tu-:- cm. Encore
mautin kz. Votre Àltesso sait avec quelle perfection celle inimitable actrice saisi! et rend tous les ridicules.
LE vice-roi. Oui, mais elle passe les bornes et ne respecte rien. Je la tancerai vertement. Vive Dieu! je me suis intéressé toute ma vie à Tari dramatique, mais je mentends pas qu'en se permette des personnalités injurieuses pour des femmes dont les familles pourraient me lait e le plus grand tort à Madrid.
martixez. Voici la pétition d'un capitaine invalide..,
le vicK-noi. C'en est assez. Je commence à me fatiguer. Nous lirons le reste une antre fois ; mais, pendant que nous en sommes sur le sujet de la Perichole, je \cux, mon cher tartinez, que lu me [taries d'elle à e<rur ouvert.
marti nez. Moi, monseigneur? Eh! (pie pourrais-je dire «i Voire Altesse?
LE vice-roi. Oui, je veux que lu me dises franchement ce qu'on en dit dans la ville, dans les sociétés que lu fréquentes.
mahtixez. On en parle partout comme d'un talent du premier ordre.
le vice-roi. Non! ce n'est pas cela que je te demande, .le veux savoir ce que l'on dit de ma liaison avec cetle fille; car, au point où nous en sommes, le mystère serait inutile. Kén que tu sois depuis peu à mon service, tu as sans doute de- Aine.... Que diable! on est. homme; — et pour être un viceroi, on n'est pas obligé de vivre comme un saint.
MARTIXEZ. Monseigneur, Votre Altesse fait beaucoup d'envieux; et, s'il faut tout dire, elle fait aussi des envieuses.
le viCR-noi. Flatteur! mais il y a du*vroi dans ce que lu dis... peut-être plus que lu ne le crois.
MARTIXEZ. Ah ! monseigneur, je ne dis que la vérité.
LE v!ci:-roi. Comme je sais (pie tu m'es entièrement dévoué, je veux bien te faire une confidence; mais c'est à condition que tu paieras ma franchise par une franchise semblable. Tu suis que je ne suis pas de ceux à qui on fail voir (K> étoiles en plein midi... ainsi, fais bien attention à ce que lu vas diie.
Martine/ Monseigneur, je parlerai à Voire Altesse eoifune si j'étais devant mon confesseur.
le vice-roi. Eh bien! M arti nez , apprends ce qui me tracassé. — La Perichole est au fond une bonne fille, mais forl évaporée. Elle fait sans cesse des imprudences qui peuvenl la compromettre el moi aussi. Tu sens bien que je ne crains pas qu'elle me trompe. Non, non, il ne s 'agi! pas de cela, et la pauvre (ijle e>t loin d'y penser; mais j'ai peur qu'à la ville on ne s'imagine qu elle me trompe.
maktin ez. Àh! monseigneur...
LE \ ii i:- lu n . Le monde est méchant et ne respecte pas les personnes d'un rang élevé. D'ailleurs les apparences sont quelquefois trompeuses... Toi-même, Martine/, est-ce que tu n'as i ien obsen é dans sa conduite qui t'ait donné des inquiétudes?
Martine/. Comment Voire Altesse peut-elle croire...
LE vu e-roi. Tiens, pour te mettre à ton aise, je veux bien le dire que tu ne plais guère a la Perichole. Elle m'a demandé la place; tu ne devinerais jamais pour qui?.... pour le neveu rie son cordonnier. — Il est vrai «pièce cordonnier lui lait des souliers admirables^ Dieu! lorsqu'elle danse dans lit Gitanilla avec des bas de soie roses et des souliers couverts de paillottes ah! Martinez, Martine/, qu elle est jolie !
MARTI nez à part. La traîtresse!
il vice- roi. Comme je te suis attaché, je l'ai renvoyée bien loin. Mais tu vois par ce trait que la Perichole ne t'aime point. Ainsi lu n'es pas tenu de la ménager. C'est pourquoi,
le le répète encore une t'ois, parle avec toute franchisé.
Martine/. Ah! mon bon maître!
LE vice-roi. .le l'écoute; mais prends bien garde de mentir avec moi.
martine/. Comblé comme je le suis des bontés de Votre Altesse, je ne sais pas en vérité comment je pourrais jamais - reconnaître... Mais surtout la confidence que Votre Altesse daigné me faire me met dans un grand embarras... car maintenant je n'ose dire... Ce n'est pas que j'aie à dire quelque chose... qui puisse porter préjudice a la senora Péricbole... Mais peut-être Votre Altesse pensera-t-elle , au premier abord, que c'est... en quelque sorte... un motif de \en-
géance.... s il est permis d'appeler vengeance.... ce qui ne peul nuire.... car Votre Altesse sans doute ne lui en voudra point.... puisque après tout.... il ne s'agit que de bagatelles, u-: vice-roi. Quelles bagatelles? Explique-toi.
mahtineZj Oh! rien de sérieux. 11 est certain «pie la sériera Periehole vous atme... Votre Altesse est si bonne! <pii pourrait m pas l'aiinei ?.... Peut-être était-ce par pure méchanceté
qu'on me le disait car, comme l'observait fort bien Votre
Altesse tout à l'heure , le monde est méchant.
lkjuce-roi. Qu'est-ce qu'on te disait?
m\khm:/.. Il ne faut pas que Votre Altesse attache de limportànce^i ce qu'il me disait, car ce n'est que le premier garçon du marchand de soieries de la rue du Callao... El je ne Sevrais peut-être pas redire a Votre Altesse les propos que tiennent les personnes de celle classe... Votre Altesse lie daignera peut-être pas les entendre, mais enfin Votre Àltésse m'a commandé de dire ce que je sais, et je ne puis dire que ce qu'on m'a dit.
LE vn.K-iioi. Corps du Christ! dis donc ce qu'on t'a dit.
mahtinkz. Ce jeune homme, qu'on appelle Luis Lopefc, et qui appartient d'ailleurs à une honnête famille, m'a dit, comme nous parlions de soieries, qu'il avait vendu l'autre jour huit aunes de satin cramoisi au capitaine Hernan Aguirre, qui Lavait payé, sans marchander, dix ducats l'aune.
i.e vice-roi. Au fait !
Martin ez. Eh bien! monseigneur. Luis Lopez prétendait avoir vu ce même satin cramoisi façonné en robe, et porté par la senora Periehole. Vous souvenez- vous de la robe qu'elle avait dimanche soir? C'est celle-là même. — Mais rien de plus probable que Luis Lopez se sera trompé... d'autant plus que; le capitaine en payant disait: « Je ne marchande pas, car » c'est pour ma maîtresse. »
lk vice- roi. 1*0111' sa maîtresse!
MARTi nez. Preuve, selon moi, qu'il se trompait... Moi, je lui ai parlé vertement, et je lui ai dit ce que je pensais do sa belle histoire... Mais, si je l'avais cru, il m'en aurait conté bien d'autres.
le vice-roi. Quoi doue eneoie?
