‹ Théâtre de Collin d'Harleville (volume 2)Chapitre 289 sur 340 · ACTE 111, SCKNK IV · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCKNK IV

M. DUBRIAGE.

Eh mais ! je ne sais Irop quel conseil vous donner... Car enfin ce parti n'est pas à dédaigner : Ambroise est, après tout, un parfait honnête homme, Homme d'honneur, de sens, excellent économe.

MADAME EVRARD

Oui, vous avez raison; et pour la probité, Ambroise assurément sera toujours cité : Mais il parle d'hymen; la chose est sérieuse : Je crains, je Tavouerai, de n'être pas heureuse.

M. DUBRIAGE.

Et pourquoi ?

maDaME Evrard.

Je ne sais... tenez, c'est, qu'entre nous, On peut être honnête homme et fort mauvais époux. Ambroise est quelquefois d'une rudesse extrême , Vous le savez : souvent il vous parle à vous-même. D'un ton...!

M. DUBRIAGE.

Un peu dur, oui ; mais vous radoucirez : Vous avez pour cela des moyens assurés.

MADAME Evrard.

Quelle tâche ! j'en suis d'avance intimidée...

Puis... j'avais de l'hymen une tout autre idée :

Car j'étais faite, moi, pour un lien si doux;

Et... sans l'attachement, monsieur, que j'ai pour vous,

A coup sûr, je serais déjà remariée.

Dans mon premier hymen je fus contrariée ;

Et, lorsque l'on m'unit au bon monsieur Evrard,

A mon penchant peut-être on eut trop peu d'égard.

A prendre un tel époux bien qu'on m'eût su contraindre,

Vous savez cependant s'il eut lieu de se plaindre.

Si je manquai pour lui de soins, d'attention!...

M. DUBRIAGE.

On vous eût crus unis par inclination.

MADAME EVRARD

Eh bien ! en pareil cas, si je fus complaisante,

Jugez, monsieur, combien je serais douce, aimante, Si j'avais un mari qui fût... là... de mon choix, Dont l'humeur me convînt, en un mot !

M. DUBRIAGE.

Je le crois.

MADAME EVRARD

Et je ne parle pas d'un mari vain, volage...

Je n'aurais point voulu d'un jeune homme: à cet âge,

On ne sait pas aimer.

M. DUBRIAGE.

Je Tai toujours pensé :

Ce que vous dites là, madame, est très-sensé.

MADAME EVRARD

Pour mieux dire, tenez, monsieur, je le confesse. Pourvu qu'il eût passé la première jeunesse, Peu m'importe quel âge aurait eu mon époux : Je parle sans détour ; car enfm, entre nous, En me remariant, moi, s'il faut vous le dire. Un, deux enfants, voilà tout ce que je désire... Il me semble déjà que j'ai là sous les yeux, Que je vois mes enfants, le père au milieu d'eux, Souriant à nous trois, allant de l'un à l'autre... Oh ! quel ravissement serait alors le nôtre !

(Se reprenant.)

J'entends le mien, celui du mari que j'aurais, Je parle en général, je n'ai point de regrets : Auprès de vous mon sort est trop digne d'envie ; Le ciel m'en est témoin, j'y veux passer ma vie : Nul motif, nul pouvoir ne peut m'en arracher. •

M. DUBRIAGB.

Qu'un tel attachement est fait pour me toucher !

Vous devez voir pour vous jusqu'où va ma tendresse, Comme, au moindre signal^ je vole, je m'empresse: Comme je mets au rang des plaisirs les plus doux. Celui de vous servir, d'avoir bien soin de vous. Ce n'est pas l'intérêt, le devoir qui me mène:

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