‹ Théâtre de Collin d'Harleville (volume 2)Chapitre 209 sur 340 · SAINT-BRIGE, MADEMOISELLE DE CRAC · texte numérisé non relu

SAINT-BRIGE, MADEMOISELLE DE CRAC

SAINT-BRICE

Ah! je vous vois d'abord : c'est un heureux présage. Déjà levée !

MADEMOISELLE DE CRAC, avec l'accent.

Eh mais ! c'est assez mon usage.

Ici; grâce à l'emploi que l'on fait dé ses jours, Plus tôt on les commence, et plus ils semblent courts.

SAINT-BRIGE.

Je pense bien ainsi, surtout en ces demeures;

Les jours coulent, je crois, plus vite que des heures.

MADEMOISELLE DE CRAC

Ah! dé grâce...

SAINT-BRICE

Oui, croyez qu'en des instants si doux, Je regrette le temps que j'ai passé sans vous.

MADEMOISELLE DE CRAC

Toujours à ce ton-là je mé trouve étrangère, Bien qu'en cette maison parfois on ésagère.

SAINT-BRICE

En effet, le papa ne s'en tire pas mal. Il nous lit, hier soir, un conte sans égal.

MADEMOISELLE DE CRAC

Je l'avouerai, mon père assez souvent s'amuse,

Mais sans dessein, pourtant... Non pas que je l'excuse :

Car moi, je n'aime rien que la sincérité.

SAINT-BRICE

Ni moi ; pardon... j'ai cru, je me suis trop flatté.

SCKM-; II. i83

Trouver entre nos goûts un peu de ressemblance.

^MADEMOISELLE DE CRAC

Monsieur., si j'ose ici dire ce que je pense, Entre nos traits, je crois, il est quelque rapport.

SAINT-BRIGE.

Eh bien ! je vous Tavoue, il m'a frappé d'abord.

MADEMOISELLE DE CRAC

Oui, VOUS mé rappelez lé souvenir d'un frère, Que j'aimois tendrement, à qui j'étais bien chère : Il serait dé votre âge... Ah ! regrets superflus ! Ce frère si chéri, probablement n'est plus ; Dès longtemps nous n'avons dé lui nulle nouvelle.

SAINT-BRICE

Se peut-il ? Que sait-on pourtant, mademoiselle ? Des frères qu'on crut morts... ressuscitent souvent. Peut-être un jour...

MADEMOISELLE DE CRAC

Eh mais ! si lé mien est vivant, Il m'oublie^ et ce coup né m'est pas moins sensible.

SAINT-BRICE

Vous oublier? Oh non! cela n'est pas possible.

MADEMOISELLE DE CRAC

Monsieur, c'est l'un ou l'autre.

SAINT-BRICE

En un mot, espérez Car j'ai dans l'idée, oui, que vous le reverrez.

Je né m'en flatte plus.

SAINT-BRICE

De l'absence d'un frère, En tout cas, un amant console et sait distraire.

MADEMOISELLE DE CRAC

Un amant, dites-vous ?

SAINT-BRICE

Eh oui !... vous rougissez ?

28 i M. DE CKAC.

MADEMOISELLE DE CRAC

Qui ? moi, monsieur ?

SAINÏ-BRICE.

Vous-même ; et c'est en dire assez.

Au fait, s'il est heureux, il est digne de Tètre : Et j'aurais grand plaisir... on vient ; c'est lui peut-être.

M.^DEMOISELLE DE CRAC, vivement.

Lui-même.

SAINT-BRICE

Alors, je vais troubler votre entretien : Je crains d'être importun.

MADEMOISELLE DE CRAC

Monsieur, né craignez rien.

A part.

Vous permettez? je reste. Il me prend fantaisie De donner à l'amant un peu de jalousie.

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