Dl SATXT-SACREMRNT. 231
m \rtim7 de ces histoires qu'il a ramassées je ne -aïs
i m Par exemple, qu'un soir un sergent do rondo attrapa
dans la rue du Palais un hunnne qui n'avait qu'un manteau par-dessus sa chemise : à la vérité, il louait ses chausses à la main. D'abord on le prit pour un voleur; mais arrivé au corpsde-garde, le lieutenant de service vit que ce prétendu voleur ' tint le capitaine *\guirre. — Mais qu'est-ce que cola prouve*?
LE l ICE-ROI. Quelle nuil '.'
MARTIN ez. Il disail la nuit du vendredi au samedi... Celle nuit que nous vous avons attendu si long-temps... Mais, dans la rue du Pal. lis, il y a quelques dames qui ne sont |>a> des plus farouches.. Je présume que le capitaine courtise la se-
nora Beatriz Ah! mais je me trompe; car il y a pics tle
quinze jours qu'elle est partie pour ( v )uito.... Si ce n'est elle. ■ e sei a une autre. (
m vice-roi. Est-ce là tout ce que tu sais?
mmmim:/. Hélas! monseigneur! Votre Altesse sait bien que 3 m» disances ne s'arrêtent jamais en beau chemin, et qu'une - que les mauvaises langues ont commencé a s'exercer sur quelqu'un , elles trouvent bientôt qui leur t'ait chorus... Mais ••••qui me reste à dire est si extravagant, que je crains d'ennwyer Votre Altesse en le lui répétant.
lk \ ick-roi. Point. Cela ne m'ennuie pas. Continue/.
MARTi nez. Au dernier combat de taureaux en vérité la
médisance est assez bien arrangée pour les détails, mais pour le fonds elle est d'une absurdité criante. Au dernier combat, do taureaux , Votre Altesse a peut-être remarqué un grand gaillard bien fait, léger comme une panthère, courageux comme un lion, un chah' nommé Hamon, et qui est l'un des habiles matadors de Lima V
le vic.k-ivoi. Eh bien !
MARTinkz. On dit vous savez que les faiseurs de médisances disent tout ce qui leur vient a l'esprit on dit qu il
n'esl pas sans exemple que quelques-uns de ces messieurs aient osé prétendre aux bonnes grâces de certaines dames de haut parage... et, ce qui est bien plus extraordinaire, que l'on a vu des dame-, distinguées parleur naissance ou autrement, - abaisser jusqu'à favoriser les prétentions de ces misérables,
T.n LE CARROSSE
— .le crains de fatiguer Votre Altesse qui me semble soufifrij' dans ce moment,
le vice-roi. Oui, moti pied me fait grand mal. • m .vin (nez. ( )r dune, quoique» gens oisifs et méchants, comme Dieu merci il n'eu manque pas à Lima, ont prétendu surprendra des œillades forl enflammées que le matador lançait à la belle comédienne. Xa-t-un pas remarqué encore que cet homme, qui csi consommé dans son art , au lieu d'attirer le taùréau sous ta loire de Votre Altesse, pour le tuer là. comme tout matador bien appris a coutume de le faire... eh bien! ce Ramon, au contraire, se postait sous la loge de la senora Periehole , lui faisant ainsi tuas lc< honneurs «le la fête. Il fàul avouer qu'il y a des gens qui trouvent du mal partout, mémo dansée qu'il y ;i de plus innocent! Par exemple, ù cette mémo course, -la senora a fait quelque chose qu'ils ont bien mal interprété, et, qui au fond n'a rien que de naturel. Au montent où le taureau noir et blanc, le plus terrible de tous, a été abattu par Ramon , le collier de perles de la senora Perichole est tombé dans l'arène. Ramon l'a ramassé et l'a passé a son cou. après l'avoir baisé avec respect. Mais moi, je suis convaincu (pie ce collier est tombé par accident, puis par générosité la senora l'a abandonné au matador, lequel, au reste, ne I .1 pas vendu, comme bien des gens de sa profession l'auraient fait à sa place, pour aller en dépenser le prix au cabaret. Lui, au contraire , le porte à son cou par la Ville, lier comme un paon, et bravant encore plus qu'à l'ordinaire. Que Votre Altesse imagine quelle bonne fortune que cet accident pour lu médisance! Aussi Dieu sait comment les irons travestissent l'affaire. Suivant eux, la senora IVriehole se serait élancée hors de sa loge, elle aurait arraché elle-même son collier exprès, et l'aurait jeté au matador en criant : Rra\o, Râmon !
— La senora Romer, du grand théâtre, et qui se trouvait danla même loge... ( mais c es! la jalousie qui la fait parler « lie a dit que la senora l'erichole s'étail écriée : Bravo, mon K;imon ! J étais trop loin pour entendre, mais je gage qu'elle n menti: car elle est si méchante, tenez, quelle ose dire qu'à la dernière représentation de « /</ Fille de ( Air, » la couronne qui est tombée aux pieds de la senora l'erichole avait été lancée par Ramon le chah. Knlin elle va jusqu'à conter que Ramon est entré quelquefois dans sa loge au théâtre, et que m<*me
IM >\IM -su M MI.NÏ
il ya » lif/ elle, t o n'est pas que le drôle ne -"il a^sez hardi pour tout (Mi . Il -i' croit un Adonis maigre -;i peau liinnt'v il joue de In « 1 1 1 . 1 1 - * * , il jonernil des couteaux au besoin.. Personne auprès de lui if osera il tousser ou se moucher quau I In Pèrichole chante .. (l es! un homme précieux pour une actrice. — La Ronier ajoulc (pie la senora Pèrichole s'enferme quelquefois des lieures entières avec lui, surtoul quand Voire A liesse va à In chasse, ou lorsqu'elle esl malheureusement inrlïsposi e.
i.i \ ii e-roi. Est-ce la tout ce que vous savez?
martinez. De semblables propos In kyrielle ne linirail jamais; niais comme j'y attachais pou d'importance, et que je présume que Votre Altesse...
le \n k-roi. Monsieur Martine/, vous êtes un faquin.
m irtinez. Monseigneur !
le vice-roi. Un insolent, un effronté menteur.
martinez. Monseigneur, je n'ai rien dit à Votre Allesâequo ce que j'avais entendu dire.
le vice-roi. El voilà, monsieur, ce qui prouve votre impei linence. ( lomment! vous osez me débiter insolemment comme parole d'Évangile tous les sots bavardages que vous entendez dans lo> coulisses! Qu'alloz-vous faire dans les coulisses, monsieur */ Est-ce là voire place? Vous donné-jo des appointements pour cabaler avec les acteurs? Vous ne faites rien: vous « les un paresseux... et un menteur. Il n'y a pas un mol de vrai dans ce que vous avez eu la hardiesse de me soutenir en face. Comment ! misérable, vous osez me dire que je sui> lé ri\ al d'un matador! d'un cholo !
MARTIN kz. Non, monseigneur... Je ne dis pas...
LE vice-roi. Je connais la IVrichole. C'est une excellente Pille, qui n'aime que moi. Vous êtes un menteur, un impudent menteur, et il n'y a pas une syllabe de vrai dans (oui ce que vous avez dit.
