SCÈNE I
M. DE PLINVILLE, ROSE.
M. DE PLINVir.LE.
Le soleil reparaît. L'herbe est déjà plus verte : Chaque fleur se ranime, et la terre entr'ou verte Exhale un doux parfum. N'est-il pas vrai qu'on sent... Un calme... une fraîcheur... un charme ravissant? Car il en est de nous ainsi que d'une plante. Oh ! que voilà, ma chère, une pluie excellente ! Nous avions grand besoin de cet orage-ci.
Mais la grange est détruite.
M. DE PLINVILLE.
Il est vrai, mais aussi J'ai sauvé l'écurie : elle était presque neuve. Je le dois à Belfort. J'avais plus d'une preuve De son bon cœur ; mais quoi ! c'est un brave, vraiment, As-tu vu comme il s'est exposé hardiment?
ROSE
Je le crois bien. Aussi s'est-il blessé.
M. DE PLINVILLE.
Quoi, Rose ?
ROSE
Il s'est brûlé la main,
M. DE PLINVILLE.
Je sais, c'est peu de chose.
ROSE
Peu de chose ?
M. DE PLIN VILLE
Il m'a dit que cela n'était rien.
ROSE
Il me Ta dit aussi : mais moi, je voyais bien
Qu'il souffrait, et beaucoup ; car, à cette nouvelle,
J'étais vite accourue avec mademoiselle.
Nous le voyons auprès de monsieur Morinval.
Il ne s'occupait pas seulement de son mal.
« Sur votre main, monsieur (lui dis-je), il faudrait mettre
« Quelque chose : je vais, si vous voulez permettre...
« Bien obligé (dit- il), il n'en est pas besoin.
« Oh! (dis-je) avec plaisir je vais prendre ce soin. »
Il me donne sa main : ma maîtresse déchire
Un mouchoir en tremblant : lui paraissait sourire,
Regardait, tour à tour, mademoiselle et moi :
J'en suis encore émue, et je ne sais pourquoi.
M. DE PLTN VILLE.
Tu m'enchantes : l'aimable et douce créature !
ROSE
Il se faut entf aider, c'est la loi de nature. Dans La Fontaine, hier, je lisais ce vers-là.
M. DE PLIXVILLE.
Vous lisez La Fohtaine ?
ROSE
Eh oui ! je sais déjà Douze fables au moins : cela s'apprend sans peine. J'ai mon livre à la main lorsque je me promène.
M. DE PLINVILLE.
Bien.
C'est monsieur Belibrt qui m'en a luit présent. Il me fait réciler : il est si complaisant !
M. DE PLINVILLE.
D'avoir un pareil maître Angélique est charmée 1...