ACTE I, SCI^NE IV. 3i
Mais lu ne connais point cet esprit, cette grâce
Qui m'ont cVabord touché. Je la vis en Alsace,
A Colmar. J'y servais ; car je n'ai jamais pu
Achever un récit souvent interrompu.
J'avais eu le bonheur cVêtrc utile à son père :
Gela seul me rendit agréable à la mère.
Sans savoir qui j'étais, on m'estimait déjà ;
Je me nommai ; le père alors me dégagea,
Me fit son gendre. Eh bien! j'ai toujours chez ma femme
Trouvé même douceur et même bonté d'àme.
Je regrettais mon oncle ; elle me suit d'abord :
Ici, comme à Colmar, elle bénit son sort.
Que lui faut-il de plus? elle travaille et m'aime.
Si mon oncle la voit, il l'aimera lui-même;
J'oserais en répondre. Encor quelques instants,
Et nos maux sont finis : je me tais et j'attends.
GEORGE
Je fais la même chose aussi, je dissimule. Dans le commencement je m'en faisais scrupule; Mais, en fermant les yeux, je vous ai mieux servi, J'a^ donc feint d'ignorer que chacun à l'envi, Dans la maison, volait, pillait à sa manière : Sans parler des envois de notre cuisinière, Qui ne fait que glaner ; madame Evrard tout bas Moissonne, et chaque jour amasse argent, contrats. Ambroise est possesseur d'une maison fort grande, Achetée aux dépens, de qui ? je le demande : Chaque jour il y met un nouveau meuble; aussi Je vois que chaque jour il en manque un ici ; De façon que bientôt, si cela continue, L'une sera garnie et l'autre toute nuq.
CHARLE
Je leur pardonnerais tout cela de bon cœur, S'ils avaient de mon oncle au moins fait le bonheur : Mais ce qui me désole est de voir que les traîtres Le volent, et chez lui font encore les maîtres. Pauvre oncle ! il sent son mal ; et je vois à regret Que, s'il n'ose se plaindre, il gémit en secret.
3i4 LE VIEUX CELIBATAIRE.