Martine/. Que Votre Altesse daigne se souvenir...
le vice-roi. Taisez-vous. — Je vous ai tiré de la boue pour vous prendre a mon service. Je voulais faire voire fortune. Vous êtes indigne de mes bontés. Je devrais \ous eliasser ignominieusement,; mais, par une extrême faiblesse
LE CARROSSK
de ma part, je veux bien vous doiîner une place. Je vous fais receveur des contributions dans la province de... auprès du colonel Cîarci Vasquez. Partez vile: .-i vous êtes domain ii
Lima, je vous fais conduire au Callao entre quatre drag< tu
voua n'en sortirez qu'à ma mort.
mvrtinez. Ilélas!... miséricorde ! monseigneur, c'est pire (jue la prison. Que Votre Altesse daigne se rappeler que je n'ai parlé que |>;ir son ordre.
le vice-roi. Ah! \ous raisonnez encore. Oui donc est % ie maître ici ! Vive Dieu ! si je pouvais man her, je vous assommerais à coups do canne! Hors d'ici, faquin, ou je vous I jeter par la fenêtre. Ah! je ne vaux pas un cholo? un cholol Imjnulent ! hors d'ici !
On entend un grand bruit a lu porte du cabiiwt . entre Balthasar, ensuite la Perichole. Sort Marlinez.
balthasar. Monseigneur, c'est mademoiselle qui veut absolument entrer, quoique je lui dise que Votre Altesse esl en
a lia ires.
le vice— roi . Qu'elle entre; et voix, sortez
la perichole. Il est assez étrange qu'on ne puisse voua voir qu'en emportant d'assaut la porte de votre cabinet. J i père qu'il n'y a la-dedans qu'une méprise de votre bulu
d'huissier.
le vice-roi d'un ton chagrin. Je vous croyais à là cérémonie.
la perichole. .le ne sais encore si l'on m'y verra. < dépend un peu de vous. — Mais, avant tout, comment •
votre goutte?
levice-roi arec unehumeur croissante. Je n'ai pas la goutte la perichole. Ah ! ce n'est, a ce que je vois, qu'un ac< ês de mauvaise humeur rentrée. Tanl pis: j'avais quelque chose à vous demander, et j'espérais vous trouver en de meilleures dispositions. Puisqu'il en est ainsi, je vous baise les main- Adieu; nous reparlerons de cela une autre fois.
le vice-roi. Camila, ne vous en allez pas si vite. J ai n vous parler, moi. Vivo Dieu! on croirait que vous avez peur d'un iè(e-à-tète avec moi.
M perichole. Oh! Votre Altesse me (ait rarement pour
le vice-rûi. Restez Tenez-moi compagnio quand je suis malade... — Je sais bien que vous aimeriez mieux causer avec le Capitaine Vguirro.... mais il faut savoir se résigner quelquefois.
LA PEWCUOLE. Aguirre'.' .le le quille a l'instant.
le \i< i -iu »i . Vous le quittez à l'instant... Fort bien, madame! vous m'épargnez une préface, cl je puis entrer en matière sur-le-champ.
i.\ periciiomv Monseigneur, je soupçonne que vous veniez me régaler d'une petite scène de jalousie; car il y a près «le deux mois que vous n'avez donné carrière a n <»s humeurs jalouses. Je crains que celle scène ne dure un peu de temps, et, -i vous l'aviez pour agréable, je vous ferais ma demande tout de suite. Vous me l'accorderiez, et nous remettrions ;i demain les reproches el les fureurs.
le mge - no i. Je ne suis guère d'humeur a vous accorder des grâces; vous abusez de celles que* vous avez obtenues • le moi.
i \ PERiciiOLE. Beau début! mais c'est à mon tour do parler,., Toutes les bégueules de Lima se sont liguées pour me mortifier (le toutes les manières, et le tout, parce que je suis plus jolie qu'elles. — N'est-ce pas que je suis jolie aujourd hui? — Il y a entre nous une petite guerre bien active de petites calomnies et de petites noirceurs. Si je n'étais pas si pressée, je vous en conterais quelques-unes. En outre, nous faisons tous nos efforts de part et d'autre pour nous surpasser par la magnificence de nos parures, le goût de nos toilettes, etc. A i i -si non-; sommes une providence pour les bi-
utiers cl les marchandes de dotions.
le vice-roi. Oiûii-je affaire, morbleu! de toutes ces balivernes*? Si vous ne surpassez ces daims par le luxe de vos parures . en fait d'amants...
\.\ pemcholi: avec une grande révérence. En fait d'amants, je fais tout au contraire de ces dames. Je préfère la qualité à la quantité.
le vice-roi. Periehole, laissez-moi parler; je suis tres- >éiieu\ en ce moment.
la perichole parlant en même temps, Écoulez-moi , je n'ai que deux mots à vous dire....
le vice-roi. .li* suis trés-inécontcnl de vous. I ! < on parle de votre coquetterie, ci. s'il faul parler net-, j« i craittî?
que nous ae me fassiez jouer un sol rôle.
la pericuolk parlant on même temps, le me suis avis aujourd'hui môme, d'une inventiou sublime qui fera crever rie dépit toutes ces dames, pourvu toutefois que vous soyez aimable comme vous l'êtes quelquefois.
LE vice-roi. Mais, vive Dieu! écoutez-moi donc !
la perichole. .Mais, morbleu! écoulez-moi donc'. Je suis femme, vous êtes Castillan, vous me devez du respeel : ainsi, taisez-vous quand je parle.
le vice-roi. Eh bien, parlez! vous ne perdrez rien poui attendre.
la perichole. Aujourd'hui, comme vous le savez, toutes les femmes de Lima se font voir dans leurs parures les plus élégantes, étalant à l'envi tout le luxe qu'elles peuvent. — Toutes les voitures qui sont à Lima sont au nombre de rtrtq les deux vôtres, relie de l'évèque, celle de l'Auditeur Pedro de Hinoyosa, enfin le carrosse de la marquise AUamirano, mon ennemie capitale, presque aussi vieux que sa maîtresse, mais enfin c'est un carrosse. Or donc, ce malin, apprenant que vous gardiez la chambre aujourd'hui, je me suis mis en tète ([ue vous pourriez assurer mon triomphe sur ma rivalo, en me faisant don de ce beau carrosse qui vous est arrivé de Madrid.
le vice-roi. Est-ce là ce que vous vouliez nie demande! ".
la perichole. Vous 1110 forez plus do plaisir en me donnant ce carrosse que si vous me donniez une mine ou lin département d'Indiens.
LE vice-roi. Cei tes. la demande est modeste. Elle ne veut qu'un carrosse pour se faire traîner à l'église comme une marquise, .le n'en reviens pas.
la peric.holr. Vous savez, don Andres, que je fais peu de cas de l'argent. Je ne sais ce que nous coûte cette voiture mais vous êtes riche. S'il ne s'agissait pas d'humilier des ennemies mortelles, vous sentez bien que je ne vous aurais pa* demandé un cadeau d'une aussi grande valeur. Au surplus, si ma demande vois choque, oubliez-la. Si j'ai eu torl do
hl SA IXT- SACREMENT. 231
nus la faire, je vous en demande pardon. .1 « 1 i le dé fa ni d'agir «I abord . et do i éfléchir ensuite.
le vice-iioi l ii carrosse ! il ferait beau \oir mu» comédienne en earros.se! Kl s-\ous un ê\cque. madame, un Auditeur ou une marquise poui aller en canote?
i v i'i un iioli uis- je pas (oui à la fois l'infante
l'Irlande, la reine de Saha, la reine Thomh is, Venus cl sainte lusline . \ iei ei martvre?
