‹ Théâtre de Collin d'Harleville (volume 2)Chapitre 288 sur 340 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

M. 'dUBRIAGE assis ; MADAME EVRARD.

MADAME EVRARD , à part.

Si je puis m'y connaître.

Haut.

Il est ému. Vraiment ces enfants sont gentils.

M. DUBRIAGE

Oui, tout-à-fait ; pour moi, j'aime fort leurs babils.

ACTK m, SCÈNE IV. 391

MADAME EVRARD

Et leurs caresses donc, naïves, enfantines!

Et puis ils ont tous deux les plus charmantes mines!...

Une grâce, un sourire; enfin je ne sais quoi...

Qui me plaît, m'attendrit.

M. DUBRIAGE.

Il me touche aussi, moi.

Oui ne les aimerait? cela n'est pas possible.

MADAME EVRARD

Je me dis quelquefois : « Monsieur est bon, sensible :

« S'il a tant d'amitié pour les enfants d'autrui,

« Qu'il aurait donc d'amour pour des enfants à lui I »

M. DUBRIAGE, à demi-voix.

Hélas !

MADAME EVRARD

Cette petite est le portrait du père.

M. DUBRIAGE.

Oui vraiment ! et Julien, il ressemble à sa mère!...

MADAME EVRARD

A s'y tromper. Ces gens sont-ils «assez heureux.

De voir ainsi courir et sauter autour d'eux

Leurs portraits, en un mot, comme d'autres eux-même?

M. DUBRIAGE.

J'y pensais : ce doit être une douceur extrême.

MADAME EVRARD

Je ressemblais aussi beaucoup, je m'en souvien, A mon père... digne homme! il était assez bien... Ayant moins de richesse, hélas! que de naissance... On le félicitait sur notre ressemblance : Aussi m'aimait-il plus que ses autres enfants...

Finement,

Et puis il m'avait eue à plus de soixante ans. Je flattais son orgueil autant que sa tendresse : Il m'appelait souvent l'enfant de sa vieillesse.

A plus de soixante ans I

MADAME EVRARD

Oui : c'est qu'il était frais !...

Et môme il à vécu vingt ans encore après. Allons, vous retombez dans votre rêverie.

M. DUBRIAGE.

Il est vrai.

MADAME EVRARD

Je ne sais... excusez, je vous prie...

Mais vous semblez avoir quelque chose.

M. DUBRIAGE.

Non, rien.

MADAME EVRARD

Si fait : vous êtes triste, oli ! je le vois fort bien...

Au surplus, chacun a ses embarras, ses peines...

Moi qui vous parle, eh bien ! j'ai moi-même les miennes.

M. DUBRIAGE.

Qui, vous, madame Evrard?

MADAME EVRARD

Sans doute

M. DUBRIAGE.

A quel propos ?

Ambroise me tourmente : il désire, en deux mots. Qu'avant peu, que demain, je devienne sa femme.

M. DUBRIAGE.

La faisant asseoir à côté de lui.

Ambroise, dites-vous?... Répétez donc, madame.

MADAME EVRARD

Je dis qu' Ambroise m'aime et me veut épouser. Depuis plus de deux ans, je sais le refuser. J'élude chaque jour une nouvelle instance, Croyant que mes délais lasseront sa constance : Non ; loin de s'attiédir, son ardeur va croissant. Mais aujourd'hui surtout, il devient plus pressant; 11 insiste; et vraiment je ne sais plus que faire. Je viens vous demander conseil en cette affaire.

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