‹ Théâtre de Collin d'HarlevilleChapitre 281 sur 449 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Auprès de vous mon sort est trop digne d'envie ; Le ciel m'en est témoin : j'y veux passer ma vie : Nul motif, nul pouvoir, ne peut m'en arracher.

M, DUBRIAGE.

Qu'un tel attachement est fait pour me toucher!

MADAME EVRARD

Vous devez voir pour vous jusqu'où va ma tendresse, Comme au moindre signal, je vole, je m'empresse ; Comme je mets au rang des plaisirs les plus doux Celui de vous servir, d'avoir bien soin de vous. Ce n'est point l'intérêt, le devoir qui me mène; C'est l'amitié, le cœur : cela se voit sans peine... Enfin sur le motif qui me faisait agir On s'est mépris... au point de me faire rougir. Oui, monsieur, pour jamais, s'il faut que je le dise, La médisance ici peut m'avoir compromise : Je ne suis pas encor d'âge à la désarmer. On me soupçonne enfin.,.

M. DUBRIAGE.

De quoi?

MADAME EVRARD

De vous aimer.

De vous plaire... je dis d'avoir touché votre âme. Charle, en entrant, a cru que j'étais votre femme. Mon amitié pour vous me fait tout supporter : C'est un plaisir de plus, et j'aime à le goûter... Mais, je vous le demande, avec un cœur sensible, Puis- je épouser... ?

M. DUBRIAGE.

Non, non ! cela n'est pas possible ; Ambroise, le le sens, est indigne de vous; Le ciel ne l'a point fait pour être votre époux.

MADAME EVRARD

Le croyez- vous?

M. DUBRIAGE. '

Oh! oui.

MADAME EVRARD

Peut-être je me flatte, Et peut-être ai-je l'âme un peu trop délicate : Lorsqu'en moi je descends, je ne sais... je me crois Digne d'un meilleur sort. L'état où je me vois M'humilie... Ah ! j'aitorL.. mais malgré moi j'en pleure.

M. DUBRIAGE, plus ému.

Chère madame Evrard!... chaque jour, à toute heure. Oui, je découvre en vous, et je m'en sens frappé,

Mille dons enchanteurs qui m'avaient échappé. Votre aimable entretien me touche, mlntéresse,

MADAME EVRARD

Qu'est-ce qu'un entrelien, de grâce?... Ah! que serait-ce, Si je pouvais un jour donner à mes transports Un libre cours, monsieur 1 J'ose le dire : alors Combien de qualités vous pourriez reconnaître, Que ma position empêche de paraître !

M. DUBRIAGE.

Ah! je les entrevois, et je devine assez

Tout ce que j'ai perdu... Mais vous me ravissez...

Ai-je pu jusqu'ici négliger tant de charmes?

MADAME EVRARD

Si VOUS saviez combien j'ai dévoré de larmes !

Combien j'ai soupiré, combattu cette ardeur

Qui me tourmente ! Hélas! la crainte, la pudeur...

M. DUBRIAGK, se levant et hors de lui.

Je n'y puis plus tenir : toute votre personne Me charme... C'en est fait...

(On sonne.) MADAME K V R A R D , laissant échapper un cri.

Ah, ciel!

Je crois qu'on sonne.

MADAME EVRARD

Eh bien donc, vous disiez... ? Achevez en deux mots.

M. DUBRIAGE.

C'est Ambroise.

MADAME EVRARD, à part.

Bon Dieu ! qu'il vient mal à propos !

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