‹ Théâtre de Collin d'HarlevilleChapitre 37 sur 449 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

PLORIMOND.

N'est-ce pas toi ?

CRISPIN

Peut-être.

FLORIMOND

Mais oui, c'est toi, Crispin.

CRISPIN, reprenant sa Toix naturelle.

Non pas, mon ancien maître ; Ce n'est plus lui : Crispin n'était point votre fait; Il n'était plus le mien, et je m'en suis défait.

FLORIMOND

Es-tu fou?

CRISPIN

Mais, monsieur, franchement, pour vous plaire, J'ai d'un peu de folie orné mon caractère. D'abord d un autre nom j'ai trouvé le secret, Et je me doutais bien que ce nom vous plairait. J'ai, dépouillant ma cape, et mes gants, et ma veste. Pris d'un valet de chambre et l'habit et le geste ; J'ai mis bas la bottine, et chaussé l'escarpin : Vous voyez bien, monsieur, que ce n'est plus Crispin.

Le stratagème est neuf, et ne peut me déplaire.

CRISPIN

Oh ! vous me reprendrez : car je suis votre affaire. J'ai senti c[ue j'avais mérité mon congé. Mais je suis jeune encore : j'ai tout à coup changé De manières, de ton, et presque de visage.

FLORIMOND

Tant mieux.

CRISPIN

Crispin, dit-on, s'avisait d'être sage.

Le faquin ! Oh, La Fleur est un franc libertin. C'était un buveur d'eau que ce monsieur Crispin. Le fat ! La Fleur boit sec. J'ai su que l'imbécile. Valet officieux, souple, exact et docile, Courait au moindre signe, et servait rondement. Patience : La Fleur est un bon garnement Qui vous fera par jour donner cent fois au diable. Mais on m'a dit encore un trait plus pitoyable : Il se donnait les airs d'être honnête homme ; fi !

FLORIMOND

Oh! j'entends que La Fleur le soit.

CRISPIN

Cela suffît.

3 2 l'inconstant.

Hé bien ?

FLORIMOND

Je te reprends. Mais si tu veux qu'on t'aime, Plus de Crispin.

Parbleu! n'en parlez plus vous-même.

Parlons plutôt ici, parlons de vos amours. Éliante, monsieur, vous plaît-elle toujours?

FLORIMOND

Pourquoi me rappeler le nom de cette dame ?

11 m'afflige, et de plus m'accuse au fond de l'âme...

Elle était estimable, et j'en tombe d'accord...

Oh! je ne change pas, et je l'estime encor...;

Et tu me fais songer que, dans ce moment même,

Mon oncle, qui toujours suppose que je l'aime.

Fait à ce sujet-là des démarches pour moi. . .

Mais enfin, à mon âge, est-on maître de soi?

Que veux-tu?... De mon cœur je suis la douce pente ;

J'aime, La Fleur, j'adore une fille charmante.

CRISPIN

Bon !

FLORIMOND

La sœur de Valmont, que je quitte à l'instant.

CRISPIN

À tous vos traits, monsieur, jamais on ne s'attend.

FLORIMOND

Je ne m'attendais pas à celui-ci, moi-même : Nouveau César, je viens, je la vois, et je l'aime.

Et pourrait- on savoir...?

FLORIMOND

Le voici sans détour.

J'entretenais Valmont de mon nouvel amour. Tandis qu'à ses transports mon âme s'abandonne, On ouvre... J'aperçois une jeune personne... Divine : son maintien, ses grâces, sa douceur. Tout me ravit d'abord. Il l'appelle sa sœur : Moi, j'ignorais qu'il eût une sœur aussi chère : Elle était au couvent quand je connus son frère. Elle parla fort peu, mais ce peu me suffit ; Et je répondrais bien qu'elle a beaucoup d'esprit. Le seul son de sa voix annonce une belle âme : Que te dirai-je enfin de ma naissante flamme? Elle sortit bientôt, et je l'aimais déjà.

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