‹ Théâtre de Collin d'Harleville (volume 2)Chapitre 233 sur 340 · SCENE XVIII · texte numérisé non relu

SCENE XVIII

M. DE CRAC

Vous croyez? Je pourrais mé tromper par hasard : Je soumets, en tous cas, mes lumières aux vôtres. S'il né tua Pompée, il en tua bien d'autres. Vous occupez sa chambre.

SAINT-BRICE

Ah!

M. DE CRAC

L'on n'est pas fâché Dé se dire : « Je couche où César a couché. » Monsieur sourit; peut-être il croit que je mé moque.

SAINT-BRICE

Non. Mais ceci va faire une seconde époque.

(Il feint de se reprendre.) (A demi-voix.)

Qu'ai-je dit?

M. DE CRAC

Plaît-il?

SAINT-BRICE

(A demi-voix.)

Rien. Que je suis indiscret !

M. DE CRAC

Vous voulez, je lé vois, mé cacher un secret.

SAINT-BRICE

Non.

M. DE CRAC

Tout à l'heure encor vous avez, par mégarde, Et ce mot m'a frappé, parlé dé votre garde.

Moi! j'ai dit...

M. DE CRAC

Oui, voyez! vous en étés fâché !

Mais il n'est pas moins vrai que lé mot est lâché ; Et puis d'ailleurs, tenez, j"ai la vue assez fine. J'entrevois... Oui, votre air et votre haute mine. Tout m'annonce...

318 M. DE CRAC

SAIXT-BRICE.

Monsieur, ne me devinez pas.

M. DE CRAC

Vous avez peur. Eh donc, je vous dirai tout bas. Qu'en vain vous déguisez lé sang qui vous fit naître, Et que depuis long-temps j'ai su vous reconnaître.

SAINT-BRICE

Moi?

M. DE CRAC

Vous-même.

SAINT-BRICE

Eh bien!... non.

Achevez.

Je ne puis,

Je ne saurais vous dire encore qui je suis :

L'honneur, pour quelque temps, me condamne au silence :

Pardon, avec regret je me fais violence.

Vous serez bien surpris tantôt, en vérité :

Je vais prendre un peu l'air.

(Il sort.)

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