ACTE II, SCÈNE II
M. BELFORT
Vous le savez?
MADAME DE ROSELLK.
Ici, VOUS êtes déguisé.
M. BELFORT
Déguisé ? point du tout.
MADAME DE ROSELLE
Par quelle fantaisie Avez-vous accepté cet emploi, je vous prie?
M. BELFORT
Mais, par nécessité.
MADAME DE ROSELLE
Vous plaisantez, comment ?
Votre père a du bien ?
M. BELFORT
Oh! non, certainement.
11 en avait jadis ; mais un revers funeste...
MADAME DE ROSELLE
Allons : dispensez-moi de vous conter le reste. Vous voyez que je sais votre histoire assez bien.
M. BELFORT
Je vois que vous savez très peu de chose, ou rien.
MADAME DE ROSELLE
Oui dà ! vous me piquez. Eh bien; voulez-vous faire Entre nous un accord qui ne peut vous déplaire? Je vais vous dire encor quelque chose en secret : Si je me trompe, à vous permis d'être discret; Vous ne m'avouerez rien. Mais si, par aventure, Je ne vous dis ici que la vérité pure. Alors, promettez-moi de ne me rien cacher : Il faut y consentir, ou vous m'allez fâcher.
M. BELFORT
Eh bien! j'en cours le risque, et j'y consens, madame.
MADAME DE ROSELLE
Voici donc mon secret : c'est qu'au fond de votre âme Vous aimez ma cousine, et que vous combattez En vain un sentiment...
Ah ! madame, arrêtez :
Comment avez-vous pu deviner que je l'aime, Tandis que je voulais le cacher à moi-même ?
MADAME DE ROSELLE
C'est donc là le moyen de vous faire parler? J'en étais sûre.
78 l'optimiste .
H. BELFORT
Ah ! Dieu! vous me faites trembler.
Ce secret qu'en mon cœur vous venez de surprendre, Gardez-le-moi, du moins. Je vais tout vous apprendre. Madame ; vos bontés ont su m'encourager : Vous lirez dans mon cœur, et vous m'allez juger. Vos conseils guideront mon inexpérience : Ne vous offensez pas de tant de confiance.
MADAME DE ROSELLE
M'en offenser, monsieur! moi qui veux l'obtenir? Non, en me l'accordant, vous me ferez plaisir. Mais quoi ! si vous voulez qu'en ceci je vous serve, Il faudra me parler franchement, sans réserve. On vous nomme ?
M. BELFORT
Dormeuil.
MADAME DE ROSELLE
Dormeuil! eh! mais, je crois Que nous avons beaucoup de Dormeuil en Artois.
M. BELFORT
J'en suis.
Bon ! en ce cas, je connais votre père, Je Tai vu fort souvent. C'est un bon militaire. Fort estimé, rempli de courage et d'honneur; Mais il aime le jeu, dit-on, à lu fureur; Et cette passion, aujourd'hui trop commune, A dérangé, je crois, tout à fait sa fortune.
M. BELFORT
Il est vrai : vous savez d'où vient tout mon malheur ;
Un père que j'adore en est le seul auteur.
Je sais qu'il m'aime au fond, et je lui rends justice.
Il m'avait, jeune encor, fait entrer au service;
Mais, privé de secours, y pouvais-je rester ?
Manquant de tout, madame, il m'a fallu ({uitter ;
J'ai fui. J'ai cru devoir, honteux de ma misère.
Déguiser ma naissance et le nom de mon père :
Je vins ici.; mon cœur y perdit son repos.
Et c'est là le dernier, le plus grand de mes maux.
MADAME DE ROSELLE
A ma jeune cousine avez- vous fait connaître Votre amour ?
M. BELFORT
Ah ! jamais 1 Moi, le laisser paraître ! Hasarder un aveu! j'étais loin d'y penser;