ACTE I, SCENE I
Je ne puis vous parler que les larmes aux yeux. Polyencte, aujourd'hui qu'on nous hait en tous lieux, Qu'on croit servir FÉtat quand on nous persécute, Qu'aux plus âpres tourments un chrétien est en butte, Comment en pourriez-vous surmonter les douleurs Si vous ne pouvez pas résister à des pleurs?
POLYEUCTE
Vous ne m'étonnez point; la pitié qui me blesse
Sied bien aux plus grands cœurs et n'a point de faiblesse.
Sur mes pareils, Néarque, un bel œil est bien fort :
Tel craint de le fâcher qui ne craint pas la mort;
Et, s'il faut affronter les plus cruels supplices,
Y trouver des appas, en faire mes délices,
Votre Dieu, que je n'ose encor nommer le mien,
M'en donnera la force en me faisant chrétien.
NÉARQUE
Hâtez-vous donc de Têtre.
POLYEUCTE
Oui, j'y cours, cher Néarque, Je brûle d'en porter la glorieuse marque. Mais Pauline s'afflige et ne peut consentir, Tant ce songe la trouble, à me laisser sortir.
NÉARQUE
Votre retour pour elle en aura plus de charmes; Dans une heure au plus tard vous essuierez ses larmes, Et rheur de vous revoir lui semblera plus doux. Plus elle aura pleuré pour un si cher époux. Allons, on nous attend.
POLYEUCTE
Apaisez donc sa crainte Et calmez la douleur dont son âme est atteinte. Elle revient.
NÉARQUE
Fuyez.
POLYECCTE.
Je ne puis.
NÉARQUE
Il le faut; Fuyez un ennemi qui sait votre défaut,
186 rOLYEUCTE.
Qui le trouve aisément, qui blesse par la vue,
Et dont le coup mortel vous plaît quand il vous tue.