SCÈNE XVIII
M. DE CRAC, SAINÏ-BRIGE.
M. DE CRAC, courant après Thomas.
(Saint-Bricc le relient.)
Insolent! pour jamais fuyez de mon aspect. Je crois que lé coquin m'a manqué dé respect.
SAINT-BRICE
Je le trouve, en effet, fort brusque en ses manières.
M. DE CRAC
Une fatalité, mais des plus singulières, Fait que dé dix laquais il né m'en reste aucun; Mécontent de mes gens, et n'en retenant qu'un, L'un dé ces jours passés j'en mis neuf à la porte.
Quoi, neuf?
M. DE CRAC
J'eus pour lé faire une raison Irès-forte. Enfin à cet éclat je m'é ais décidé.
Thomas était fidèle, et je l'avais gardé. Ceci mé contrarie un peu plus qu'on né pense.
SAINT-BRICE
Je sens cela.
M. DE CRAC
Ma terre est d'un détail immense.
316 M. DE CRAC
SAINT-BRICE
Elle paraît superbe.
M. DE CRAC
Ah! vraiment, je lé crois.
Deux mille arpents dé terre, et lé double dé bois.
SAINT-BRICE
Cette terre, sans doute, est une baronnie?
M. DE CRAC
D'où rélève, entré nous, mainte chatellenie.
J'ai bien les plus beaux droits! Un autre, assurément,
S'en targuerait; mais moi, j'en usé rarement.
SAINT-BRICE
Je le crois.
Mais, mon cher, il faut que je lé dise; Lé plus beau de mes droits est d'avoir pour dévise, Ces trois mots seuls : je vins, je vis, et je vainquis.
SAINT-BRICE
Ce titre est précieux.
M. DE CRAC
Et surtout bien acquis.
Voici lé fait : peut-être il n'est pas dans l'histoire; Mais il est sûr. Paul Crac, surnommé Barbe-Noire,
(Il montre son portrait.)
Dans ce château soutint un siège dé deux mois Contre Jules-César... c'est tout dire, je crois.
SAINT-BRICE
Bon!
M. DE CRAC
Il né se rendit encor que par famine.
César en fit grand cas, comme on se l'imagine. Et lui permit dès-lors dé mettre ces trois mots. Il i^rit dans ce château quelques jours dé repos. On voit encor pendue au plafond son épée, L'épée avec laquelle il a tué Pompée.
SAINT-BRICE
Pompée? il n'est pas mort de la main de César.