‹ Théâtre de Collin d'Harleville (volume 2)Chapitre 317 sur 340 · ACTE IV. SCENE XI · texte numérisé non relu

ACTE IV. SCENE XI

M. DUBRIAGE.

Ah, ail! par quel hasard, comment?...

LAURE

Par un hasard, monsieur, qui jamais ne s'oublie. Ce jeune homme à mon père avait sauvé la vie : Jugez si le sauveur d'un père, d'un époux. Devait avec transport être accueilli de nous ! L'estime se joignit à la reconnaissance. Nous vîmes qu'il était d'une honnête naissance : Plein de cœur et d'esprit, brave et zélé soldat, Gomme s'il eût par goût embrassé cet état ; Et pourtant doux, honnête...

M. DUBRIAGE, à lui-mômc.

Oh! oui... le bon apôtre!

A Laurc.

C'est assez ; je vois bien que vous parlez d'un autre.

LAURE

Cet Armand-là, monsieur, n"est pas le même?...

M. DUBRIAGE.

Oh non !

Le mien, qui ne ressemble au vôtre que de nom, Est un mauvais sujet, sans raison, sans conduite; Il s'enfuit un beau jour, et s'engage par suite, Puis se marie, épouse une fille de rien. Dont le moindre défaut fut de naître sans bien, Qui menait une vie avant son mariage!...

LAURE, très-vivcincnt.

Monsieur, rien n'est plus faux ; je réponds qu'elle est sage.

Elle s'est, je l'avoue, éprise d'un soldat.

Mais estimable, honnête, ainsi que son état :

Elle le vit, l'aima du vivant de son père ;

Il lui fut accordé par sa mourante mère :

Elle l'aime; il l'adore, et jusques aujourd'hui,

Elle a toujours vécu sagement avec lui.

Ce qu'on a pu vous dire est un mensonge infâme ;

Oui, l'épouse d'Armand est une honnête femme.

M. DUBRIAGE.

Mais vous la défendez!...

LAURE

C'est moi que je détend.

M. DUBRIAGE.

C'est vous!...

LAURE, toujours en colère.

Eh! oui, je suis cette femme d'Armand.

Quoi! vous seriez'?...

LAURE, à pari, et revenant à olle.

0 ciel! je me trahis moi-même.

M. DUBRIAGE.

Vous ma nièce, bon Dieu!... Ma surprise est extrême.

LAURE, aux genoux de M. Dubriagc.

Oui, monsieur, vous voyez cette triste moitié D'un neveu malheureux trop digne de pitié. Moi-même à vos genoux je suis toute tremblante. Et votre seul aspect me glace d'épouvante.

M. DUBRIAGE.

Relevez-vous, madame, et calmez vos esprits.

Tantôt, de votre air doux, de vos grâces épris,

Je vous trouvais aimable, et vous Têtes encore.

Repousser une nièce, ayant accueilli Laure,

Ce serait à la fois être injuste et cruel.

Votre époux à mes yeux n'est pas moins criminel.

Mais quoi! s'il m'a manqué, vous n'êtes point coupable.

Et votre sort déjà n'est que trop déplorable,

D'être la femme d'un...

LAURE

Ah! soyez généreux :

C'est mon époux; il est absent et malheureux.

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