SCÈNE II
MADAME EULER ; MADAME DIRVAL, habillée pour
la séance»
MADAME DIRVAL.
Eh bien ! voyez, madame Euler ! j'accours. Et vous voilà ; vos soins me préviennent toujours.
MADAME EULER
Il est tout naturel qu'ainsi l'on se prévienne ; Votre vie est bien plus active que la mienne.
MADAME DIRVAL.
Et bien plus fatigante : hélas ! oui : tout me rit ;
Chacun flatte mes vœux, me fête, m'applaudit.
Eh bien ! en mille instants, je sens que je m'ennuie.
MADAME EULER
En avez-vous le temps ? Eh ! quoi, ma jeune amie, Est-ce à moi de vous plaindre ?
MADAME DIRVAL.
En ce moment surtout, l'éprouve une langueur, je ne sais quel dégoût...
Qui va se dissiper : vous vivez dans un monde Où le chagrin n'a pas de trace bien profonde.
MADAME DIRVAL.
11 revient par accès.
MADAME EULER
Ah ! ma chère Dirval !
Et pour vous égayer, n'allez-vous pas au bal?
MADAME DIRVAL.
Eh I oui, pour essuyer un monde, une cohue ! La moitié m'en sera, je parie, inconnue. Vous êtes dispensée, au moins, de tout cela : Vous êtes bien heureuse.
MADAME EULER
Eh ! mais, ce bonheur-là, Sophie, on peut l'avoir quand on veut, ce me semble. Restez, nous passerons cette soirée ensemble. Tous quatre, Èuler, Forment...
MADAME DIRVAL. *
Eh I le puis-je ?
MADAME EULER
En ce cas.
Allez à votre bal, et ne vous plaignez pas. Vous connaissez pourtant madame de Melzance ; Sa réputation, soit dit sans médisance... Un beu chez elle !
MADAME DIRVALé
Eh I mais tout Paris y sera.
Quel mélange alors I puis, qui vous y conduira ? Je vous vois sans mari, sans frère, sans amie.
MADAME DIRVAL.
Mais madame Verseuil m'accompagne.
MADAME EULER
Àh I Sophie I Quel guide I Non, tenez, je n'aime point ce bal.
MADAME DIRVAL.
Pourquoi ? dans tout ceci je ne vois point de mal.