‹ Théâtre de Collin d'HarlevilleChapitre 410 sur 449 · ACTE I, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VIII

Il ne parlait jamais que de seigneurs, de princes; 11 donnait à sa fille, en dot, quatre provinces : Pouvais-je deviner qu'il entendait par- là Ne plus chanter ni vendre en ces provinces-là?

FLORIMPL.

Eh ! c'est tout simple.

RAIMOND

Moi, je commence par croire.

Sans être un grand sorcier, on peut faire une histoire : Un sot peut, tous les jours, rire aux dépens d'autrui. Rire même de tel... qui vaudra mieux que lui. N*est-il pas vrai ?

Voyez! ne pas croire qu'on mente!

RAIMOND

Mais je désire fort qu'ici l'on me présente...

FLORIMEL.

A ma mère? Monsieur! hélas!

RAIMOND

Vous soupirez :

Quel malheur?...

FLORIMEL.

Je le vois, Monsieur, vous ignorez. . .

Ma mère, en ce moment, ne saurait voir personne.

RAIMOND

Ah ! pardonnez... Je n'ose, ô Dieu! mais je soupçonne Qu'elle est malade.

FLORIMEL.

Oh! oui, bien dangereusement.

RAIMOND

Mais, c'est donc tout à coup. Monsieur?

FLORIMEL.

Subitement.

RAIMOND

Se peut-il ?

C'est l'effet d'un grand coup de tonnerre.

RAIMOND

De tonnerre ?

FLORIMEL.

A minuit, il tombe chez ma mère ; Avec fracas déchire et brûle ses rideaux. Dérange les fauteuils, dépend lustres, tableaux... L'un d'eux tombe sur elle...

\(\C^ MALICE POUR MALTCE.

Ah!

FLORIMEL.

r/est ce qui la sauve :

Ma mère est là-dessous, mieux que dans son alcôve.

RAIMOND

J*entends : c'est bien heureux.

LUBIN

Un drôle de bonheur !

FLORIMEL.

Jugez de son état et de notre douleur!

RAIMOND

Je le sens.

FLORIMEL.

Vous trouvez ce fait un peu bizarre ?

LDBTN.

Il est certain...

RAIMOND

Sans doute, un coup pareil est rare :

Mais qui peut du tonnerre expliquer les effets ? Impossible, est un mot que je ne dis jamais.

FLORIMEL.

Ce principe est d'un sage. Ici, l'on se lamente : Ma pauvre sœur...

RAIMOND

Hélas!... elle est, dit-on, charmante?

FLORIMEL.

Monsieur, je la loûrois, si ce n'était ma sœur. Elle est intéressante ; entre nous, par malheur, Elise s'est gâté l'esprit par sa lecture : Elle en est aux romans pour toute nourriture.

RAIMOND

Des romans ! eh! lit-on autre chose à présent?

LUBIN

Chez nous, jusqu'au berger en lit chemin faisant.

FLORIMEL.

Ma pauvre sœur !... il est des moments où je tremble.

(Affectant de l'abandon.)

Mon ami ! nous allons quelques jours vivre ensemble; Et votre air, vos discours... Je serais, entre nous, Désespéré d'avoir une affaire avec vous.

Une affaire?

FLORIMEL.

Oui, tenez, je ne puis vous le taire,

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