‹ Théâtre de Collin d'Harleville (volume 2)Chapitre 58 sur 340 · ACTE III, SCÈNE XII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE XII

CRISPIN

Mais il faut bien pourtant demeurer quelque part.

Que t'importe?

CRISPIN

Du moins, nous soupons ?

FLORIMOND

Paix, je pense ; Il me vient un projet d'une grande importance, Et qui me rit.

CRISPIN

Quoi donc?

FLORIMOND

Je me fais voyageur.

CRISPIN

Superbe état pour vous, mon cher maître !

FLORIMOND

Ah ! Lafleur, Quel plaisir, quel délice en voyageant Ton goûte ! Toujours nouveaux objets s'offrent sur votre route. Chaque pas vous présente un spectacle inconnu. On ne revoit jamais ce qu'on a déjà vu. Une plaine aujourd'hui, demain une montagne ; Le matin c'est la ville, et le soir la campagne. Ajoute qu'on ne peut s'ennuyer nulle part : Un lieu vous plaît, on reste ; il vous déplaît, on part.

CRISPIN

Et l'amour ?

FLORIMOND

Plus d'amour, plus de brûlantes flammes.

Quoi, tout de bon, monsieur, vous renoncez aux femmes ?

FLORIMOND

Dis que j'y renonçais, quand mon cœur enchanté Adorait constamment une seule beauté ;

Quand mes yeux, éblouis par un charme funeste,

Fixés sur une seule, oubliaient tout le reste :

Car je faisais alors injure au sexe entier.

Mais cette erreur, enfin, je prétends Texpier.

Je le déclare donc, je restitue aux belles

Un cœur qui trop longtemps fut aveugle pour elles.

Entr'elles, désormais, je vais le partager,

Le donner, le reprendre, et jamais rengager.

J'offensais cent beautés, quand je n'en aimais qu'une :

J'en veux adorer mille et n'en aimer aucune...

Quel jour est-ce?

CRISPIN

Jeudi.

FLORIMOND

Bon. Jour de bal ; j'y cours.

C'est là le rendez-vous des jeux et des amours : C'est là que je vais voir, parés de tous leurs charmes, Tant d'objets enchanteurs, de beautés sous les armes. Je ne pouvais choisir plus belle occasion, Pour faire au sexe entier ma réparation.

Page 1