ACTE III, SCENE III
De vos lâches conseils, qui seuls ont arrêté
Le bonheur renaissant de notre liberté :
C'est vous seul aujourd'hui qui nous Favez ôtée;
De la main de César Brute Teût acceptée,
Et n'eût jamais souffert qu'un intérêt léger
De vengeance ou d'amour l'eût remise en danger.
N'écoutez plus la voix d'un tyran qui vous aime,
Et vous veut faire part de son pouvoir suprême;
Mais entendez crier Rome à votre côté :
« Rends-moi, rends-moi, Cinna, ce que tu m'asôté;
« Et, si tu m'as tantôt préféré ta maîtresse,
« Ne me préfère pas le lyran qui m'oppresse. »
CINNA
Ami, n'accable plus un esprit malheureux Qui ne forme qu'en lâche un dessein généreux. Envers nos citoyens je sais quelle est ma faute, Et leur rendrai bientôt tout ce que je leur ôte ; Mais pardonne aux abois d'une vieille amitié Qui ne peut expirer sans me faire pitié. Et laisse-moi, de grâce, attendant ^Emilie, Donner un libre cours à ma mélancolie : Mon chagrin m'importune, et le trouble où je suis Veut de la solitude à calmer tant d'ennuis.
MAXIME
Vous voulez rendre compte à l'objet qui vous blesse De la bonté d'Octave et de votre faiblesse ; L'entretien des amants veut un entier secret. Adieu Je me retire en confident discret.