ACTE III, SCÈNE IL
L*un voit aux mains d'aulrui ce qu'il croit mériter, L'autre un désespéré qui peut trop attenter. Quelque haute raison qui règle leur courage, L'un conçoit de l'envie, et l'autre de l'ombrage; La honte d'un affront que chacun d'eux croit voir Ou de nouveau reçue, ou prête à recevoir, Consumant dès l'abord toute leur patience, Forme de la colère et de la défiance; Et, saisissant ensemble et l'époux et l'amant, En dépit d'eux les livre à leur ressentiment.
Mais que je me figure une étrange chimère! Et que je traite mal Polyeucte et Sévère, Comme si la vertu de ces fameux rivaux Ne pouvait s'affranchir de ces communs défauts! Leurs âmes à tous deux d'elles-mêmes maîtresses Sont d'un ordre trop haut pour de telles bassesses : Ils se verront au temple en hommes généreux. Mais, las! ils se verront, et c'est beaucoup pour eux. Que sert à mon époux d'être dans Mélitène, Si contre lui Sévère arme l'aigle romaine. Si mon père y commande, et craint ce favori, Et se repent déjà du choix de mon mari? Si peu que j'ai d'espoir ne luit qu'avec contrainte; En naissant il avorte et fait place à la crainte; Ce qui doit l'affermir sert à le dissiper. Dieux! faites que ma peur puisse enfin se tromper!