SCÈNE VIII
M. DUBRIAGE, CHARLE.
M. DUBRIAGE.
Cette madame Evrard est une digne femme ; Elle a bien soin de moi.
CHARLE
Monsieur... certainement...
Mais qui n'aurait pour vous le même empressement?
M. DUBRIAGE.
Oh! je ne suis pas moins content de ton service, Charle.
CHARLE
Monsieur, je suis peut-être un peu novice?
M. DUBRIAGE.
Non.
CHARLE
Le désir de plaire est si propre à former I Et Ton sert toujours bien ceux que Ton sait aimer.
M. DUBRIAGE.
Chaque mot que tu dis, me touche, m'intéresse.
CHARLE
Puissé-je quelque jour gagner votre tendresse!
M. DUBRIAGE.
Elle t'est bien acquise; oui... je ne sais pourquoi,
J'ai vraiment du plaisir à causer avec toi :
Ce n'est qu'avec toi seul que je suis à mon aise.
CHARLE
Heureux qu'en moi, monsieur, quelque chose vous plaise !
Mon cœur est plein ; il a besoin de s'épancher. Autour de moi j'ai beau jeter les yeux, chercher; Je n'ai pas un ami dans toute la nature, Pou^' verser dans son sein les peines que j'endure.
354 LE VIEUX CELIBATAIRE.
CHAULE.
Les peines!... quoi, monsieur, vous en auriez?
M. DUBRIAGË.
Hélas !
Je te parais heureux, et je ne le suis pas.
CHARLE
Cependant...
M. DUBRIAGE.
Tu le vois, je suis seul sur la terre, Triste...
CHARLE
Seul, dites-vous?
M. DUBRL\GE.
Oui, je suis solitaire.
Ah ! pourquoi, jeune encore, au moins dans Tâge mûr, Ne faisais-je pas choix d'une femme !
CHARLE
Il est sûr
Que, pour se préparer une heureuse vieillesse. Il faut à ces doux nœuds consacrer sa jeunesse.
M. DUBRLA.GE.
Je le vois à présent. Je voudrais... vœux tardifs!
CHARLE. à part.
Haut.
Hélas!... Yous eûtes donc, monsieur, quelques motifs, Pour vous soustraire au joug de l'hymen?
M. DUBRLVGE.
Oui, sans doute.
J'en eus, que je croyais très-solides. Écoute : J'avais dans mon commerce un jeune associé : Par inclination il s'était marié :
Sa femme fit dix ans le tourment de sa vie. Ce tableau, vu de près, me donnait peu d'envie D'en faire autant.
CHARLE
Sans doute, il pouvait foire peur.