M. DE PLINVILLE, MADAME DE ROSELLE
M. DE PLINVILLE.
Intéressant jeune homme ! il s'éloigne de nous,
Tout pénétré de joie et de reconnaissance.
Je suis charmé d'avoir fait cette connaissance.
MADAME DE ROSELLE
De sa réception on m'a fait le récit : Il est plaisant.
M. DE PLINVILLE.
Toujours cela me réussit.
Je suis, sans me vanter, bon physionomiste ; Et je ne pense pas que depuis que j'existe...
Vous prîtes cependant un laquais l'an passé. Pour vol, presqu'aussitôt, ma tante l'a chassé.
Vous aimiez, m'a-t-on dit, sa physionomie.
M. DE PLINVILLE.
Oh ! Ton peut se tromper une fois en sa vie. Mais tu vois sur Belfort si je me suis trompé ! Dès le premier abord sa candeur m'a frappé.
MADAME DE ROSELLE
Oui, moi-même, en effet, dès la première vue, Son air modeste et franc pour lui m'a prévenue, J'en conviens.
M. DE PLINVILLE.
Je le crois. Il suffit de le voir.
MADAME DE ROSELLE
Mais, entre nous, pourtant, j'aurais voulu savoir...
M. DE PLINVILLE.
Savoir ? quoi ?
MADAME DE ROSELLE
M 'informer...
M. DE PLINVILLE.
Si Belfort est honnête?
Me préserve le ciel d'une pareille enquête ! Loin de moi les soupçons et les certificats : Gela répugne trop à des cœurs délicats. Le charme de la vie est dans la confiance. J'en ai fait, mille fois, la douce expérience : Chaque jour je l'éprouve au sujet de Belfort. Va, les honnêtes î^ens se connaissent d'abord. Un certain... ou plutôt, veux-tu que je te dise? Je crois fort, et toujours ce fut là ma devise. Que les hommes sont tous, oui, tous, honnêtes, bons. On dit qu'il est beaucoup de méchants, de fripons ; Je n'en crois rien ; je veux qu'il s'en trouve peut-être Un ou deux : mais ils sont aisés à reconnaître : Et puis, j'aime bien mieux, je le dis sans détours, Être une fois trompé, que de craindre toujours.
MADAME DE ROSELLE
Eh I qui de vous tromper pourrait être capable ? Vous êtes pour cela trop bon et trop aimable.