‹ Théâtre de Collin d'Harleville (volume 2)Chapitre 132 sur 340 · ACTE V, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE

M. DE PI.INVILLE.

Tu m'es trop néces.suirc :

Je suis accoutumé...

PICARD

Je n'y saurais que faire.

i;i d ailleurs, je suis las de servir : en deux mois, Je vais me reposer.

M. DE PLIN VILLE

Eh mais ! c'est un repos, Une retraite entin que ton service.

PICARD

Peste !

Une belle retraite ! et c'est moi seul qui reste !

M. DE PLIN VILLE

Tout est changé, Picard, nous allons à Paris.

PICARD

Raison de plus, monsieur. Je reste en mon pays. Enfin, je vous l'ai dit, je veux être mon maître.

M. DE PLIN VILLE

Ouoi ! tu veux me quitter, après m'avoir vu naitre, Toi qui devais et vivre et mourir avec moi ?

PICARD

Il vaut encore mieux vivre et mourir chez soi.

Je t'aimais, je croyais que tu m'aimais de même.

PICARD

Cela n'empêche pas, monsieur, qu'on ne vous aime. Mais, après cinquante ans, on est bien aise, enfin, De vivre un peu tranquille : il faut faire une fin.

M. DE PLINVILLE.

11 a raison ; et c'est peut-être une injustice D'pxiii'er qu'il me fasse un si grand sacrifice. Pourquoi vouloir ailleurs l'empêcher d'être heureux? Il fout aimer les gens, non pour soi, mais pour eux. II va se réunir à son petit ménage.

A sn femme, n se> fils : il est temps, à son âge :

1(J8 L^OFllMISTE.

Et quand j'aurai besoin de lui, je me dirai, Il vit content : alors je me consolerai. Mais tu pleures, je crois?

PICARD

Je ne puis m'en défendre.

Moi vous quitter, après ce que je viens d'entendre? J'en serais bien taché. Je reviens sur mes pas, Monsieur : si vous voulez, je ne partirai pas.

M. DE PLI VILLE

Depuis assez longtemps, mon ami, tu travailles. Non, non, décidément je veux que tu t'en. ailles.

PICARD

Voyez donc! il me chasse au bout de cinquante ans! Je ne veux plus sortir,

M. DE PLINVILLE.

Ne sors pas, j'y consens.

Mais pourquoi te fâcher ainsi depuis une heure ?

PICARD

J'ai tort. Encore un coup, je veux rester

M. DE PLINVILLE.

Demeure.

PICARD

Pardonnez. Je suis brusque et de mauvaise humeur : Mais dans le fond, monsieur, croyez que j'ai bon cœur.

M. DE PLINVILLE.

Tu viens de m'en donner une preuve certaine. Il est vrai qu'un moment tu m'as fait de la peine ; Mais tu m'as fait encor plus de plaisir.

F.n le serran l dans ses bva».

Allons.

Mon vieux ami, jamais nous ne nous quitterons. Me le promets-tu bien?

PICARD

Est-ce encore un reproche ?

M. DE PLINVILLE.

"Non, mon cher. Laisse-moi, car Morinval s'approche.

Pieard sort.

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