‹ Théâtre de Collin d'HarlevilleChapitre 280 sur 449 · ACTE III, SCKNE lY · texte numérisé non relu

ACTE III, SCKNE lY

M. DUBRIAGE.

Non, rien.

MADAME EVRARD

Si fait : vous êtes triste : oh ! je le vois fort bien...

Au surplus, chacun a ses embarras, ses peines...

Moi qui vous parle, eh bien, j'ai moi-môme les miennes.

M. DUBRIAGE.

Qui? vous, madame Evrard !

MADAME EVRARD

Sans doute.

M. DUBRIAGE.

A quel propos?

MADAME EVRARD

Ambroise me tourmente : il désire, en deux mots, Qu*avairt peu, que demain, je devienne sa femme.

M. DUBRIAGE.

(La faisant asseoir à côté de lui.)

Ambroise, dites-vous...? Répétez donc, madame.

Je dis qu* Ambroise m'aime et me veut épouser. Depuis plus de deux ans je sais le refuser. J'élude chaque jour une nouvelle instance. Croyant que mes délais lasseront sa constance ; Non ; loin de s'attiédir, son ardeur va croissant. Mais aujourd'hui surtout il devient plus pressant ; 11 insiste ; et vraiment je ne sais plus que ^aire : Je viens vous demander conseil sur celte affaire.

M. DUBRIAGE.

£h I mais, je ne sais trop quel conseil vous donner. Car enfin ce parti n'est pas à dédaigner : Ambroise est, après tout, un parfait honnête homme, Homme d'honneur, de sens, excellent économe.

MADAME EVRARD

Oui, VOUS avez raison ; et, pour la probité, Ambroise assurément sera toujours cité : Mais il parle d'hymen : la chose est sérieuse. Je crains, je l'avoûrai, de n'être pas heureuse.

M. DUBRIAGE.

Et pourquoi?

MADAME EVRARD

Je ne'sais... tenez, c'est qu'entre nous, On peut être honnête homme et fort mauvais époux. Ambroise est quelquefois d'une rudesse extrême, Vous le savez : souvent il vous parle à vous-même D'un ton... I

M. DBIJRIAGK.

Un peu dur, oui ; mais vous Tadoucirez : Vous avez pour cela des moyens assurés.

Quelle tâche ! j'en suis d'avance intimidée...

Puis... j'avais ae Thymen une toute autre idée :

Car j'étais faite, moi, pour un lien si doux ;

Et... sans l'attachement, monsieur, que j'ai pour vous,

A coup sûr je serais déjà remariée.

Dans mon premier hymen je fus contrariée ;

Et, lorsque Ton m'unit au bon monsieur Evrard,

A mon penchant peut-être on eut trop peu d'égard.

A prendre un tel époux bien qu'on m'eût su contraindre,

Vous savez cependant s'il eut lieu de se plaindre.

Si je manquai pour lui de soins, d'attention I

M. DUBRIAGE.

On vous eût crus unis par inclination.

MADAME EVRARD

Eh bien, en pareil cas si je fus complaisante, Ju^ez, monsieur, combien je serais douce, aimante, Si j'avais un mari qui fût... là... de mon choix, Dont l'humeur me convînt, en un mot.

M. DUBRIAGE.

Je le crois.

MADAME EVRARD

Et je ne parle pas d'un mari vain, volage...

Je n'aurais point voulu d^un jeune homme ; à cet âge

On ne sait pas aimer.

M.DUBRIAGE.

Je l'ai toujours pensé :

Ce que vous dites là, madame, est très sensé.

MADAME EVRARD

Pour mieux dire, tenez, monsieur, je le confesse, Pourvu qu'il eût passé la première jeunesse, Peu m'importe quel âge aurait eu mon époux : Je parle sans détour : car enfin, entre nous, En me remariant, moi, s'il faut vous le dire. Un, deux enfans, voilà tout ce que je désire... 11 me semble déjà aue j'ai là, sous les yeux, Que je vois mes enrants, le père au milieu d'eux, Souriant à nous trois, allant de l'un à l'autre... Oh I quel ravissement serait alors le nôtre 1...

(Se reprenant.j

J'entends le mien, celui du mari que j'aurais ; Je parle en général, je n'ai point de regrets :

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