‹ Théâtre de Clara Gazul, comédienne espagnole suivi de La Jacquerie, scènes féodalesChapitre 59 sur 159 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Prison de l'inquisition.

DON PABLO seul, assis devant une petite table.

Les gredins , parce que nous sommes en carême , veulent que je fasse maigre à mon dernier dîner! Et leur merluche est dure comme cinq cents diables !

Entre dona Urraca.

Oh! oh! corps du Christ! Urraca en personne. Les femmes et l'argent entrent partout. — Eh! bonjour donc, mon aimable amie. Quel dieu, ou quel diable, t'amène dans mes bras?

dona urraca froidement. Don Pablo, on dit que vous êtes condamné à mort?

don pablo. Nonobstant le carême.

dona urraca. Mais vous pouvez encore vous sauver.

don pablo. En dénonçant l'ami avec qui j'ai travaillé? — Jamais!

dona urraca. Non. Si vous vouliez vous séparer de l'impiété, faire pénitence publique... et entrer dans un couvent... à cette condition, j'obtiendrais votre grâce.

don pablo. Faire pénitence publique?... entrer au couvent?... Peste ! rien que cela? Je baise très-humblement les mains de mon infante, mais j'aime encore mieux être pendu que moine.

dona urraca. Impie jusqu'à la fin! Et tu ne penses pas à l'enfer qui t'attend?

don pablo. Trêve de sermons. Écoutez ; on me pend demain , ma belle amie. Aujourd'hui est à moi. Profitons de l'occasion, et faites-moi passer encore quelques bons moments.

dona urraca. J'aimerais mieux, païen, mettre moi-même le feu à ton bûcher.

don pablo. Oh! oh! quel joli petit langage ?N'ètes-vous point folle, Urraca, ou bien ne peut-on entrer dans ces murs sans devenir dur et méchant comme un inquisiteur ?

dona urraca. Choisissez , monsieur; je vous le répète, la mort ou la vie aux conditions que je vous ai dites?

don pablo. Monsieur! de plus fort en plus fort! De grâce qu'avez-vous?

dona urraca. Je sais que vous n'avez plus qu'un jour à vivre... Comme votre ancienne amie... comme ayant été votre amie, j'aurais de la joie à voir votre repentir.

don pablo. Je suis donc bien enlaidi dans la prison, pour que vous me traitiez de la sorte?

dona urraca. Je vous en conjure, monsieur, laissons ces idées d'un autre temps. Je vous en supplie, faites pénitence.

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