ACTE I, SCENE IV
Adieu. Raffermissez ce généreux courage.
S'il faut subir le coup d'un destin rigoureux, Je mourrai tout ensemble heureux et malheureux : Heureux pour -vous servir de perdre ainsi la vie; Malheureux de mourir sans vous avoir servie.
EMILIE
Oui, va, n'écoute plus ma voix qui te relient; Mon trouble se dissipe, et ma raison revient. Pardonne à mon amour cette indigne faiblesse. Tu voudrais fuir en vain, Cinna, je le confesse; Si tout est découvert, Auguste a su prévoir A ne te laisser pas ta fuite eii ton pouvoir. Porte, porte chez lui cette mâle assurance. Digne de notre amour, digne de ta naissance; Meurs, s'il y faut mourir, en citoyen romain. Et par un beau trépas couronne un beau dessein. Ne crains pas qu'après toi rien ici me retienne ; Ta mort emportera mon âme vers la tienne ; Et mon cœur, aussitôt percé des mêmes coups...
CINNA
Ah! souffrez que tout mort je vive encore en vous; Et du moins en mourant permettez que j'espère Que vous saurez venger l'amant avec le père. Rien n'est pour vous à craindre; aucun de nos amis Ne sait ni nos desseins ni ce qui m'est promis; Et, leur parlant tantôt des misères romaines. Je leur ai tu la mort qui fait naître nos haines. De peur que mon ardeur touchant vos intérêts D'un si parfait amour ne trahît les secrets ; Il n'est su que d'Évandre et de votre Fui vie.
EMILIE
Avec moins de frayeur je vais donc chez Llvie, Puisque dans ton péril il me reste un moyen De faire agir pour toi son crédit et le mien; Mais, si mon amitié par là ne te délivre, N'espère pas qu'enfin je veuille te survivre. Je fais de ton destin des règles à mon sort, Et j'obtiendrai ta vie, ou je suivrai ta mort.
i56 CINNA.
CINNA
Soyez en ma faveur moins cruelle à vous-même.
iEMILlE.
Va-fen, et souviens-toi seulement que je t'aime.