‹ Théâtre de Collin d'Harleville (volume 2)Chapitre 338 sur 340 · UNE JOURNKE DE PARIS · texte numérisé non relu

UNE JOURNKE DE PARIS

Grand embarras 1 ici Thé magnifique,

Bien composé; VAmphytrion se pique

D'y rassembler tout au plus cent amis :

A ce régal tel jeune homme est admis,

Qui troquerait contre un seul mets solide

Cet appareil si friand, mais si vide :

Un tel repas pour lui n'est qu'un dessert.

Là, di^ Amateurs c'est un brillant Concert,

Concert savant, et si savant qu'on n'ose

Y figurer, sans être un Virtuose.

Ailleurs, grand bal : cinq ou six favoris

De Therpsychore, émules de Vestris,

Sont applaudis presque autant qu'au Théûtre ;

Tout aussi bien, on s'y montre idolâtre

De la Pirouette; et quels tressaillements

La molle Walse et ses enlacements,

Leur cause à tous!... soit; de l'ancienne Danse,

Moi, je regrette et franchise et décence.

Le Bal masqué n'aura lieu que demain :

Et que de gens en prendront le chemin!

Ce jeu couvert, qui bientôt me fatigue.

Sert le babil, la malice, l'intrigue.

Même l'amour; mais quoi? toute une nuit!...

Moi, j'ai cru voir qu'à travers tout ce bruit.

Foule, poussière et chaleur qu'on essuie,

On n'ose pas s'avouer qu'on s'ennuie.

Et la Bouillotte!... Ah ! voilà le grand jeu.

Le jeu divin : la Bouillotte tient lieu

Et d'entretien, et d'esprit, et de joie.

Enfin, de tout : le noble jeu de l'Oie

Régna jadis; le jeu d'Oie eut son temps;

Il amusait les Bonnes, les Enfants,

Il faisait rire autant que Don Quichotte;

C'est quelque chose, eh! oui; mais la Bouillotte

Occupe, attache, absorbe uniquement.

Dure surtout, dure éternellement,

Et réunit tous les goûts, tous les âges.

Tous les états, jeunes, vieux, fous et sages;

La beauté même est peu de chose auprès; Le jeu, le jeu l'emporte ; mais après Cette Bouillotte, on n'a plus rien à dire, Et je finis. Je n'ai voulu décrire Qu'un jour; encor j'en ai fixé le temps. Un mois plus tard, tout à fait au printemps, Tout eût changé : mais ce tableau mobile. Qui demandait un pinceau plus habile, Nous offrirait même variété :

Dans tous les temps, cette vaste Cité Frappe, éblouit, par son piquant contraste De ris, de pleurs, de misère, de faste, Et d'arrogance et de simplicité :

Lâche égoïsme, et noble activité ; Savoir prolond, comme ignorance crasse, Langage ignoble et style plein de grâce, Bassesse, honneur, enfin vice et vertu, Voilà Paris, Lecteur ; qu'en penses-tu?

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