SCÈNE IL ÉLL\NTE, FLORIMOND
FLORIMOND, fi part, de loin, en apercevant Élianle.
Encor !
ÉLIANTE
Soulasrez-moi d'une peine cruelle.
Monsieur.
FLORIMOND
A part.
Qui? moi, madame? Ah! bon dieu! saurail-elle Que la sœur de Yalmont?...
ÉLIANTE
A rinstant je recoi Un avis, mais auquel je n'ose ajouter foi.
FLORIMOXD, à part.
Allons, elle sait tout.
ÉLIANTE
Une action si noire Est indigne de vous, je ne dois point y croire. On dit, monsieur...
FLORIMOND. '
Eli bien! je la nierais à tort.
Madame ; on vous a fait un fidèle rapport.
ÉLIANTE
Qu'entends-je?
FLORIMOND
Il est trop vrai. Je confesse à ma honte Une infidélité si coupable et si prompte.
ÉLIANTE
Eh quoi ! monsieur... j'en crois à peine un tel aveu. Quoi, vous?... c'est donc ainsi que l'on se fait un jeu?.'..
FLORIMOND
Madame, j'avouerai que je suis bien coupable. Oui, je sens qu'à vos yeux je suis inexcusable; Aussi je suis bien loin de me justifier. Un autre, dans ma place, aurait tout su nier : Un autre eût fait mentir ses yeux et son visage ; Mais je ne fis jamais ce vil apprentissage. Je suis léger, volage, et j'ai bien des défauts ; Mais du moins je n'ai pas un cœur perfide et faux.
ÉLIANTE
Ce langage m'étonne, il faut que je le dise.
Il vous sied bien, monsieur, de jouer la franchise,
A vous qui me cachant un indigne secret,,.!
FLORIMOND
Ah ! si je me suis tu, ce n'était qu'à regret.
ACTC III, SCKNP; II. 69
Vous dûtes voir combien une lelle contrainlc Coûtait à ma franchise, et que la seule crainte Retenait mon secret, tout près de m'écliappar. Mais se taire, ;iprès tout, ce n'était pas tromper.
ÉLIANTE
Vous soutenez fort bien ce noble caractère.
Comme si vous n'aviez fait ici que vous taire !
De grâce, dites-moi, quel fut votre dessein,
Quand votre oncle pour vous vint demander ma main?
Répondez...
FLORIMOND
A cela je répondrai, madame, Que mon oncle ignorait cette subite flamme.
ÉLIANTE
Allons, fort bien. Mais vous, monsieur, vous le saviez, Quand ici même, ici, vous sûtes à mes pieds Prodiguer les serments d'une amour éternelle.
FLORIMOND
Moi, madame? depuis ma passion nouvelle, Je ne vous ai pas dit un mot de mon amour.
ÉLIANTE
J'admire un tel sang froid. Quoi ! monsieur, en ce jour, Plus tendre que jamais, plein d'une ardeur extrême, Vous n'êtes pas venu me dire, je vous aime?
FLORIMOND
Sans doute, je le dis, madame, j'en conviens. Et quand je le disais, mon cœur le sentait bien.
ÉLIANTE, à part.
0 ciel! à sa franchise aurais-je fait injure?
Haut.
Expliquons-nous ici, monsieur, je vous conjure.
M'aurait-on abusée en voulant m'informer?
Des nœuds que votre main était près de former?
FLORIMOND
Non, madame.
ÉLIANTE
C'est donc vous qui m'avez trompée?
FLORIMOND
Non, madame.
É LIANTE
A présent, me voilà retombée Dans mon incertitude et mes premiers combats. Eli quoi! monsieur, tantôt vous ne me trompiez pas?
FLORIMOND
Non; je suis infidèle, et ne suis point un traître.
ÉLIANTE
Point traître^, dites-vous? Et n'est-ce donc pas l'être, Que de venir ici m'engager votre foi.
Quand vous êtes, à Brest, près d'épouser?
FLORIMOND
Qui? moi?
Je n'épouse personne h Brest, je vous le jure.
ÉLIANTE
Monsieur, c'est trop longtemps soutenir l'imposture. Il n'est pas vrai qu'à Brest vous êtes sur le point D'épouser Léonor?
FLORIMOND
Je ne l'épouse point.
ÉLIANTE
C'en est trop.
FLORIMOND
Jusqu'au bout, écoutez-moi, de grâce; Il s'en est peu fallu que je ne l'épousasse. Pardonnez... envers vous je ressens tous mes torts; Mais enfin, revenu de mes premiers transports, J'ai cour a jusqu'ici pour fuir ce mariage. Je vous ai fait tantôt honneur de ce vovasre. Et je n'ai qu'en cela blessé la vérité : Encore pour le faire il m'en a bien coûté. Mais tout le reste est vrai ; mon ardeur se réveille, Dès qu'ici votre nom vient frapper mon oreille ;
Acri:: m. m.km-: h. 71
Et cY>st do bonne loi, madame, qu'en ce jour Je jurais à vos pieds un éternel amour.
ÉLIANTE
A part.
Ah! je respire... Et moi trop prompte, je Faccable!...
Haut.
Ainsi de fausseté yous n'étiez point coupable ?
FLORIMOND
Madame, sans cela, je le suis bien assez.
ÉLIANTE
Ne parlons plus de torts ; ils sont tous effacés.
FLORIMOND
Tantôt à ce pardon j'aurais osé prétendre, Mais...
ÉLIANTE
Eh bien ?
FLORIMOND
Maintenant...
ÉLIANTE
Je ne puis vous entendre, Expliquez-vous.
Hélas ! si je m'explique mieux, Madame, je m'en vais vous paraître odieux.
ÉLIANTE
Votre aveu, me diit-il porter un coup bien rude. Je le préfère encore à cette incertitude. Parlez, monsieur, parlez.
FLORIMOND
Eh bien 1 puisqu'il le faut.
C'est qu'...en vous attendant chez mon ami... tantôt... J'ai trouvé... Mais pourquoi vous perdais-je de vue ? D'une charmante sœur la visite imprévue... Je ne saurais poursuivre, embarrassé, confus...
ÉLTANTE.
J'enk-nd^ : épargnez-moi ces discours superflus.
FLORIMO^'D,
Un tel aveu, sans doute, a droit de vous déplaire.
ELIANTE.
Il ne mérite pas seulement ma colère ; Adieu.
Elle sort.