MADAME DIRVAL, MADAME EULER
MADAME DIRVAL, seule, un moment.
Au bal I hélas ! que sais- je ?...
MADAME EULER, plus vivement qu'à l'ordinaire .
0 ma chère Sophie !
J'apprends votre malheur,
MADAME DIRVAL.
El comment, je vous prie ?
MADAME EULER
Par votre oncle, en passant.
MADAME DIRVAL.
Il vous a dit...? ô Dieu !
MADAME EULER
Et trop heureuse encor qu'il m'en ait fait l'aveu !
Mais quel chagrin pour vous! combien j'en suis touchée !
MADAME DIRVAL.
Et contre moi, Dieu sait si vous ôtes fâchée !
MADAME EULER
Il est vrai, mon amie ; et je vous gronderai... Quelque jour, quand le mal sera bien réparé : En attendant, je viens vous faire une prière.
MADAME DIRVAL.
Et de quoi ?
MADAME EULER
D'accepter, mais de moi la première, Ces douze vieux louis, qu'avec soin je gardais Pour quelque grand besoin que toujours j'attendais.
MADAME DIRVAL,
Comment,..?
L'occasion est enfin arrivée :
Pour un plaisir bien doux je me suis réservée.
MADAME DIRVAL.
Bonne madame Euler I quoi, c'est vous qui m'offrez Ce fruit de vos travaux?
MADAME EULER
Et vous le recevrez.
MADAME DIRVAL.
Qui ? moi I je souffrirais que vos économies Servissent, chère Euler, à payer mes folies !
' MADAME EULER
Vous deviendrez plus sage ; et ma tendre amitié Va dans cette leçon se trouver de moitié. Moi, je n'ai qu'un chagrin, c'est de ne pas tout faire. Mais quoi ! dois-je envier le reste à votre frère ?
MADAME DIRVAL.
Mon frère, dites-vous ? ah ! ne lui parlez pas De tout ceci.
MADAME EULER
Comment ?... mais, ma chère, en ce cas, Quel est donc votre espoir ? et dans quelle autre bourse