‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 161 sur 409 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

la mort les trouble moins que de telles surprises. Je ne suis plus à moi quand j'entends ce discours. Pauline est mariée !

FABIAN

Oui, depuis quinze jours; Polyeucte, un seigneur des premiers d'Arménie, Goûte de son hymen la douceur infinie.

SÉVÈRE

Je ne la puis du moins blâmer d'un mauvais choix; Polyeucte a du nom, et sort du sang des rois : Faibles soulagements d'un malheur sans remède! Pauline, je verrai qu'un autre vous possède!

0 ciel! qui malgré moi me renvoyez au jour, 0 sort, qui redonniez Fespoir à mon amour, Reprenez la faveur que vous m'avez prêtée, Et rendez-moi la mort que vous m'avez ôtée !

Voyons-la, toutefois, et dans ce triste lieu Achevons de mourir en lui disant adieu ; Que mon cœur, chez les morts emportant son image, De son dernier soupir puisse lui faire hommage.

FABIAN

Seigneur, considérez

SÉVÈRE

Tout est considéré.

Quel désordre peut craindre un cœur désespérée N'y consent-elle pas?

FABIAN

Oui, seigneur, mais...

SÉVÈRE

N'importe.

FABIAN

Cette vive douleur en deviendra plus forte.

SÉVÈRE

Et ce n'est pas un mal que je veuille guérir; Je ne veux que la voir, soupirer et mourir.

fabi'an.

Vous vous échapperez sans doute en sa présence; Un amant qui perd tout n'a plus de complaisance; Dans un tel entretien il suit sa passion,

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Et ne pousse qu'injure et qu'imprécatior.

SÉVÈRE

Juge autrement de moi, mon respect dure encorei Tout violent qu'il est, mon désespoir Tadore. Quels reproches aussi peuvent m'être permis? De quoi puis-je accuser qui ne m'a rien promis? Elle n'est point parjure, elle n'est point légère; Son devoir m'a trahi, mon malheur, et son père. Mais son devoir fut juste, et son père eut raison; J'impute à mon malheur toute la trahison ; Un peu moins de fortune, et plus tôt arrivée, Eût gagné l'un par l'autre, et me l'eût conservée; Trop heureux, mais trop tard, je n'ai pu l'acquérir Laisse-la-moi donc voir, soupirer et mourir.

FABIAN

Oui, je vais l'assurer qu'en ce malheur extrême Vous êtes assez fort pour vous vaincre vous-même Elle a craint comme moi ces premiers mouvements Qu'une perte imprévue arrache aux vrais amants, Et dont la violence excite assez de trouble Sans que l'objet présent l'irrite et le redouble.

SÉVÈRE

Fabian, je la vois.

FABIAN

Seigneur, souvenez- vous

SÉVÈRE

Ilélas! elle aime un autre, un autre est son époux.

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