I l. N ICE-llOI. Kollc !
i \ peiuciiolk. Toules lu *s dames-la valent bien une-vieille uarquise dont l<' pcie vendait du drap a Cordouo pour habiller les muletiers. — Allons, mon petit papa, mon «lier ludresillo, \<>us avez ri; vous n'éics plus de mauvaise lui— in'tii . vous éles eliarmant a \olre ordinaire, et vous me don-
i / votre cm ros.>e, n'est-ce pas?
LE \ ni -uoi. r.amila , d'abord nous demandez des choses extravagantes, ensuite vous prenez mal \otre temps, car j'ai maintenant à me plaindre de vous.
i \ peuh uole. Kl h je voulais user de représailles!
LE mck-uoi. Ecoulez, vous avez tort de tourner tout en plaisanterie, .le vous assure (pie votre conduite m'est connut 1 maintenant . et que je ne veux plus être voire dupe.
la PEUic.iiou;. Si je n'obtiens pas de vous ce carrosse, il faudra qui; je m'en retourne chez moi bien tristement; car le moyen d'aller a cette cérémonie a pied comme une fille* du peuple, ou en chaise a porteurs comme une bourgeoise! et surtout après les espérances que j'avais conçues... Ah! munseigneur le sice-roi du Pérou, vous êtes un cruel homme!... > ombien vous coûte ce carrosse?
LE Vic.E-noi. Laissez votre carrosse, mademoiselle, et réi undez-moi. Je suis parfaitement au fait «le toutes \os actions, el vous saurez que je ne suis plus aveuiilé sur votre compte. - omme je l'étais quand je nous aimais. Maintenant, je ne vous aime plus, entendez-vous V Je suis détrompé, je vous connais. .. Cependant, je serais bien aise de voir de quel air vous pourriez vous y prendre pour vous justifier... Voyons, essayez... parlez, que diantre! parlez... YM bien, à quoi pense-l-clle ainsi , les \ eux le\ és au ciel?
la PBRionoLE. Ce beau carrosse!
i.k vice-roi. Vous feriez perdre patience a un saint l yue le diable emporte le carrosse! — Je suis que le capitaine
Aguiire vous aime...
la periciiole. Je le crois sans peine. — Donnez-moi un il"
ces cigares.
le vice-roi. ...El que vous 1 * ; i i i j h * /. . . . oui, vous l aimez,., je lésais, j'en suis sûr... Mais soutenez donc le contraire du courage! Nie/., par exemple, qu'il vous ait donne une robe fie satin cramoisi... Niez, niez-le! je ne vous en empêche pas
la periciiole. Il aurait du me donner aussi une mantille de dentelle. J'ai déchiré la mienne.
le vice-roi , Et on l'a surpris à demi vêtu sous vos renôtres Je le sais bien, je l'ai vu... .Mais, vive Dieu! diles
donc que cela est faux... Vous qui êtes si bonne comédienne, vous (levez mentir de l'air dont les autres disent la vérité
LA periciiole. Merci du compliment.
le vice-roi. Vous sentez bien, ma mie, que cela ne peul durer. Aussi nos relations vont cesser... Et cela devrait cire fait depuis long-temps... car je ne suis pas homme à entretenir les maîtresses du capitaine Aimirre... — Vous êtes bien tranquille... Vous croyez peut-être que je prends votre flegme pour le calme de l'innocence?
la periciiole d'un ton tragique. (Test le calme du désespoir. Je ne vois là-dedans que l'occasion perdue d'aller a I eglise en carrosse. L'heure va se passer, et, quand vous me demanderez pardon, il sera trop lard.
le vice-roi. Ah! vous demander pardon , ma mignonne] Ah! vous ne prétendez à rien moins? Eh bien! je vous demande pardon d'avoir découvert une autre intrigue avec un pers< nage bien illustre.
LA periciiole. Et de deux. (Juand nous serons à trois, ferons une croix.
le vice-roi. Ce n'est rien moins que le vaillant Ramon , cholo de nation et matador de son métier. — Vous choisiss( bien vos amants, madame. C'est un homme célèbre, cl tout Lima est rempli de son nom.
la periciiole. Il est vrai, et sa réputation n'est pas usurp
IM Ml M • S \< H KM UN I
am h autres < est le plus brave toréador tlu Pérou. ■u >' le plus beau i i le plus robuste.
ece-roi. Parliltuj ! il est clair que \ous n «-les pas femme îr un vice-roi pour le premier verni. D'ailleurs, en pere habile, vous quittez un amant pour en prendre deux. - donnez un ducal, mais vous en prenez la monnaie.
i \ perichole. Si bien (jtfà votre compte un capitaine et un matador seraient la monnaie d'un \ico-roi? Votre Altesse se
: calcul. Il faudrait , suivant moi . trois \ iccroia pour faire la monnaie d'un capitaine, et six vice-rois au moins pour la monnaie d'un matador.
le vice-roi. Vous êtes une impudente...
la pern hole. i lourage !
le vice-roi. Cno effrontée, qui ne prend pas môme le soin do cacher ses débordements par un peu de respect humain.
LA periohole. I-Yimc! [Drclnnianl .) ■ ('ruelle imagination! pourquoi, par tes doux prestige*, allliges-tu mon cœur ''" le vice-roi. Prendre un matador et un cholo pouramantsl... \ ôus êtes une Messaline!
la PERfc.iioLE. (Jif est-ce «pie cela veut dire? i k vice-roi. Vous êtes...
IA perichole. Que Votre Altesse ne se contraigne point. J'imagine qu'elle se livre à ces accès de Fureur par ordonnance du médecin. Un effet, vous vous échauffez, et cela doit être bon pour la goutte.
LE vice-roi. Taisez-vous, infâme! Prendre un cholo pour amant! Vive Dieu! — .le vous ai comblée de mes faveurs... Pour vous, je me suis presque compromis aux yeux du public . . car il est scandaleux que le représentant du roi d'Espagne aille chercher sa maîtresse sur les planches d'un théâtral... .le ne sais qui me retient... Mais, si je n'étais mille fois trop bon, je vous ferais fourrer dans une maison de correction.
