ACTE I, SCENE X. :{0S
M. d'oRLANGE.
J'étais seul contre dix.
Je pris pourtaul un ton très-terme, et je leur dis : « Messieurs, que me veut-on? ma bourse? on peut la prendre « S'agit-il de mes jours? je saurai les défendre. » Je tire alors ma bourse, et je la jette en Tair; Et bientôt je saisis mes armes.
M. d'orfeuil.
Bon.
M. d'ORLANGE.
Mon air
Ley étonne.
M. d'orfeuil.
Fort bien.
M. d'or LANGE.
Un moment ils se taisent.
L'un d'eux enlin me dit : « Les braves gens nous plaisent. « L'argent, nous le gardons, nous en avons besoin : « Mais attaquer vos jours? nous en sommes bien loin. « Venez, nous vous servons et de guide et d'escorte. » Ils m'ont tenu parole, et jusqu'à votre porte Ils m'ont suivi; voilà ce qui m'est arrivé.
M. d'orfeuil.
A part.
Le récit est piquant. On ne peut mieux trouvé.
Haut.
Monsieur, vous m'avez l'air d'un dit?ne et calant homme. Et... de grâce, peut-on savoir comme on vous nomme?
M. d'orlange.
D'Orlange.
M. d'orfeuil.
Bon. Monsieur d'Orlange, allons, venez.
Ma fille avec plaisir vous verra.
Pardonnez, Si je suis indiscret. A'ous n'avez qu'une lille?
M. d'ORFEUIL.
Une seule, monsieur; c'est toute ma famille, Ma seule joie: aussi je Faiine uniquement.
M. d'orlange.
Kt vous êtes payé d'un tendre attachement, Sans doute ?
M. d'orfeuil.
Je le crois. Elle est sensible, aimante. Ce sera, je l'espère, une femme charmante. Il ne m'appartient pas, monsieur, de la louer: Henriette est aimable, il le faut avouer.
M. d'orlange.
Mais ce sera pour vous une peine cruelle, Lorsqu'un jour il faudra que vous vous priviez d'elle?
M. d'orfeuil.
Je voudrais que mon ij:endre ici pût demeurer. Mais, s'il faut de ma fille entin me séparer, Je saurai me résoudre à celte perte affreuse ; Je m'en consolerai si ma fille est heureuse. Et si son mari l'aime...
M. d"orlaxge.
Eh quoi! vous en doutez?
JV'n répondrais pour lui.
Vous me le promettez?
M. d'orlaXge.
Assurément .
M» d'orfeuil.
Fort bien. Vous allez la connaître :
Venez.
Bon
M. dorlaxge.
Je ne suis pas en état de paraître.
M. d'orfeuil.
M. D'ORLANGE.
Pour me débotter, je demande un moment.
ACTF, I, SCÈNK X. 207
M. d'ORFRUIL.
Jo vais donc vous conduira à votro apparlomont : Car vous êtes chez vous, monsieur, daignez le croire.
M. d'ORLANGE, «î'iin accent tros jirononcé.
Monsieur! les anciens, dont on vante Phistoire, Remplissaient les devoirs de riiospitalité Avec moins de franchise et moins de loyauté.
M. D'ORFKni..
Ces devoirs à remplir n'ont rien que de facile. A tous les voyasreurs ici j'offre un asile, De bon cœur : après tout, rien n'est plus naturel. Parmi ces voyageurs, il s'en présente.. . tel Qui, de tout le passé, me paye avec usure. Établissez-vous donc ici, je vous conjure.
M. d'orlange.
A pari.
Monsieur!... Il est vraiment aimable lout-à-fait.
M. d'ORFEX'IL, à pari.
De mon gendre je suis déjà très-satisfait.
Ils sortent ensemble.
FIN DU PREMIER ACTE