‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 119 sur 409 · ACTE II, SGL:î<E I · texte numérisé non relu

ACTE II, SGL:î<E I

Il le peut à son choix garder,, ou s'en défaire : Vous seul ne pourriez pas ce que peut le vulgaire, Et seriez devenu, pour avoir tout dompté, Esclave des grandeurs où vous êtes monté ! Possédez-les, seigneur, sans qu'elles vous possèdent. Loin de vous captiver, souffrez qu'elles vous cèdent ; Et faites hautement connaître enfin à tous Que tout ce qu'elles ont est au-dessous de vous. Votre Rome autrefois vous donna la naissance*; Vous lui voulez donner votre toute- puissance; Et Cinna vous impute à crime capital La libéralité vers le pays natal !

Il appelle remords l'amour de la patrie ! Par la haute vertu la gloire est donc flétrie, Et ce n'est qu'un objet digne de nos mépris, Si de ses pleins effets l'infamie est le prix! Je veux bien avouer qu'une action si belle Donne à Rome bien plus que vous ne tenez d'elle ; Mais commet-on un crime indigne de pardon, Quand la reconnaissance est au-dessus du don? Suivez, suivez, seigneur, le ciel qui vous inspire : Votre gloire redouble à mépriser l'empire ; Et vous serez fameux chez la postérité, Moins pour l'avoir conquis que pour l'avoir quittée Le bonheur peut conduire à la grandeur suprême. Mais, pour y renoncer il faut la vertu même; Et peu de généreux vont jusqu'à dédaigner, Après un sceptre acquis, la douceur de régner.

Considérez d'ailleurs que vous régnez dans Rome, Où, de quelque façon que votre cour vous nomme, On hait la monarchie ; et le nom d'empereur. Cachant celui de roi, ne fait pas moins d'horreur. Ils passent pour tyran quiconque s'y fait maître, Qui le sert, pour esclave, et qui l'aime, pour traître; Qui le souffre a le cœur lâche, mol, abattu, Et, pour s'en affranchir, tout s'appelle vertu.

' La tyrannie du vers amène très-mal à propos ce mot oiseux autrefois.

140 ClNlNA.

Vous en avez, seigneur, des preuves trop certaines On a fait contre vous dix entreprises vaines; Peut-être que Fonzième est prêle d'éclater. Et que ce mouvement qui vous vient d'agiter N'est qu'un avis secret que le ciel vous envoie, Qui, pour vous conserver, n'a plus que cette voie. Ne vous exposez plus à ces fameux revers. Il est beau de mourir maître de l'univers; Mais la plus belle mort souille notre mémoire Quand nous avons pu vivre et croître notre gloire.

CINNA

Si l'amour du pays doit ici prévaloir,

C'est son bien seulement que vous devez vouloir;

Et cette liberté, qui lui semble si cbère.

N'est pour Rome, seigneur, qu'un bien imaginaire,

Plus nuisible qu'utile, et qui n'approche pas

De celui qu'un bon prince apporte à ses Étals :

Avec ordre et raison les honneurs il dispense.

Avec discernement punit et récompense,

Et dispose de tout en juste possesseur,

Sans rien précipiter, de peur d'un successeur.

Mais, quand le peuple est maître, on n'agit qu'en tumulte ;

La voix de la raison jamais ne se consulte;

Les honneurs sont vendus aux plus ambitieux,

L'autorité livrée aux plus séditieux.

Ces petits souverains qu'il fait pour une année.

Voyant d'un temps si court leur puissance bornée,

Des plus heureux desseins font avorter le fruit,

De peur de le laisser à celui qui les suit;

Comme ils ont peu départ aux biens dont ils ordonnent.

Dans le champ du public largement ils moissonnent,

Assurés que chacun leur pardonne aisément,

Espérant à son tour un pareil traitement :

Le pire des États, c'est l'État populaire.

AUGUSTE

Et toutefois le seul qui dans Rome peut plaire. Cette haine des rois que depuis cinq cents ans Avec le premier lait sucent tous ses enfants. Pour Varracher des cœurs, est trop enracinée.

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