LA periciioi.f.. Vous n'oseriez pas!
le vick-roi. Je n'oserais pas!... Vile une plume et de l'enci «• . et ie si'-inc Tordre.
la CEiuciiuLE. 11 v aurait une révolte à Lima si la Perichole était eu prison.
le vicjs-roi. t nu révolte! la, ta, ta!
la periciiole. Oui, une révolte. Faites décapiter, pendre tous nos nobles marquis, comtes el chevaliers do Lima, pas une voix dc criera , pas un bras ne se lèvera pour < i u\. Faites égorger douze nulle pauvres Indiens, envoyez-en vingl mille dans vos mines, on vous applaudira, <>n VOUS donnera du
Trajan parle nez... Mais empêchez les Limeniens dé voir leur actrice favorite, et ils vous assommeront à coups de pierres.
le vice-roi. Oui, oui!... Et si je défends au directeur de renouveler votre engagement qui va finir*?
la periciiolE. Eh bien! je prendrai ma guitare, el j irai ( hanter dans la rue, sous vos fenêtres; et dans mes chansons je ferai rire aux dépens de votre vice-royauté et de voire goutte.
le vice-roi. Fort bien. Et que feriez— vous h je vous envoyais en Espagne par le premier galion'/
la pericdole. Vous ne pourriez me taire un plus grand plaisir... Je meurs d'envie de voir la vieille Europe, et d'ailleurs, en Espagne, j'ai la chance de devenir la maîtresse du premier ministre ou du roi, et, le eas échéant, je me venge devons. Je vous fais accuser, ramener prisonnier en Espagne, les fers aux pieds, comme Christophe Colomb, et ensuite vous serez bien heureux si je vous fais grâce de la potence et si je vous envoie seulement pourrir dans la tour de Ségovie.
le vice-roi. En attendant que cela arrive, ne remettez pluies pieds dans ce palais.
la periciiolë. Certes, jamais je n'obéirai plus volontiers .1 N otre Altesse.
le vice- roi. Encore un instant. Comme c'est la dernière fois que nous nous voyons, il faut terminer nos comptes, h vous méprise trop pour vous accabler. Andrcs de Kibera 1 daigne pas punir une offense quand elle part de trop bas, — Je \ous ai donné des sommes considérables, des cadeaux précieux... gardez-les. On vous paiera trois mois de votre pension, et j'espère qu'avec cela vous entrerez à l'hôpital tjucl |ûes semaines plus lard.
la periciiolë. J'ai" écoulé patiemment vos injures el les calomnies atroces que vous venez de me faire cnt< n Ire : je les
di s\im .su ut: m km". n\
iairf .1 l'étal de souffrance ou je \ ous vois: mai- ce der- 6 ne peu! se pardonner. Je deseend» de vieux ( liré- Castillans, monseigneur, et j'ai le arur Irop haut Or les présents d'un honime ijue je n'aime pas. Tous \ vous seront rendus. Je vendrai ma maison el mes meubles pour payer le resle. Kn attendant, voici un collier de diamants el de? bagues ijue vous m'avez donnés,., (le soir, je n aurai i ien a \ ous.
Elle ôte st\s bijou v et se dispose a sortir,
B-noiému. Periehole ! . . . l'crirhole! La... ne vous en . . Ecoutez... écoutez donc.. . Faut-il que je me lo\c?...
allez pas.
An*! aie:
i \ pericholk a' arrêtant. \"ous vous êtes fail mal'.'
le vice-roi. Vous parliez de calomnies?...
i ^ péru iiole Je ne me souviens plus de ce que j'ai dit.
LE * i< R-rqi. Dis seulement (pie cela n'est pas vrai , e( j'oublie tour .
la periciiole. Croyez-en ce qu'il vous plaira. Je baise les mains de Vôtre Altesse.
le \ i< r.-iu)i. Non, ne l'on va pas encore... Perichole... J'étais eti colère... j'ai é(é trop vif... Mais maintenant expliquonsnous tranquillement. — Ainsi, tout ce qu'on m'a dit de loi riait faux?
i \ i>ericiiolk. Laissez-moi m'en aller. Je liens peu a votre opinion.
le vice— roi. Voyons donc, Camila. Kh bien! je crois que • n ''n tort. Ks-tu satisfaite?
pkriciiole. Non, non, vous avez raison.
; \ i< b-roi. Kntéléo! méchante'.... Je te déteste; mais va . tu eâ charmante toujours... Je l'aime trop... Je sais bien que toul ce que Ton m'a dit est faux.. . Mais dis-moi que cela est faux... rien que...
la i»kricholk. Non : vous m'avez trop offensée pour que je ►une beaucoup à votre estime.
le vu b-hoi. Allons, Camila 1 Kli bien! n'en parlons plus... Je l»* demande pardon... J'ai eu tort... C'est que j'étais si
242 LE CARROSS
souffrant que je ne savais ce que je disais. Toul csl uni, Donne-moi la Sain... Mais dis-moi...
la peuiciioi.e. Que je vous dise'.'...
le vice— roi. Que lu n'es plus fâchée, el que tu me pai -
donnes mon emportement.
la periciiole lui donnant lu main. Oui, je vous pardonne :
car je crois que vous m'aimez véritablement*
le vice-roi. Au moins, par générosité... Je suis bien sûr de toi... Je ne suis plus jaloux.... Mais est-ce que cela te
coûterait beaucoup de dire qu'on fa calomniée ?
la periciiole. Quoi î toujours vous (»n revenez là? le vice-roi. Allons! voila qui esl dit... n'en parlons plus. Je te crois sans que tu te défendes... Pourtant... Vois, comme
je suis faible 1
la periciiole. En vérité, monseigneur, faut-il vous montrera quel point la jalousie vous a troublé la raison? Voyons cherchons à nous rappeler vos reproches. Ah ! la robe de satin
cramoisi V... Bon Dieu, quelle idée!
le vice-roi. Oui, cela était ridicule; mais...
la periciiole. Il est parfaitement vrai que je possède une robe de satin cramoisi, et il est non moins vrai que je lai achetée d'une fille de couleur, ma voisine, qui esl entretenue
par le capitaine Aguirre. Avait-elle reçu cette robe de son amant ou d'un autre, c'est ce que j'ignore... C'est ma femme de chambre qui a fait le marché, et vous pouvez 1" interroge
là-dessus.
le vice-roi. Je m'en garderai bien, mon enfant! ... .)< crois. (.'! part.) Ah! coquin {le Martinez, tu me paieras I posture.
la periciiole. Quant à l'autre histoire du capitaine Aguii
je n'ai rien à vous dire , sinon que les accidents de cette i pèee sont communs à Lima, et que je ne puis les empêcher. D'ailleurs, je crois me souvenir que ce jour-là môme vous êtes
resté fort lard à souper chez moi.
le vicer-ROi. Periciiole, ma mignonne, je ne veux plus entendre un mot là-dessus. Cela me rend trop honteux Dieu merci, je ne suis plus jaloux.... Tu disais donc que Ce cholo
Dl SAINT • SACREMENT. SU
CRotR. Vos espions vous onl aussi bien instruit ref au cholo Ramoti. Il est \ rai qu'aux dernières «ourses je fus transp »i f * d'admiration en \c\ anl son adresse î son courage, car aussitôt qu'il eut enfoncé >on èpée dfuis
ù, sûr rie sou coup. sans daigner regarder ait encore quelque reste de vie, il lit une naul le dos au taureau, il nie lil un salut i rl gracieux pour un homme de sa profession. Je compris ce que cela voulail dire, el je cherchai ma bourse pour la lui jet mais je l'avais oubliée, .le pris donc le premier objet de prix qui me tomba sous la main. .Mais jamais je ne me sciais a\ - e de croire que dan- une semblable action on pût voir de l'amour. l r n cholo! un matador! un homme <pii boit de k ie el qui man rl non? crus ! Ah ! monseigneur!
lk vi< e-roi. Oui, oui , j'avais tort, ma toute belle... Cependant si j'avais été ce taureau , j'aurais rassemblé le reste es, el j'aurais rudement secoué monsieur Ramon. la l'Kivic.noLi:. Alors j'aurais crié : Vive h taureau!
