ACTE I, SCENE XIH
M. SAINT-FIRMIN
Mais... qui vous fait sourire ?
Ne devinez-vous pas ce que je veux vous dire?
M, SAINT-FIRMIN
Eh! mais...
RAIMOND
Vous devinez ; oui, je vois à votre air, Qu'ici vous attendez...
M. SAINT-FIRMIN
Expliquez-vous, mon cher.
RAIMOND
Tout, dans cette maison, semble extraordinaire : Cette mère malade, et d'un coup de tonnerre; Cette soubrette, un peu familière, entre nous ; Le frère si bizarre, et bavard, et jaloux; Tout ce que Ton m'a dit de la sévère duègne ;... Que vous dirai-je, enfin? ce désordre qui règne Dans toute la maison, et ces joyeux ébats De valets ricaneurs qui se parlent tout bas ; Tout cela, par degrés, augmente ma surprise, Et je soupçonnerais, s'il faut que je le dise...
M. SAINT-FIRMIN
Quoi donc?
RAIMOND
Qu'on est d'accord pour se moquer de moi.
M. SAINT-FIRMIN
Quel conte ! vous croyez?
J'en ai peur.
M. SAINT-FIRMIN
Mais, pourquoi.
De grâce? à quel propos?
RAIMOND
Oh! pourquoi? je l'ignore.
Je puis tout comme un autre, et mieux qu'un autre encore, Ofirir matière...
M. SAINT-FIRMIN
Allons!...
RAIMOND
Il est, dit-on, d'ailleurs.
Certaines gens qui font métier d'ôlre railleurs, Qui forgent chaque jour quelque scène nouvelle. Pour tourmenter autrui : ce jeu, je crois, s'appelle... Attendez donc... eh! oui, mystificalion.
/i7â MALICE POUR MALICE.
M. SAINT-FIRMIN
Je n'entends pas trop bien semblable expression.
RAIMOND
Je conviens avec vous que le mot est barbare ; Mais bien moins que la chose il est faux et bizarre.
M. SAINT-FIRMIN
Quoi? vous croiriez?...
RAIMOND
Très fort. Certain air m'a frappé...
Parbleu ! je voudrais bien ne m'ôtre pas trompé.
Pourquoi ?
RAIMOND
Je suis né doux, confiant, et peut-être Un peu crédule, oui ; mais, quand je crois reconnaître Que Ton veut abuser de ce secret penchant ; Tout comme un autre, alors, je puis être méchant
M. SAINT-FIRMIN
Vraiment?
RAIMOND
Oui, je suis homme à me faire un délice De leur rendre, à mon tour, malice pour malice.
M. SAINT-FIRMIN
Mais... c'est le droit des gens. Eh bien donc, observez, Cherchez.
RAIMOND
Ce que je cherche ici, vous le savez.
M. SAINT-FIRMIN
Moi? quand je le saurais, dois-je vous en instruire?
RAIMOND
Mais, peut-être : en ces lieux qui daigna mlntroduire, Me doit protection.
M. SAINT-FIRMIN
En avez-vous besoin, Lorsque vos soupçons seuls vous ont mené si loin?
Eh! mais... je crois d'abord que cette bonne pièce, Eh! oui, cette Marton...
M, SAINT-FIRMIN
Hé bien?
RAIMOND
Est votre nièce.
M. SAINT-FIRMIN
Vous croyez?