‹ Théâtre de Collin d'HarlevilleChapitre 350 sur 449 · ACTE II, SCÈNE XII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XII

FORMONT

Oui ; les tiens maintenant n'admirent que Paris, Et tu ne parles plus des champs qu'avec mépris ; Mais quoi ! c'est un village enfin qui t'a vu naître ; Ma sœur, il te rappelle !

MADAME DIRVAL.

Oh ! SOUS le toit champêtre, De mon absence on va, je crois se consoler ; Mais, pour moi, de ces lieux je ne puis m'exiler. J*ai goûté de Paris, et j'en suis satisfaite. II me plaît, me convient : pour Paris je suis faite, Et j'y reste.

J'entends. Et quand votre mari Reviendra?

MADAME DIRVAL.

Mais d'abord je vais l'attendre ici ; Puis il trouvera bon que j'y passe ma vie.

FORMONT, d'un ton concentré.

Paris vous a déjà fait bien du mal, Sophie : Puisse-t-il épargner du moins votre vertu !

(il va pour sortir.) MADAME DIRVAL, le retenant.

Mon frère, écoutez- moi.

FORMONT

J'en ai trop entendu.

(Atcc colère et abandon « )

Ensemble, je le vois, nous ne pouvons plus vivre.

Eh bien ! soit. Puisqu'aux champs on ne veut point mo

J'y retournerai seul. C'en est fait; dès demain, [suivre,

Oui, demain, du Vallon je reprends le chemin.

J'avais quitté pour vous mes enfants et ma femme.

Etres cnarmants ^ue j'aime, et de toute mon âme,

Et que vous chérissiez dès vos plus jeunes ans ;

J'irai, je leur dirai : v Ma femme, mes enfants,

Nous n'avons plus de sœur, vous n'avez plus de tante :

Jadis avec nous tous elle vivait contente.

Mais son sort désormais à Paris est lié ;

Frère, sœur, neveux, nièce, elle a tout oublié.

Tout, jusqu'à son époux ; oublions-la de même... »

MADAME DIRVAL, courant à son frère, qui sortait.

0 mon frère, mon frère 1 ...

FORMONT, revenant à elle, et se jetant dans ses bras.

0 ma sœur!... va, je t'aime, Et jamais ne pourrais l'oublier, non, jamais.

hadame'dirvâl.

Ni moi non plus, mon frère : ah ! je vous le promets. Croyez que votre sœur vous chérit, vous révère.

FORMONT

Je remplis un devoir et pénible et sévère :

Rends justice à mon cœur, ô ma Sophie; et crois

Que lu n*as point d'ami plus fidèle que moi.

hâdâme dirvâl.

J'en suis persuadée et bien reconnaissante.

FORMONT

Je te quitte à regret ; mais on s'impatiente, On m attend: je cours donc à mon joli dîner : Que ne puis-je, en effet, avec moi t'y mener !

MADAME DIRVAL.

J'aurais un vrai plaisir...

J'en .ai bien davantage, Quand ma petite sœur avec moi le partage.

(il l'embrasse et sort . )

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