-noi. Tu es charmante! demande-moi ce que tu lar je ne i rois pas du tout que tu fasses venir chez lui ce Ramon qui mange des ornons crus.
pRMc.itoLE. Pardonnez-moi. Votre Altesse n'ignore pas je dms jouer bientôt le principal rôle dans la comédie u poète Peransurcz. .1 y dois chanter un air avec des paroles ans le patois de ces gens-là; et pour bien saisir leur accent I leur prononciation, je fais venir Ramon qui a mie assez ►elle basse-taille, et qui chanterait toute une journée, pourvu q fou loi donnât sullisamment à boire. — Je n'ajouterai plus l'un mot. Pour peu que Votre Altesse conserve des doutes, le peul envoyer le capitaine à Panama, et le matador a izco; mais je crains que, si la chose a fait, du bruit, leur exil ne donne lieu aux mauvais plaisants de s'égayer à vos peu- et aux miens.
LE vick-uoi. Ah! ma bonne Perichole, comment te faire oublier
la periciiole. L'amour fait excuser bien des choses; mais j'engage Votre Altesse à se tenir en garde à l'avenir contre ces domestiques qui atlectent beaucoup de dévouement, tandis qu'ils sont tout disposés à trahir leurs maîtres.
le vice* roi. Comment ?
lv periciiole. .le no nomme personne, el le métier de rl nonciateur ne sera jamais le mien, .hume, assez jolie-, corné dieime, je suis exposée à recevoir bien des propositions un pertinentes, el j'imagine que certain petit présomptueux qu vous honorez de votre confiance, et que j'ai fait chasser <1 ries coulisses, vous aura régalé de loutesc.es belles histoire;
le vice-roi. Oh! le scélérat! Je m'en étais toujours douti Oh! le monstre! comment! il a osé te faire des propositions Tu parles de Martinez, n'est-ce pas?
la M5RICH0LE. Je ne veux nuire à personne.
le vïce-roi. Ah! coquin! ce n'est pas avec (iarci Vasqui que tu iras. C'est au fort de Callao, el !" diable m'emporte lu en sors de si tôt !
la periciiole. Je n'ai rien dit contre ce jeune homme. Qui
vous prouve que j'ai voulu le désigner?
le vice-roi. Laisse-moi faire. Je sais ce que je sais... — Mais, mon enfant, tu m'avais demandé, je crois, mon car-
rosse?... Diable! c'est...
la periciiole. Ne parlons plus de cela; je suis assez heu reuse maintenant, puisque je n'ai pas perdu votre amitié.
le vice-roi. Mais cela te ferait beaucoup de plaisir*/.
Q'est que, vois-tu, ma petite...
la periciiole. Oui, j'y tenais beaucoup. . . Mais depuis cetu
cruelle discussion j'ai changé d'idée.
le vice-roi. Tu comptais que je te l'aurais donné... C'esl que, diable... ce carrosse... non pas que j'y tienne... ma
que diantre dira-t-on si...
la periciiole. Laissons cela . D'ailleurs, il est bien lard pour
aller à la cérémonie. Je n'arriverais pas a temps.
le vice-roi. Quant à cela, mes mules trottent vite... Je ne crains que ces maudits Auditeurs... Ce Pedro de Uinoyosa
il va travestir l'affaire à sa guise...
la periciiole. 11 vous déteste parce que l< k peuple \ aime... Mais je serais désolée de vous compromettre avec lu Il parait que c'est un monsieur qu'il faut ménager.
le vice-roi après un instant de rt'/h'.vion. Parbleu! qi
1)1 s\l\l -SACREMENT.
voudra... Si 1 *uis-je pas h» mu il fo df donner ce qui in Hppai licul . e| ,i nui lion nir semble?
i \ l'i iji.imi !.. Ni h, de iirfïce. «l'ai fait réflexion ii l'extravagance île ma i Ïlmiui m I* * , cl je rougis maintenant île vous en avoir importuné. — VA puis... je me suis tellement fait violence toul à l'heure pour ne pas pleurer.... que j'ai plus d'envie de ine jeter sur mon lit pour reposer mes nerfs, que d'aller me promener.
vue-roi. Pauvre enfant, comme elle m'aime 1... Non, fille, il faut que tu pionnes l'air, cela te fera du bien. Pineda m'ordonne de monter on voiture, quand je viens de et Ire en colère... Va, mignonne, mon carrosse est a toi. Sonne, pour que l'on attelle sur-le-champ.
i\ periciiole. Monseigneur, de grâce, réfléchissez; vous êtes maintenant trop bon, comme vous ave/, été trop injuste toul à l'heure.
i E v ii e-roi. Sonne, te dis-je. Je veux que tes ennemies en meurent de jalousie.
i v peiuchoi.e. .Mais...
B vice-roi. Enfin, si tu n'acceptes pas ce présent, je eroii que tu es encore fâchée contre moi.
LA periciiole. De cette manière, je ne puis vous refuser... Mais je suis véritablement confuse. ( fille sonne, lialthusar entre. )
i E vice-roi. Qu'on attelle sur-le-champ les mules blanches .1 mon nouveau carrosse, et dites au cocher que les mules, le carrosse et lui appartiennent à mademoiselle, {liait hasar sort.) Pauvre petite! comme ton pouls est agité! Allons, m'en veux-tu encore"?
la perichole. Comment ne serais-je pas pénétrée des bontés de Votre Altesse?
LE vice -roi. Laisse là ton Altesse, et appelle-moi comme tu m'appelles quelquefois.
la perichole. Eh bien! Andres. lu m'as rendu bien malheureuse et bien heureuse aujourd'hui.
le vice— roi. Embrasse-moi, mon ange. Je t'aime comme eela, \'(»is-tu, je ne veux pas être le vice-roi auprès de ma
Perichole! — Méchante! souviens-toi do ce que tu as dit du mérite < 1rs vice-rois en amour!
la pemchole. Va, tu sais bien que tu es And res pour moi, ot non le vire-roi du Pérou. — Vois donc les jolis souliers brodés que m'a faits Marino, ce cordonnier pour le nevéU duquel je t'ai parlé il y a long-temps.
le vice-roi. Quel joli petit pied! Je le coche tout entier dans ma main. A propos, tu dis que son neveu es! un L-:iillard qui a de l'intelligence ? Je le prends à mon service a la place de Martinez.
la perichole. Non , je ne veux déplacer personne. D'ailleurs, Martinez vous est utile. 11 fait de bons rapports.
le vice-roi. Rancunière! — Va! il couchera ce soir au Callao.
baltiiasar rentrant. La voiture est attelée.
le vicE-noï. Allons, ma toute belle, amuse-toi bien, et reviens tout de suite après la cérémonie. Si quelqu'un te faisail quelque affront, ne manque pas de m'en prévenir. Vive Dieu les mauvais plaisants ne riraient plus.... Et ton collier el tes bagues que tu oubliais. Approche, que je te rattache ion collier... Va, tu es divine aujourd'hui.
la perichole. J'emporte d'ici quelque chose de plus pré cieux que ces diamants : ta confiance et ton amour.
