‹ Théâtre de Collin d'Harleville (volume 2)Chapitre 10 sur 340 · XXII . I.NTUODUCriOX · texte numérisé non relu

XXII . I.NTUODUCriOX

Mais que vcux-Ui. mon cher? on court au plus pressé. Il fallait secouer le joug du despotisme... Nous voilà libres. Mais ce n'est pas tout encore... Il faut vaincre ou mourir, et purger nos frontières D'esclaves, de brigands, de hordes meurtrières, De despotes jaloux contre nous conjurés.

Lorsqu'enfm nous serons chez nous une fois maîtres, Des saintes lois le règne alors s'affermira; Les mœurs y répondront, et l'on reconnaîtra Que notre République, heureuse et triomphante, A les vertus pour base et même les enfante. ' Oui, c'est par sentiment et par réflexion Que j'adore aujourd'hui la Révolution ; Que j'espère bientôt la mieux bénir encore. Qu'il sera beau le jour dont nous voyons l'aurore! Que j'espère! que dis-je ? Eh mais, en cent façons, Oui, tout en espérant, déjà nous jouissons. Ce Dieu, dont on avait défiguré l'image, Reçoit d'un peuple entier un simple et pur hommage. Après Dieu, c'est la loi, dont l'invisible main Nous va de.^ bonnes mœurs aplanir le chemin. Vois la maternité de respects entourée, Le célibat flétri, la vieillesse honorée, La pitié tendre unie à l'amour filial, Le divorce épurant le lien conjugal ; La chicane, cette hydre, à jamais terrassée; D'un luxe corrupteur la mémoire effacée ; Et les secours qu'enfin donne Tlmmanité, .Ne laissant nul prétexte à la mendicité; Partout haine aux pervers, honneur à la décence. Au malheur, et surtout respect à l'innocence. Ainsi la République, ô mon cher Morinval, De toutes les vertus a donné le signal.

On peut douter que celte adhésion eût paru assez chaude aux hommes qui tenaient alors la France sous leur joua' sanglant; mais Gollin avait eu, en outre, la bonne précaution de se réfugier dans son village. 11 y passa, inaperçu, les jours de la Terreur

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et échappa à la tourmente qui avait emporté sou mcuaçaut rival.

Il reparut ensuite et composa encore plusieurs pièces dont il nous parlera lui-même dans la préface qu'on lira plus loin. En voici la liste :

Les Artistes^ comédie en trois actes et en vers, représentée pour la première fois sur le théâtre de la République le 19 brumaire an V (9 novembre 1796).

Les Deux Voisins ou Être et imraUre^ comédie en cinq actes et en vers, représentée pour la première fois sur le théâtre Feydeau le 2 frimaire an V (22 novembre 1796). Elle n'eut qu'une seule représentation; Gollin la retira le soir même et ne la fit pas imprimer.

Les Mœurs du jour ou le Bon Frère, comédie en cinq actes et en vers, représentée pour la première fois par les Comédiens français, thermidor an VIII (juillet 1800).

Malice jpoif^r Malice^ comédie en trois actes et eu vers, représentée pour la première fois sur le théâtre Louvois, le 18 pluviôse an XI (7 février 1803).

Le Vieillard et les Jeunes G-ens^ comédie en cinq actes et en vers, représentée pour la première fois sur le théâtre Louvois. le 15 prairial an XI (4 juin 1803).

Il veut tout faire, comédie épisodique en un acte et en vers, représentée pour la première -fois sur le théâtre Louvois, le 21 pluviôse an XII (11 février 1804).

Les Riches, comédie en cinq actes et en vers, imprimée par l'auteur dans l'édition des œuvres complètes de 1805.

Les Deux Frères ou, la Famille bretonne, comédie posthume, en trois actes et en vers, précédée d'un prologue d'Andrieux, dans lequel Gollin était mis en scène. Cette pièce, fut représentée le 14 novembre

XXIV INÏHOUUCTION,

1808. Interprétée par Firmin, Dugrand, Perroud, Fusil, M"^«s Adeline et Mole, elle réussit avec éclat.

Les Incorrigibles ou V amour des vers, autre ouvrage posthume arrangé par M. de Montbrun, eut une fortune toute contraire, le 12 septembre 1815;

Sans compter Apollon et les Muses, petit poëme dialogué qui fut reçu à la Comédie-Française, mais non représenté.

Quoique, parmi ces dernières pièces, quelquesunes : les Mœurs du Jour, le Vieillard et les Jeunes Gens, les Deux Frères, aient obtenu un grand succès, la première partie de son œuvre, celle qui précéda la Terreur, jusques et y compris le Vieux Célibataire, est ce que Collin d'Harleville a fait de meilleur et ce qui mérite d'être sauvé de Toubli. Gela forme un recueil de cinq pièces très-remarquables. Nous y avons ajouté un choix fort restreint de poésies fugitives, nous attachant aux quelques morceaux intéressants pour la biographie de Tauteur.

Collin d'Harleville fut un des premiers membres de rinstitut national, lorsque ce corps fut créé. Toujours maladif, il mourut jeune, le 23 février 1806; il n'avait que cinquante et un ans. L'année précédente, il avait donné en quatre volumes in-S'^ une édition de ses œuvres : Théâtre et poésies fugitives, qui est comme son testament littéraire.

Collin dTIarleville ne procède ni de Molière ni de Regnard. Son maître et son véritable ancêtre, c'est La Fontaine, dont il eut quelques-unes des plus attrayantes qualités. Il ne se présente pas à la postérité avec un lourd bagage, mais c'est un vrai poëte comique, et très-digne de figurer dans la galerie de la Comédie française.

Louis Moland.

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