‹ Théâtre de Clara Gazul, comédienne espagnole suivi de La Jacquerie, scènes féodalesChapitre 60 sur 159 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

don pablo. Eh ! mille diables', ne finirez-vous pas? Ce langage m'ennuie à la fin. Urraca, si vous êtes dans un accès de dévotion, moi, j'ai une rage d'amour. Ainsi laissez là votre pénitence et votre couvent...

dona urraca. Don Pablo, je te déteste! mais rcpens-toi, je t'en conjure !

don pablo. Toi, me détester!

dona urraca. Oui, traître! mais tes perfidies, tout atroces qu'elles sont, ne me font pas désirer ta mort.

don pablo. Traître! perfidies! Passe encore pour impie, mais je n'ai de ma vie trahi personne.

dona urraca. Tu n'as trahi personne!

don pablo. Non, je n'ai trahi personne. Je soupçonne don Agustin de m'avoir vendu, car il savait que j'étais l'auteur du pamphlet. Il a eu peur et s'est hâté de dénoncer son complice , pour que le soupçon ne tombât pas sur lui. Mais cependant je ne dirai jamais ce que je sais sur son compte.

dona urraca. Oui, vous avez de l'honneur avec les hommes ; mais avec les femmes?

don pablo. Depuis le temps que je vous connais, vous ai-je fait une infidélité?

dona urraca ironiquement. Non, pas une !

don pablo. D'honneur, pas une.

dona urraca de même. Courage !

don pablo. Qu'avez-vous donc à sourire?

dona urraca. Je ris en pensant à tous les tourments, que tu vas souffrir en enfer pour tes parjures.

don pablo. Étrange jalousie! Je vous jure sur mon honneur...

dona urraca. Tais-toi, misérable! regarde ce portrait; à qui l'as-tu donné?

don pablo. Urraca, combien y a-t-il que je vous connais?...

dona urraca. Tu te vois confondu, homme d'honneur!

don pablo. 11 y a deux ans. La première fois que je vous vis, je venais' de passer de l'école de Ségovie dans les carabiniers; vous rappelez-vous mon uniforme tout neuf qui m'at-

tira des compliments de votre part? — Or, je vous prie, regardez ce portrait ; quel en est l'uniforme?

don a urraca. Dieu ! celui de Ségovie ! ... Don Pablo! [Elle se jette dans ses bras.)

don pablo. Ah, ah, ah! la vieille Bélisa , que j'ai quittée pour toi, aura voulu te jouer un tour. Elle est méchante comme toutes les vieilles! Il y a plus de trois ans que ce portrait est fait.

dona urraca. Pardonne-moi. . . cher ami! Je suis une misérable... je mérite la mort... tue-moi!

don pablo. Comment! nous sommes meilleurs amis que devant. Qui n'est pas jaloux, n'aime point,

dona urraca. Malheureux! si tu savais qui t'a dénoncé! — C'est moi !

don pablo. Toi!

dona urraca. Oui , moi ! La jalousie, la fureur... m'ont égarée. . .

don pablo. Ton amour était fort! je n'aurais pas cru qu'il allât si loin. — Mais relève-toi, et embrasse-moi.

dona urraca. Tu me pardonnes?

don pablo. Je ne pense qu'à ton amour. Peste! il était fort I

dona urraca. Pablo, je suis grande, tu vas prendre mes habits et te sauver.

don pablo. Doucement. Ils seraient capables de te pendre à ma place.

dona urraca. Jésus Maria ! que devenir?

don pablo. Il faut se résigner, ma reine, e^ passer nos derniers moments à faire toutes les folies possibles.

dona urraca. Écoute. Fray Bartholomé, qui m'a fait entrer ici, doit venir dans un instant. C'est lui qui m'a arraché ton secret.

don pablo avec inquiétude. Diable ! et par quel moyen ?

dona urraca. En me montrant ce malheureux portrait. II va venir. J'ai un poignard dans ma jarretière; tu le tueras, et tu prendras sa robe.

don pablo. Moi !

dona urraca. Après moi ce traître est cause de ta mort.

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