‹ Théâtre de Collin d'Harleville (volume 2)Chapitre 304 sur 340 · ACTE IV, ^CKNE m. ill · texte numérisé non relu

ACTE IV, ^CKNE m. ill

OÙ, privé trop souvent (run bien mince salaire, Un ouvrier utile est nommé mercenaire, Quand on devrait bénir ses travaux bienfaisants : Mes parents, un un mot, étaient des artisans.

M. DUBRIAGE.

Artisans! croyez-vous qu'un riche oisif les vaille? Le plus homme de bien est celui qui travaille. Poursuivez.

LAURK.

Chaque soir, aux heures de loisirs, A me former le cœur ils mettaient leurs plaisirs. Leurs préceptes étaient simples comme leur âme. « GrainsDieu, sers ton prochain, et sois honnête femme.» C'étaient là leurs seuls mots, qu'ils répétaient toujours. Leur exemple parlait bien mieux que leurs discours. Ils semblaient pressentir, hélas! leur fin prochaine. Depuis qu'ils ne sont plus, j'ai bien eu de la peine; Mais j'ai toujours trouvé dans l'occupation Subsistance à la fois et consolation.

M. DUBRIAGE.

Je vois que vos parents vous ont bien élevée. Quoi! de tous deux déjà vous êtes donc privée?

LAURE

Un cruel accident tout à coup m'a ravi Mon père, et de bien près ma mère l'a suivi.

M. DUBRIAGE.

Perdre ainsi ses parents, de tels parents encore...! Car, sans les avoir vus, tous deux je les honore... Ma fille, je vous plains.

LAURE

Quel excès de bonté, Monsieur! Le ciel pourtant ne m'a pas tout ôté : Il me reste un ami, mais un ami solide, Qui m'a jusqu'à Paris daigné servir de guide.

M. DUBRIAGE.

Vous êtes de province?

LAURE

Oui, de bien loin : aussi J'ai mis dix jours entiers pour venir jusqu'ici.

On entend une voix du dehors, appelant.

« Laure ! Laure ! »

LAURE

Je crois qu'on m'appelle.

M. DUBRIAGE.

N'importe.

Pour vous expatrier, mon enfant, de la sorte, Sans doute vous aviez un motif, un objet?

LAURE

Oh, oui, monsieur! voici quel en est le sujet : L'ami dont je parlais, le seul que j'aie au monde, Et sur qui désormais tout mon bonheur se fonde, A dans la capitale un très-proche parent : Il m'en parlait sans cesse, et toujours en pleurant : « Oui, me dit-il un jour, vous êtes vertueuse, « Jeune, douce, surtout vous êtes malheureuse; « Il doit vous secourir, et je vous le promets. » Je le crus : mon ami ne me trompa jamais. Je partis avec lui , croyant suivre mon frère. Regrettant peu des lieux oii n'était plus ma mère. Après dix jours de marche, enfin nous arrivons.

M. DUBRIAGE.

Eh bien?

LAURE

Mais quel accueil, ô ciel, nous éprouvons!

M. DUBRIAGE.

Il vous aurait reçue avec indifférence?

LAURE

Ah! monsieur, nous aurions encor quelque espérance, S'il avait seulement voulu nous recevoir.

M. DUBRIAGE.

Uuoi! ce proche parent?...

LAURE

N'a pas daigné nous voir.

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