dit un mot.

dona urraca. Je me suis donc trompée.

f» bartolomé* S'il en était l'auteur, assurément vous en seriez instruite?

dona urraca. Sans doute.

r. bartolomé. Et vous êtes trop sincère pour ne pas me découvrir.....

noNA urraca. Oui ; s'il y avait quelque chose de vrai làdwlans, vous le sauriez déjà.

f. bartolomé. La faveur dont sa famille jonit auprès de Sa Majesté nous empêche de le faire arrêter avant d'être plus amplement instruits, comme nous le ferions pour un autre.

dona urraca. Quelles raisons avez-vous pour lui attribuer ce pamphlet?

f. bartolomé. Je ne sais : quelque rapport entre ce que

vous m'avez dit de ses opinions religieuses et certaines phrases que j'ai retrouvées dans ce petit ouvrage.

dona urraca. En vérité! vous n'avez pas d'autres preuves?

f. bartolomé. Aucune autre.

dona urraca. Don Pablo aime trop son roi pour rien écrire de séditieux. Je sais qu'il n'est pas trop dévot, mais il accomplit publiquement les devoirs de sa religion. Il communie avec les officiers de son régiment régulièrement une fois l'année, et jamais il ne fait parade de ses opinions philosophiques.

F. bartolomé. Alors je me suis trompé. Je suis bien aise que vous me rendiez ce témoignage de lui. Cependant, si vous appreniez quelque chose sur ce que je viens de vous dire, n'oubliez pas de m'en informer. En attendant, continuez à l'exhorter au repentir.

dona urraca. J'y ferai tous mes efforts, je vous le jure.

f. bartolomé. Mais parlons d'autres choses. Si vous aviez encore quelques-uns de ces cigares parfumés dont vous m'avez donné plusieurs paquets, j'en fumerais un volontiers.

dona urraca. Est-ce que vous n'en avez plus?

f. bartolomé. Hélas! mon enfant, depuis le premier jusqu'au dernier, ils sont devenus fumée.

dona urraca. Que ne me disiez-vous cela plus tôt? Je vous en aurais envoyé une caisse. Tenez, cependant, prenez ce qu'il y a dans ma petaca.

F. bartolomé. Vous êtes bien bonne, ma fille, je n'accepte que parce que je sais que vous avez plus qu'un pauvre • moine le moyen de vous en procurer, (fi allume un cigare et fume.) — Quelles sont vos lectures dans ce moment?

dona urraca. Mais... je lis d'abord les offices, et puis le Kempis, et puis la Fleur des Saints... quelquefois l'Araucana.

f. bartolomé. La Fleur des Saints.... quel dommage que, dans ce temps d'abomination, l'on n'ajoute plus de nouveaux noms à ce livre!

dona urraca. J'en sais bien un qui devrait trouver place sur le catalogue.

f. bartolomé. N'achevez pas, ce que j'ai fait de bien dans ce monde me sera payé dans l'autre au centuple.

SCLNfc I. 181

dona urraca. Amen!

f. bartolomé. Il faut que je vous quille, ma fille. Dieu vous garde, mon enfant!

dona urraca. Et vous aussi, mon père!

F. bartolomé. Ah! j'oubliais. J'ai là un chapelet béni par notre Saint-Père le Pape, et je veux vous le donner. (// tire quelques objets de ses poches.) Voyons, ceci est mon cigarcro... ceci ma bouteille d'eau bénite... cela...

dona urraca. Qu'est-ce que cela?

F. bartolomé. C'est dona Bel.... mais j'allais dire son nom ; c'est une dame qui m'a remis ce portrait pour le jeler à la mer.

dona urraca. A la mer?

F. bartolomé. Oui. Le repentir l'a touchée; elle renonce à celui qui lui a donné ce portrait il y a quelques jours. Mais rendez-le-moi.

dona urraca. Je voudrais bien ouvrir la boite.

f. bartolomé. Je m'en garderais bien! donnez, liai! le voilà brisé.

// ouvre la boîte comme par mégarde et la laisse tomber. dona urraca ramassant le portrait. Ah! Jésus Maria! f. bartolomé. Qu'avez-vous, ma chère enfant?

dona urraca. Le perfide! il lui a donné son portrait. f. bartolomé. De grâce, laissez-moi le reprendre. dona urraca retenant le portrait. Non , laissez-moi. — Double scélérat, c'est ainsi que tu m'as trompée ! f. bartolomé. Comment?....

dona urraca de même. Et j'ai pu me fier à ce Iraitre!

f. bartolomé. Comment serait-il fidèle à une femme celui qui n'est pas fidèle à son Dieu?

dona urraca. A donaBélisa!

f. bartolomé. Je n'ai pas dit cela.

dona urraca. Me sacrifier à une dona Bélisal

f. bartolomé. Et c'est pour ce perfide que vous compromettez votre salut éternel !

dona urraca. Ah! que n'es-tu devant moi en ce moment! je le ferais paver cher...

f. bartolomé. Son unique plaisir est de mettre à mal toutes les femmes de bien.

dona urraca. Pablo î traître Pabloî quand pourrai-je me venger de toi? .

p. bartolomé. Voyez ! et pourtant vous le défendiez tantôt avec tant de chaleur!

dona urraca. Moi ! ce scélérat est capable de tous les crimes.

F. bartolomé. C'est ce qui tout à l'heure me le faisait soupçonner d'être l'auteur du pamphlet.

DONA URRACA. Ah !

f. bartolomé. Mais puisque ce n'est pas lui...

dona urraca à part. Je puis me venger !

f. bartolomé. Ah î si c'était lui !

dona urraca à part. J'en mourrai...

F. bartolomé. Vous seriez bientôt...

dona urraca. Oui, mon père, c'est lui.

% F. bartolomé. bon Pablo?

dona urraca. Oui, le perfide Pablo.

F. bartolomé. La colère, mon enfant, vous fait déraisonner. Vous m'avez dit tout à l'heure...

dona urraca. Je suis prête à jurer sur l'Évangile que don Pablo est l'auteur de ce livre abominable.

■ F. bartolomé. Vous le savez?

Ddïtt urraca. Je le jure. Il veut bouleverser l'Espagne , assassiner le roi , et forcer tous les Espagnols à se faire huguenots. -

f. bartolomé. C'est ce qu'ils veulent tous... Mais vous dites la vérité?

dona urraca. Je renonce à ma part du paradis, s'il n'est pas vrai que don Pablo, le traître don Pablo, est l'auteur de l'affreux pamphlet.

f. bartolomé. Je vous crois. Adieu, mon enfant; remerciez Dieu de vous avoir montré l'horreur du vice. Vous êtes sauvée. N'est-ce pas que vous ne donnerez plus votre confiance à ces militaires qui vous quittent pour la première venue?... qui...

dona urraca. Adieu, mon père.

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