SCÈNE IX
M. DE CRAC, à part.
Ce monsieur n'est jamais en défaut.
FRANCHEVAL.
Il n'était donc, monsieur, pas un chat dans la place ?
SAINT-BRICE, à M. de Crac.
Les guerres d'Amérique, en fûtes-vous, de grâce?
M. DE CRAC
Ah ! je brûlais d'en être : eh mais, voyez un peu ! Moi qui traverserais un océan dé feu, Je crains l'eau... non dé peur: mais elle m'incommode ; J'ai manqué pour cela lé beau siège dé Rhode.
SAINT-BRIGE.
Eh bien ! moi, j'en étais. J'aime un combat naval.
M. DE CRAC
J'eus l'un dé mes aïeux fameux vice-amiral.
Au combat dé Lépante, on comptait bien lé prendre :
Mais il se fit sauter, plutôt que dé se rendre.
SAINT-BRIGE.
En un cas tout pareil, je fis le même saut ; Et me voilà.
VERDAG, à M. de Crac.
Ce saut ressemble à son assaut.
SAINT-BRIGE.
Sur la frégate anglaise ^ au milieu du pont même, J'allai tomber debout, tout armé, moi cinquième.
VERDAG.
L'équipage, monsieur, dut bien être étonné.
SAINT-BRIGE.
Ils se rendirent tous, et je les enchaînai.
M. DE CRAG
Dé plus fort en plus fort. Allons nous mettre à table.
VERDAG.
Cette transition,d'honneur, est admirable.
298 M. DE CRAC
M. DE CRAC
Je mé sens appétit, comme un chasseur enfin.
VERDAG.
Moi, sans avoir cliassé, d'un chasseur j'ai la faim.
M. DE CRAC
Pour moilé déjeuner est le repas que j'aime.
VERDAC.
C'est mon meilleur aussi.
FRANCHE VAL
Mais vous dînez dé même.
VERDAC.
Tout est si bon ici, même à tous les repas !
M. DE CRAC
Je donne peu de mets, mais ils sont délicats.
VERDAC.
Qui lé sait mieux que moi? Votre vin dé Gascogne... Soi-disant, vaut bien mieux que les vins dé Bourgogne.
SAINT-BRICE
Est-ce qu'il n'en est pas ? pour moi, je l'aurais crû.
M. DE CRAC, souriant.
Eh non ! mon cher monsieur, c'est du vin dé mon crû. Vous croyez que je raille ?
SAINT-BRICE
Eh mais !...
M. DE CRAC, à l'oreille de Saint-Brice.
Oui, vin dé Beaune.
SAINT-BRICE, bas, à M. de Crac.
Haul.
Je m'en doutais. Chacun aime son vin, le prône. Dans mon parc, une source a le goût du vin blanc, Et même la couleur, mais d'un vin excellent.
FRANCHEVAL.
C'est une cave, au fond, qu'une source pareille.