ACTE I, SCÈNE II
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Vraiment! quelles sont-elles?
M. d'oRFEUIL, de même.
Le grand-seigneur...
C'est bien de cela qu'il s'agit!
M. d'orfeuil.
Un courrier de Berlin nous arrive, et l'on dit...
JUSTINE
Il nous importe peu qu'il arrive, ou qu'il parte ; Et nous ne connaissons qu'un pays sur la carte, C'est Abbeville.
M. d'orfeuil.
Ah ! ah! j'en reçois aujourd'hui Une lettre.
JUSTINE
Allons donc !
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Mon père... est-ce de lui ?
M. d'orfeuil.
C'est l'oncle qui m'écrit... Je vais bien te surprendre : Dès demain en ces lieux Florville peut se rendre.
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Vous ne le disiez pas : vous êtes méchant.
M. d'orfeuil.
Bon!
Je n'ai pas tout dit. Sache un trait plaisant... Mais non ; Il sera plus prudent de t'en faire un mystère.
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Pourquoi?
C'est que jamais tu ne sauras te taire. Que vous avez de moi mauvaise opinion ! Mon père, soyez sûr de ma discrétion.
M. d'orfeuil.
Eh I mon Dieu ! nous savons ce que c'est qu'une fille ; Et Justine, d'ailleurs, qui babille, babille!...
MADEMOISELLE d'oRFEUIL, à demi-voix.
Pour Justine, on pourrait reconduire, entre nous.
JUSTINE
Oh! non, je suis aussi curieuse que vous,
Et tout aussi prudente, au moins, je vous proleste :
Ainsi je prétends bien tout entendre, et je reste.
t9^ LES CHATEAUX EN ESPAGNE.
MADEMOISELLE D*ORFEUIL.
Mon père, en vcrilé, vous ôtcs bien discret.
M. d'orfeuil.
Si vous me promettiez de garder le secret !
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Ah I je vous le promets.
JUSTINE
Je le promets de môme.
M. d'orfeuil.
La chose est, voyez-vous, d'une importance extrême. Tenez.
(il tire une lettre de sa poche, et lit.)
« Mon vieux ami... »
(il s'interrompt.)
Que ce titre m'est cherl Aussi notre amitié ne date pas d'hier : Je le connus...
MADEMOISELLE d'orFEDIL.
Pardon, voulez-vous bien permettre Que nous suivions le fil?...
M. d'oRFEDIL.
Ah! oui.
(il continue de lire.)
« D'hier matin, Notre jeune homme est en chemin, Et de près il suivra ma lettre ; Mais j'ai cru vous devoir prévenir d'un dessein Assez bizarre, au fond, s'il faut ne vous rien taire.
De sa future il désire, entre nous.
Observer à loisir l'humeur, le caractère : Dans cette vue, il doit s'introduire chez vous En simple voyageur, avec l'air du mystère, Et non comme futur époux. »'
JUSTINE
Plaisante idée !
MADEMOISELLE d'oRFEUIL.
Eh mais!... elle semble promettre...
Je ne sais quoi...
M. d'orfeuil, avec intention.
Pardon, vouiez- vous bien permettre Que nous suivions le lil?...
MADEMOISELLE d'oRFEDIL.
Ah! j'ai tort, en effet.
M. d'orfeuil continue de lire.
« Je suis loin d'approuver un semblable projet ;