ACTE I, SCÈNE I
Qu'un homme doit donner à son extravagance,
Qui d'un amas confus des vapeurs de la nuit
Forme de vains objets que le réveil détruit ;
Mais vous ne savez pas ce que c'est quune femme;
Vous ignorez quels droits elle a sur toute Famé
Quand, après un long temps qu'elle a su nous charmer,
Les flambeaux de Fhymen viennent de s'allumer.
Pauline, sans raison dans la douleur plongée,
Craint et croit déjà voir ma mort qu'elle a songée;
Elle oppose ses pleurs au dessein que je fais
Et tâche à m'empêcher de sortir du palais.
Je méprise sa crainte, et je cède à ses larmes;
Elle me fait pitié sans me donner d'alarmes;
Et mon cœur, attendri sans être intimidé,
N'ose déplaire aux yeux dont il est possédé.
L'occasion, Néarque, est-elle si pressante
Qu'il faille être insensible aux soupirs d'une amante?
Par un peu de remise épargnons son ennui,
Pour faire en plein repos ce qu'il trouble aujourd'hui.
WÉARQUE.
Avez-vous cependant une pleine assurance D'avoir assez de vie ou de persévérance? Et Dieu, qui tient votre âme et vos jours dans sa main, Promet-il à vos vœux de le pouvoir demain? 11 est toujours tout juste et tout bon; mais sa grâce Ne descend pas toujours avec même efficace ; Après certains moments que perdent nos longueurs Elle quitte ces traits qui pénètrent les cœurs; Le nôtre s'endurcit, la repousse, l'égaré : Le bras qui la versait en devient plus avare. Et cette sainte ardeur qui doit porter au bien Tombe plus rarement, ou n'opère plus rien. Celle qui vous pressait de courir au baptême, Languissante déjà, cesse d'être la même. Et, pour quelques soupirs qu'on vous a fait ouïr, Sa flamme se dissipe et va s'évanouir.
POLYEDCTE.
Vous me connaissez mal : la même ardeur me brûle, Et le désir s'accroît quand l'effet se recule.
184 POLYEUCTE
Ces pleurs, que je regarde avec un œil d'époux,
Me laissent dans le cœur aussi chrétien que \ous; ;
Mais, pour en recevoir le sacré caractère I
Qui lave nos forfaits dans une eau salutaire,
Et qui, purgeant notre âme et dessillant nos yeux.
Nous rend le premier droit que nousavionsaux cieux,
Bien que je le préfère aux grandeurs d'un empire,
Comme le bien suprême est le seul où j'aspire.
Je crois, pour satisfaire un juste et saint amour, !
Pouvoir un peu remettre, et différer d'un jour. j
NÉARQUE. I
Ainsi du genre humain Fennemi vous abuse : j
Ce qu'il ne peut de force, il l'entreprend de ruse. '
Jaloux des bons desseins qu'il tâche d'ébranler, Quand il ne les peut rompre, il pousse à reculer; D'obstacle sur obstacle il va troubler le vôtre, Aujourd'hui par des pleurs, chaque jour par quelque autre;. Et ce songe, rempli de noires visions.
N'est que le coup d'essai de ses illusions : Il met tout en usage, et prière, et menace; Il attaque toujours, et jamais ne se lasse; Il croit pouvoir enfin ce qu'encore il n'a pu. Et que ce qu'on diffère est à demi rompu.
Rompez ses premiers coups; laissez pleurer Pauline. Dieu ne veut point d'un cœur où le monde domine, Qui regarde en arrière, et, douteux en son choix. Lorsque sa voix l'appelle, écoute une autre voix.
POLYEDCTE.
Pour se donner à lui faut-ij n'aimer personne?
NÉARQUE
Nous pouvons tout aimer, il le souffre, il l'ordonne; Mais, à vous dire tout, ce Seigneur des seigneurs Veut le premier amour et les premiers honneurs. Comme rien n'est égal à sa grandeur suprême, Il faut ne rien aimer qu'après lui, qu'en lui-même, NégUger, pour lui plaire, et femme, et biens, et rang, Exposer pour sa gloire et verser tout son sang. Mais que vous êtes loin de cette ardeur parfaite Qui vous est nécessaire et que je vous souhaite I