‹ Théâtre de Collin d'HarlevilleChapitre 354 sur 449 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

HADAME EULËR, MADAME DIRVAL.

MADAME EULERà madame Dûnral, qui hésite si elle ouTrira le

billet.

Lisez donc, je vous prie.

MADAME DIRVAL.

Vous permettez ?

MADAME EULER

Eh ! oui : quelque tendre poulet ?

MADAME DIRVAL lit et sourit.

Vous*., croyez ?

(a part, j

Ah I charmant !

MADAME EULER, qui Tobserve.

Cette lettre vous plaît.

MADAME DIRVAL.

Je ne m'en défends pas ; elle esl intéressante.

MADAME EULER

Vous allez me trouver curieuse, pressante, Même indiscrète.

MADAME DIRVAL.

Vous ? jamais.

MADAME EULER

J*ai cru d'abord. . .

Si le billet n*est pas de d'Héricourt, j'ai tort.

MADAME DIRVAL.

Vous devinez fort bien ; je n'en fais point mystère : C'est, en effet, de lui.

De votre caractère J'adore la franchise et la naïveté :

Mais je me pique aussi moi, de sincérité, Et TOUS demanderai, tout bas, si la prudence Ne désavoûrait point cette correspondance Entre an jeune homme et vous ?

MADAME DIRVAL.

Ah ! ce commerce-là Est doux, mais innocent ; et lisez : car voilà De vos sévérités comme ici je me venge. Voyez si d'Héricourt n'écrit pas comme un ange ! Quel style ! il a vraiment un tour particulier, Un air aisé, piquant.

MADAME EULER, en lui rendant sa lettre.

Surtout très familier.

MADAME DIRVAL.

D'accord ; mais un ami peut fort bien se permettre ..

MADAME EULER

Un ami !... c'est le nom qu'il prend dans cette lettre. Mais parlons franchement, l'aimeriez-vous ?

MADAME DIRVAL.

Eh! mais...

La question, madame, est vive : et, si j'aimais, «e.*.

MADAME EULER

Vous me le diriez, j'en suis sûre : qu'on craigne Une maman sévère, une farouche duègne ; Soit : mais madame Euler I une amie, une sœur, Qui toujours eut pour vous et tendresse et douceur...? L'aimez-vous, en un mot ?

MADAME DIRVAL.

Franchement, je l'ignore.

MADAME EULER

Bon!

MADAME DIRVAL.

Ou plutôt, je crois ne cas l'aimer encore : Mais j'éprouve pour lui... je ne sais quel penchant... Je lui trouve une grâce, un air noble et touchant ;... Vous-même, convenez qu'on n'est pas plus aimable.

MADAME EULER

Sans doute, il a le ton, le maintien agréable; Mais... sans parler ici de ce que vous devez A l'estimable époux... non, non, vous le savez, Et n'oublîrez jamais ses droits ni sa tendresse : Mais votre bonheur seul m'occupe, m'intéresse. Ce charmant d'Héricourt n'est pas môme amoureux ; Il cherche le plaisir : de ses succès nombreux 11 vous croit digne enfin de couronner la liste ; Et ce n'est qu'un aimable et brillant égoïstCé

MADAME DIRVAL.

Madame Euler î...

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