Elle sort.
le vicf.-roi. Tu es un ange. Cette fille-là fait de moi ( v qu'elle veut. Il est vrai qu'elle m'aime tant... Je ne puis rien lui refuser... Cependant... lui donner mon carrosse!... Je ne sais ce que le monde en pensera!... Une actrice en carrosse doré, tandis que tant de marquises et tant de comtesses sont trop heureuses d'aller en litière!... Jimagine que la cérémonie doit être terminée... Elle n'arrivera que pour l'exhortation de l'évèque... Tant mieux... Ah! j'entends le bruit des roues dans ma cour. Elle n'a pas perdu de temps.... Balthasar, roulez mon fauteuil auprès de la fenêtre, el donnez-moi ma longue vue. Je veux voir quel air a ce carrosse... Parbleu ! je la verrai jusqu'à la porte de l'église... Peste! comme elle va!... Jamais mon cocher ne me mène de ce train-là.... Tout le monde s'arrête pour la regarder.... En voilà qui otenl leur chapeau, comme si c'était moi qui passais... Quelle folie!
Ui SAINT-SACREMENT. 247
.a voua cleja près de la grande place... Bon Dieu' elle va accrocher .. Ah! Jésus! heureusement que c est l'autre carrossé qui esl remersc.... Kl tout le monde qui s'attroupe.... Une va-t-on faire?.. On va peul-étrc l'insulter... Butthasar. allez donc...
BALTH\SAH. Oui, monseigneur. . .
le viCE-noi. Vive Dieu! on se bat la-bas... (louiez tous, VOUS autres... Allez, prenez les armes... Assommez-moi celle canaille... Perichole! Ah! heureusement... elle poursuit >a roule, grâce a cet homme qui fait si bien le moulinet de son bâton... Il lui ouvre un passage.
BALTfiAS.ui . Dois-je courir après le carrosse de madame?
le yige-hoi. Non, demeure. Cela est inutile maintenant... Cependant à son retour... Dis a Sebastien et à Dominique de monter a cheval. (Ju'ils prennent des mousquetons et qu'ils la suivent de loin... et qu'ils ôtent ma livrée... S'il arrivait quelque malheur, je m'en prendrais à vous. — Ce peuple de Lima
esl si grossier! je crains qu'il ne lui fasse quelque avanie
Apre-; tout, il semble qu'il ne soit pas arrivé d'accident; car voici l'autre carrosse rele\é et qui continue sa marche... et la foule entre dans l'église. Fasse le ciel qu'elle s'en tire sans nialencontre ! . . . . On aura beau dire, il n'est pas défendu aux comédiennes d'aller en carrosse si elles en ont.... Tant pis pour les marquises, si , moins jeunes et moins jolies que les actrices, elles ne trouvent personne pour leur en donner... // fuvii un cigare) Ce baptême n'en finit pas!... 11 me tarde de la voir revenir pour apprendre d'elle les détails de l'aventure... Oh! maudite jambe !.. . Je soutire davantage, je crois, quand je suis inquiet.... Voyons : la dernière fois que j'ai été malade, cela m'a duré cinq... six jours... bon! Celte fois-ci, je l'espère, j'en serai débarrassé plus lot. Ainsi je pourrai assister a la première représentation de la comédie où elle doit jouer un rôle... KL si je ne pouvais sortir... Ma foi ! je ferais retarder la représentation.
B ALT n vsar. Monseigneur, monsieur le licencié Thomas d'Ksquivel demande la faveur d'entretenir Votre Altesse.
LE vice-roi. Fais entrer. — Il vient sans doute me régaler d'une petite morale, afin de tirer de moi quelque cadeau. Au l'ail, il v a bien un mois (pie je ne l'ai vu.
LE CAIMOSSK
1.1: licencié entrant, .le baise les n ains de V*.»t re Altesse.
m: vice-roi. Ah! monsieur le licencié, vous voyez mm homme bien malade!
le licencié. Je suis désolé de l'apprendre. C'est doue e< I accès de poulie qui a empêché Votre Altesse d'assister i\ la cérémonie do ce jour ?
le vicK-Hoi. .le n ai pas la goutte... C/est un bruil que répand Pineda; ce n'est qu'une enllure au pied, Je le sais mieux que lui.
LE LICENCIÉ, Au surplus, Voire Altesse ne doit pas regretter de n'avoir pas assisté à ce baptême. Elle a eu le bonheur de n'être pas témoin d'un grand scandale.
le Vick-roi. Un scandale?... ( A pari.) Diable! la Périchoie doit y être pour quelque chose.
le Licencié. Oui, un scandale énorme et dont Voire Altes>e aurait été profondément ailligée, j'en suis sur,.... d'autant plus que, suivant les apparences, elle en est la cause involontaire.
le vice-roi. Expliquez-vous.
le licencié. Un jour comme celui-ci, une cérémonie au — : touchante!.,. En vérité, je suis désolé d'allliger Votre Altesse mais il faut que je parle, et que je parle franchement, même au risque de lui déplaire. — Mou devoir et l'intérêt de Votre Altesse le commandent impérieusement.
le vice-roi. Je ne devine point...
le licencié. Cette comédienne fameuse...
lk vice-roi à part. Nous y voilà î
le licencié A qui Votre Altesse porte, dit-on, tant
d'intérêt, vient de causer un désordre bien grand aujourd'hui même. La protection que Votre Altesse lui accorde l'enhardit au point, permettez-moi de vous le dire, qu'elle se croit lui;: permis.
le vice-roi. .le VOUS assure que je ne la protège point seulement j'estime son talent.... qui est fort estimable, monsieur lo licencié. Mais, je vous en supplie, contez-moi ration .
lk licencié. Voici le fait. Il parait qu'elle a un carres: et ce earosse, dit-on, vous le lui avez donné.
le VICE-ROI. C/esl un carrosse qui m'était inutile.
Dl SMM s\( m.Mi.NT. ?AM
\h! monseigneur, ce carrosse cùL mieux ce qui est fait est fait, et Votre Altesse avait usons pour le donner. Dieu veuille!... suffit. Je v ain raconter ce dont j'ai été témoin. Klle a donc un carrosse, el c'est on carrosse qu elle se rond .1 l'église. ... De mon 1 ôté, ayanl été retardé par quelques accidents, j'avais accepté une plai C dans la soiturc de la marquise Allamirano. Nous allions au pas, eomme il convient en approchant d'une église; tout à coup la senora IVriehole arrive au grand trot de ses mules ébranlant le |>a\é à \ingl toises à la ronde. Nous allions déboucher sur la place; elle veut prendre le pas sur nous.... sur la marquise!... bref, elle nous a sénés de si près, qu'elle nous a accrochés avec la plus grande violence...
le vice-roi. C'est son cocher qui est un maladroit...
