‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 164 sur 409 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Épargnez-moi des feux qu'à regret je surmonte ;

Enfin épargnez-moi ces tristes entretiens

Qui ne font qu'irriter vos tourments et les miens.

SÉVÈRE

Que je me prive ainsi du seul bien qui me reste!

PAULINE

Sauvez-vous d'une vue à tous les deux funeste.

SÉVÈRE

Quel prix de mon amour ! quel fruit de mes travaux !

PAULINE

C'est le remède seul qui peut guérir nos maux.

SÉVÈRE

Je veux mourir des miens ; aimez-en la mémoire.

PAULINE

Je veux guérir des miens; ils souilleraient ma gloire.

SÉVÈRE

Ah ! puisque votre gloire en prononce l'arrêt, Il faut que ma douleur cède à son intérêt. Est-il rien que sur moi cette gloire n'obtienne? Elle me rend les soins que je dois à la mienne. Adieu : je vais chercher au milieu des combats Cette immortalité que donne un beau trépas, Et remplir dignement, par une mort pompeuse, De mes premiers exploits l'attente avantageuse, Si toutefois, après ce coup mortel du sort, J'ai de la vie assez pour chercher une mort.

PAULINE

Et moi, dont votre vue augmente le supplice, Je l'éviterai même en votre sacrifice ; Et, seule dans ma chambre enfermant mes regrets, Je vais pour v^us aux dieux faire des vœux secrets.

SÉVÈRE

Puisse le juste ciel, content de ma ruine, Combler d'heur et de jours Polyeucte et Pauline!

PAULINE

Puisse trouver Sévère, après tant de malheur, Une félicité digne de sa valeur!

SÉVÈRE

Il la trouvait en vous.

202 POLYEUCTE

PAULINE

Je dépendais d'un père.

SÉVÈRE

0 devoir qui me perd et qui me désespère! Adieu, trop vertueux objet, et trop ciiarmant.

Adieu, trop malheureux et trop parfait amant.

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