‹ Théâtre de Collin d'Harleville (volume 2)Chapitre 261 sur 340 · M. DU BRI AGE · texte numérisé non relu

M. DU BRI AGE

Du ménage, mon cher, j'ai craint les embarras, Les tracas, les soucis...

CHARLE

Mais où n'en a-t-on pas?

Une famille au moins qui vous plaît, qui vous aime, Vous fait presque chérir cet embarras-là même : Au lieu qu'un alentour mercenaire, étranger, Vous embarrasse aussi sans vous dédommager; On a l'ennui de plus.

M. DUBRIAGE.

Voilà ce que j'éprouve ; Et c'est précisément l'état où je me trouve : Et, tiens^ mes gens me sont fort attachés, je croi; Mais je les vois tous prendre un ascendant sur moi...

CHARLE

En effet...

M. DUBRIAGE.

Jusqu'au vif, vois-tu, cela me blesse; Et parfois je voudrais, honteux de ma faiblesse, Secouer un tel joug. A cet Ambroise j'ai, Oui, j'ai cinq ou six fois déjà donné congé : Je le reprends toujours; car, s'il a l'humeur vive, Il est brave homme, au fond. Parfois même il m'arrive D'avoir des démêlés avec madame Evrard, De lui faire sentir enfin que tôt ou tard Elle pourrait... Mais quoi, j'ai si peu de courage! Elle baisse d'un ton, laisse passer l'orage. Et bientôt me gouverne encor plus sûrement.

CHARLE

Je sens cela.

Mets-toi dans ma place un moment.

Un garçon, un vieillard isolé dans le monde... Car tu ne conçois pas ma retraite profonde : Je n'avais qu'un neveu qui m'eûL pu consoler Dans mes maux... et c'est lui qui vient les redoubler.

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