LE licencié. Votre Altesse m'excusera; mais je ne puis n nirc que son cocher ait agi sans ordre, d'autant plus qu'elle a mis la tôle à la portière en voyant notre voiture, et qu'elle a parlé à cet homme sans doute pour lui commander cette iuau\ aise action.
le vice-iioi. Et j'espère qu'il n'est pas arrivé d'accident.
le licencié. Comment! c'est un miracle que nous soyons encore en vie! La secousse a été épouvantable; la marquise est tombée sur moi, et moi sur le chien de la marquise que j'ai écrasé involontairement... Ma perruque est tombée dans le ruisseau... el la marquise a reçu à la hanche une contusion très-forte.
le vice-uoi. Loué soit Dieu! Je craignais qu'il ne lut arrivé un plus grand malheur.
le licencié. Il me semble qu'en voilà bien assez comme cela. Le carrosse de plus est fort endommagé; un carrosse superbe, qui depuis plus de vingt ans faisait l'admiration de celte ville.
le \ n E-noi. Je paierai... e'e>l-â-dire je ferai payer le doma la IVriehole.
le licencié. Mais, monseigneur, le scandale, comment le réer.' 1*0111' moi. je n'y vois qu'un seul moyen, c'est de défendre à relie dame de sortir en carrosse; car non-seulement il est de mauvais exemple de voir une comédienne et! carrosse, tandis que lanl de dignes ecclésiastiques vont à pied, mais encore la
vie des paisibles habitants de Lima serail compromise pai imprudence... Je n'ai pas tout dit, p| | ai I" regrel d'être la nécessité d affliger Votre Altesse — Les domestique la marquise, indignés de l'insulte faite à leur maîtresse, adressé quelques vives remontrances manuelles au co her el au laquais de la dame. U-dessus la canaille qui la sue 1 avec des crjs de joie a pris parti pour elle. Surtout un certain mauvais sujet, uncholo, un toréador, nommé Ramon, n rail rage. Il a roué de coups de bâton le cocher de la marquise casse Cépée de son écuyer et brisé la mâchoire de l'un : * laquais.
le vice-koi. Le scélérat] je le ferai punir exemplairement.
le licencié. Ce n'est pas tout. Sans faire attention a non., sans demander excuse, elle poursuit sa route, et peu s'i est fallu qu'elle n'entrât dans l'église tout en carrosse. La téte de ses mules était sous le portail quand elle s'esl orréii Elle descend, traverse la foule des fidèles à grand bruit..., Tout le monde se retourne pour la regarder... On oublie la cérémonie commencée; et, je frémis en le disant, monseigneur Pévèque, lui-môme, a partagé la distraction générale. Il a oublié de demander au parrain la promesse d'élever chrétiennement le nouveau converti, son tilleul. Pour moi, in.lijn • et scandalisé au dernier point, j'ai quitté l'église pour vous raconter cette aventure , et vous prier de mettre un terme aux impertinences d'une Bile qui , permettez-moi de vous le dire, fait le plus grand tort a Voire Altesse.
, L|s vice-roi, Elle va venir dans un instant, et je la tancerai
d'importance.
le licencié, Je vous préviens que la marquise portera plainte jusqu'à Madrid, s'il le faut.
le vice-bqi. Monsieur le licencié, il faudrait empêcher cela. Vous sentez bien que ces plaintes-là me nuisent beaucoup.
le licencié. Monseigneur....
^ le vice-roi. Vous ave/, du crédit auprès de la marquise Engagez-la à se contenter des dommages (pi on lui donnera Pour moi, je me charge de faire une semonce à la Perichol
le licencié. Monseigneur... je ne sais...
lk vice-roi. Votre église a besoin d'un tableau pour I.
1)1 SA1M SACKKMI M- '201
eux que la Pci irholc vous on fasse radeau pier sa faute... Aussi bien, je lui ai donné une madone Mnrillo, qu'HIe veul changer contre tin >n saint Christophe. . Au surplus, vous pouvez compter sur la madone... Mais rendez-moi le service de faire taire la marquise N'est-ce pas? vous me le promettez '
le licencié. Monseigneur, je ferai mon possible, mais...
le vice-roi. Amenez-moi votre neveu un de ces malins. Nous tacherons de faire quelque chose pour lui.
le lu encié. Il est tout à fait digne des bontés de Votre Altesse. Mais, monseigneur...
LE vice-roi. J'entends un carrosse qui entre dans la cour. La voici sans doute. Vous allez voir comment je \ais lui parlei-.
ralthasar annonçant. Monseigneur l'évèque de Lima. le \ ICE-ROI. L'évoque!
le lîcenc.ik. 11 vient sans doute porter plainte aussi.
L'évêque et la Pcrivhole paraissent à la porte, cl font des
façons pour entrer.
l'&vêquk. Passez, mademoiselle.
la periciiole. Monseigneur, je vous en supplie...
l'évêque lui prenant la main. Lh bien! entrons ensemble.
le licencié (if part. Que vois-jc? révoque donne la main à la comédienne!
LE VICE-ROI. Monseigneur, je vous baise les mains le
stlis confus de Dé pouvoir me léser pour sous recevoir, mais un pauvre malade...
b'ÉvÊQUE. Mademoiselle m'a parlé de votre indisposition, et je n'ai pas voulu rentrer chez moi sans ur informer de \os nouvelles. Cela m'a procuré le plaisir de conduire mademoiselle dans ma voiture.
i \ periciiole. C'est une grâce que je n'oublierai jamais.
le vice-roi. Comment! ma voiture... ta... votre voiture... c-t-elle brisée?
la periciiole. Non, monseigneur, mais je ne l'ai plus et • ne la regrette pas , car j'en ai l'ait , je l'espère , un bon usage.
Dig
252 LE CARHOSSK
l'évèuie. Ln bon, un saint usage.
le LicfeNCié à pari. Je m'y perds.
l'kvkove. Vous avez donné un exemple de piété bien rare dans ce siècle.
le vice-roi. Expliquez-moi , de grâce...
LA peiuchole. Pardonnez-moi, monseigneur, si j'ai si tôt abandonné un présent qui venait de vous; mais, lorsque VOUS apprendrez en quelles mains je m'en suis départie , vous m'excuserez et vous me féliciterez. — Tandis que j'allais par les rues mollement bercée sur ces coussins élastiques, une idée m'est venue à l'esprit , qui a dissipé en un clin-d'œil le plaisir (pie je goûtais. Comment! me suis-je dit, une pécheresse une misérable créature comme moi une femme
exerçant une profession presque coupable...
l'évèqce. Ma fille, vous êtes trop humble.... et quoique je ne vous aie jamais vue sur la scène... je sais que vous honorez singulièrement votre profession. Saint Genest était acteur.
la peiuchole. Eh quoi î je suis portée d'un bout à l'autre de la ville, mollement et avec la rapidité d'un éclair; je suis à l'abri du soleil, de la pluie, tandis que des personnes qui valent mille fois mieux que moi, tandis que des serviteurs de Dieu, portant des secours spirituels aux malades, sont exposés à toutes les intempéries de l'air, à la chaleur, à la poussière, à la fatigue / Alors je me suis souvenue que j'avais vu souvent de dignes prêtres accablés par l'âge, marcher à pas précipités dans les rues de Lima, portant le saint viatique à des malades, et ne craignant qu'une chose, c'est d'arriver trop tard auprès du lit de l'agonisant. J'ai pleuré sur moi-même, et la sainte Vierge m'a inspiré, comme expiation de mes péchés , de faire hommage à Dieu de ce carrosse qui avait llatlé mon orgueil, et que j'étais indigne de posséder
l'évêqlk. Mademoiselle a eu la générosité d'en faire don à notre église, et d'y ajouter une fondation pieuse pour son entrelien à perpétuité. A l'avenir, lorsqu'un malade réclamera les consolations que la religion donne aux mourants, celte voiture servira à porter le Saint-Sacrement , et de la sorte bien des àmes seront sauvées; car il est trop commun que des