SCÈNE III
M. DE PLINVILLE, M. DE MORINVAL.
M. DE PLINVILLE.
Sortez donc, je vous prie, Mon cher, de cette sombre et morne rêverie. Votre malheur, au fond, se réduit à ce point : C'est que Ton vous a dit qu'on ne vous aimait point. Je sens qu'un pareil coup d'abord est un peu rude : Mais vous voilà guéri de votre incertitude.
M. DE MORINVAL.
Le beau remède !
M. DE PLINVILLE.
Entin, il vaut mieux, Morinval, Etre, d'avance, instruit de ce secret fatal. Angélique, d'ailleurs, n'est pas la seule au monde : Il se peut qu'à vos soins un autre objet réponde.
M. DE MORINVAL.
Je n'en chercherai point : j'en ferai bien le vœu.
M. DE PLINVILLE.
Tenez, s'il faut qu'ici je vous fasse un aveu, J'approuve ce dessein. Dans un champêtre asile, Vous menez une vie assez douce et tranquille ; Surtout, vous êtes libre: oui, peut-être, en effet, Le veuvage, après tout, est-il mieux votre fait.
M. DE MORINVAL.
Vos consolations m'irriteraient, je pense, Si je n'avais déjà pris mon parti d'avance. Mais je l'ai pris. Ceci ne m'a point étonné. Je déplais ; dès long-temps je l'avais soupçonné : Je suis heureux ici, comme dans tout le reste. Aussi ce n'était point cela, je vous proteste,
Oui me faisait rêver : je voudrais aujourd'hui, Ne pouvant rien pour moi, travailler pour autrui.
M. DE PLIN VILLE
Gomment ?
M. DE MORINVAL.
Oui, VOUS serez de mon avis, j'espère.
Je viens de découvrir un important mystère.
M. DE PLIN VILLE
Ah ! voyons.
M. DE MORINVAL.
Angélique est rebelle à mes vœux ; Mais vous ne savez pas qu'un autre est plus heureux.
M. DE PLIN VILLE
Bon ! un autre ?
M. DE MORINVAL.
Oui, vraiment.
M. DE PLIN VILLE
Et quel est donc cet autre ?
M. DE MORINVAL.
CVst Belfort.
M. DE PLI \ VILLE
Belfort ?
Oui.
M. DE PLIN VILLE
Quelle erreur est la vôtre !
Mais vous n'y pensez pas.
M. DE MORINVAL.
Vous pouvez, à présent.
Rire, vous récrier, trouver cola plaisant : Il n'en est pas moins vrai que votre fille Taime, J^n suis sûi\
M. DE PLIN VILLE
Quoi ! vraiment?... ma surprise est extréiiu
M. DE MORINVAL.
Ils s'aiment... d'un amour sage, honnête, discret : Il l'aime sans h- dire, elle brûle en secret.