‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 158 sur 409 · FÉLIX, ALBIN, PAULINE, STRATOISICE · texte numérisé non relu

FÉLIX, ALBIN, PAULINE, STRATOISICE

Ma fille, que ton songe En d'étranges frayeurs ainsi que toi me plonge! Que j'en crains les effets, qui semblent s'approcher!

PAULINE

Quelle subite alarme ainsi vous peut toucher?

FÉLIX

Sévère n'est point mort.

PAULINE

Quel mal nous fait sa vie?

FÉLIX

Il est le favori de l'empereur Décie.

PAULINE

Après l'avoir sauvé des mains des ennemis, L'espoir d'un si haut rang lui devenait permis; Le destin, aux grands cœurs si souvent mal propice, Se résout quelquefois à leur faire justice.

FÉLIX

îl vient ici lui-même.

PAULINE

Il vient?

FÉLIX

Tu le vas voir.

PAULINE

C'en est trop ; mais comment le pouvez-vous savoir?

Albin l'a rencontré dans la proche campagne;

d92 POLYEUCTE.

Un gros de courtisans en foule raccompagne, Et montre assez quel est son rang et son crédit : Mais, Albin, redis-lui ce que ses gens l'ont dit.

ALBL\.

Vous savez quelle fut cette grande journée

Que sa perte pour nous rendit si fortunée,

Où l'empereur captif, par sa main dégagé,

Rassura son parti déjà découragé,

Tandis que sa vertu succomba sous le nombre;

Vous savez les honneurs qu'on fit faire à son ombre,

Après qu'entre les morts on ne put le trouver :

Le roi de Perse aussi Pavait fait enlever.

Témoin de ses hauts faits et de son grand courage,

Ce monarque en voulut connaître le visage;

On le mit dans sa tente, où, tout percé de coups,

Tout mort qu'il paraissait, il fit mille jaloux;

Là, bientôt il montra quelque signe de vie :

Ce prince généreux en eut l'âme ravie.

Et sa joie, en dépit de son dernier malheur.

Du bras qui le causait honora la valeur;

Il en fit prendre soin, la cure en fut secrète;

Et, comme au bout d'un mois sa santé fut parfaite,

Il offrit dignités, alliance, trésors.

Et pour gagner Sévère il fit cent vains efforts.

Après avoir comblé ses refus de louanges,

Il envoie à Décie en proposer l'échange;

Et soudain l'empereur, transporté de plaisir.

Offre au Perse son frère, et cent chefs à choisir.

Ainsi revint au camp le valeureux Sévère

De sa haute vertu recevoir le salaire;

La faveur de Décie en fut le digne prix.

De nouveau l'on combat, et nous sommes surpris.

Ce malheur toutefois sert à croître sa gloire :

Lui seul rétablit l'ordre et gagne la victoire,

Mais si belle, et si pleine, et par tant de beaux faits,

Qu'on nous offre tribut, et nous faisons la paix.

L'empereur, qui lui montre une amour infinie,

Après ce grand succès l'envoie en Arménie;

Il vient en apporter la nouvelle en ces lieux,

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