UNE JOURNKE DE PARIS
Grand embarras 1 ici Thé magnifique,
Bien composé; VAmphytrion se pique
D'y rassembler tout au plus cent amis :
A ce régal tel jeune homme est admis,
Qui troquerait contre un seul mets solide
Cet appareil si friand, mais si vide :
Un tel repas pour lui n'est qu'un dessert.
Là, di^ Amateurs c'est un brillant Concert,
Concert savant, et si savant qu'on n'ose
Y figurer, sans être un Virtuose.
Ailleurs, grand bal : cinq ou six favoris
De Therpsychore, émules de Vestris,
Sont applaudis presque autant qu'au Théûtre ;
Tout aussi bien, on s'y montre idolâtre
De la Pirouette; et quels tressaillements
La molle Walse et ses enlacements,
Leur cause à tous!... soit; de l'ancienne Danse,
Moi, je regrette et franchise et décence.
Le Bal masqué n'aura lieu que demain :
Et que de gens en prendront le chemin!
Ce jeu couvert, qui bientôt me fatigue.
Sert le babil, la malice, l'intrigue.
Même l'amour; mais quoi? toute une nuit!...
Moi, j'ai cru voir qu'à travers tout ce bruit.
Foule, poussière et chaleur qu'on essuie,
On n'ose pas s'avouer qu'on s'ennuie.
Et la Bouillotte!... Ah ! voilà le grand jeu.
Le jeu divin : la Bouillotte tient lieu
Et d'entretien, et d'esprit, et de joie.
Enfin, de tout : le noble jeu de l'Oie
Régna jadis; le jeu d'Oie eut son temps;
Il amusait les Bonnes, les Enfants,
Il faisait rire autant que Don Quichotte;
C'est quelque chose, eh! oui; mais la Bouillotte
Occupe, attache, absorbe uniquement.
Dure surtout, dure éternellement,
Et réunit tous les goûts, tous les âges.
Tous les états, jeunes, vieux, fous et sages;
La beauté même est peu de chose auprès; Le jeu, le jeu l'emporte ; mais après Cette Bouillotte, on n'a plus rien à dire, Et je finis. Je n'ai voulu décrire Qu'un jour; encor j'en ai fixé le temps. Un mois plus tard, tout à fait au printemps, Tout eût changé : mais ce tableau mobile. Qui demandait un pinceau plus habile, Nous offrirait même variété :
Dans tous les temps, cette vaste Cité Frappe, éblouit, par son piquant contraste De ris, de pleurs, de misère, de faste, Et d'arrogance et de simplicité :
Lâche égoïsme, et noble activité ; Savoir prolond, comme ignorance crasse, Langage ignoble et style plein de grâce, Bassesse, honneur, enfin vice et vertu, Voilà Paris, Lecteur ; qu'en penses-tu?